Le web a 25 ans … Survivra-t-il à toutes ses déviances ?

Internet1Le 12 mars 1989, il y a exactement 25 ans, l’informaticien britannique Tim Berners-Lee publiait un document qui décrivait le fonctionnement du World Wide Web. Élaboré dans un laboratoire du CERN à Genève, cet outil de communication devait surtout servir aux chercheurs du nucléaire …
Mais c’est grâce à ce navigateur que l’internet a été popularisé auprès du grand public. C’est lui qui, aujourd’hui, permet à 2,7 milliards d’internautes de se connecter sur la Toile et surtout d’interagir sur les réseaux sociaux ! Malheureusement, comme toute grande invention, le Web a aussi ses côtés négatifs, et ces dernières années ont été marquées du signe de la défiance, surtout depuis les révélations d’Edward Snowden sur les pratiques d’espionnage massif de la NSA et de détournements de données personnelles des internautes…

Sir Berners-Lee a d’ailleurs appelé ces jours-ci à un sursaut de civisme et d’éthique sur les réseaux par l’institution du d’une « Magna Carta » du Web.
En effet, le web était au départ porteur de valeurs de partage, d’échange et d’égalité, venues essentiellement des pionniers de la contre-culture américaine, comme le montre bien l’article d’Hubert Guillaud dans InternetActu, qui visaient une gestion collective et non commerciale de la circulation des informations et du savoir …
Aujourd’hui, l’essentiel du web est aux mains de multinationales de l’information, les « Géants du Web », les fameux GAFA (Google Apple Facebook Amazon et autre Microsoft …) et les internautes (enfin, ceux qui en sont conscients …) se méfient de plus en plus de moteurs qui pillent sans états d’âme les données personnelles pour les vendre aux publicitaires ou les donner (??) aux services secrets … La vie privée, est en effet devenue une « anomalie » aujourd’hui, comme l’a déclaré Vint Cerf, Chef évangéliste chez Google, ou tout au plus une illusion pour Mark Zuckerberg, le patron de Facebook … !

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Dans une étude récente le Pew Internet Project présente « 15 thèses sur l’avenir du numérique ». Malgré l’enthousiasme des chercheurs sur les progrès techniques, notamment en matière de santé, d’enseignement, d’évolution des relations internationales (« printemps arabe ») et de sécurité, 5 de ces thèses se présentent de façon beaucoup moins optimistes, « Less hopeful theses ».
Elles soulignent, d’abord l’élargissement du fossé numérique entre nantis et démunis (have & have not) qui reflète l’inégalité croissante des sociétés actuelles, amplifiée par l’écho des réseaux sociaux … !! De nombreux conflits risquent de se développer à l’instar des révolutions arabes.
Les abus et la criminalité se multiplient sur la toile, et évidemment le cyber-terrorisme. Outre la disparition de la vie privée et de la confidentialité, les « maladies numériques » (physiques, mentales et sociales) affectent de plus en plus les individus, familles et communautés.
Mais un des impacts majeurs se trouve au niveau géopolitique : Internet représente en effet un phénomène de mondialisation achevé qui ne reconnait plus la souveraineté des États ; les lois des différents pays ont du mal à s’appliquer à cet acteur transnational.
D’autre part, les gouvernements vont de plus en plus utiliser internet comme un instrument de contrôle politique et social : en répondant par la censure et la fermeture aux velléités d’ouverture et de liberté d’expression de leurs concitoyens …
De plus, en raison de la montée de la cyber-criminalité, la e-sécurité est en train de devenir le principal soucis des consommateurs et des internautes en général … bigdata_image2

Olivier Ertzscheid a une vision encore plus noire de l'avenir du Net. Pour ce spécialiste de l'information, l'internet va se diviser en deux entités : OuterWeb et InfraNet. Le web va se dissoudre et se diffuser dans une multiplicité d'objets connectés (l '»internet des objets ») tout autour de nous : écrans, murs, voiture, lunettes, montres, etc. Il deviendra le « World Wide Wear », un accessoire que l'on 'porte sur nous' … En devenant invisible, il sera d'autant plus dangereux !!

Les acteurs du web seront d'ailleurs de moins en moins humains. Les robots représentent déjà la majorité du trafic sur la Toile : certains pour nous rendre service (moteurs de recherche), d'autres pour des pratiques beaucoup moins avouables (cookies, surveillance, indexation des métadonnées des internautes à des fin commerciales, policières ou malveillantes). Ces informations vont servir à développer l'industrie du « Big data » qui devrait pouvoir prédire le comportement d'un grand nombre de consommateurs-citoyens par le traitement de masse de milliards de données et de métadonnées glanées sur les moteurs de recherche, les messageries et les réseaux sociaux.
Dans ces nouveaux réseaux, « l'essentiel des interactions s'effectuera en deçà de notre seuil de perception » !
Le premier web s'était construit autour du document et de l'écrit (clavier, souris), les nouveaux internets, mobiles désormais, s'élaborent autour des gestes et de la voix. L'image prend aussi une part prépondérante avec la multiplication des écrans : téléphone, tablettes, ordinateur portable viennent compléter l'usage de la télévision (connectée ou pas). Voir l'étude de Médiamétrie sur la consommation de vidéo.
On assiste aussi à une certaine privatisation des réseaux à travers les applications mobiles qui remettent en cause la gratuité et la neutralité du Net. Demain, il faudra peut-être payer pour avoir accès à un internet « nettoyé » des pilleurs de données personnelles, grâce un « opt-out » !

Aurélie Barbaux, dans l’Usine digitale s’inquiète d’une probable « mort d’internet ». Son article part aussi des révélations de Snowden qui risquent de donner le coup fatal. Les géants du Net vont passer « une année d’enfer » pour regagner la confiance des internautes et des gouvernements. Ces derniers ont d’ailleurs des tentations protectionnistes qui peuvent s’avérer « interneticides » … !
Aussi bien Jean-Marc Ayrault pour la France, qu’Angela Merkel pour l’Europe proposent des infrastructures « sûres » pour de nouveaux internets … ! Ces internets « privés », entourés de frontières, vont à l’encontre de l’idée du Réseau des réseaux et surtout sont en contradiction avec l’espace mondial où il se situe !
A. Barbaux cite l’ouvrage de Boris Beaude, chercheur à l’EPFL (Polytechnique de Lausanne), « Les fins d’Internet ». Celui-ci reprend « les mises à mal quasi définitives des valeurs qui ont porté la création du réseau mondial : liberté d’expression, résilience, abolition de l’espace, intelligence collective et partagée, gratuité et décentralisation. » Pour sauver l’internet, le chercheur appelle à forger une nouvelle valeur, « porter l’émergence du monde comme horizon politique pertinent pour l’humanité, comme espace d’identification et de projection autour d’intérêts communs »
On retrouve ici les enjeux éthiques, politiques et géopolitiques exprimés aussi bien par les thèses du Pew Internet Center que par Tim Berners Lee.

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Crochet-Damais, Antoine. – Le World Wide Web fête ses 25 ans. – Journal du Net, 10/003/14

Kiss, Jemima. – An online Magna Carta: Berners-Lee calls for bill of rights for web. – The Guardian, 12/03/14

Berners-Lee, Tim. – Statement from Sir Tim Berners-Lee on the 25th Anniversary of the Web. – PewResearch Internet Project, 11/03/14

Anderson, Janna ; Rainie, Lee. – 15 Theses About the Digital Future. – PewResearch Internet Project, 11/03/14

Ertzscheid, Olivier. – Outerweb et infranet : rendez-vous en 2063. – Affordance.Info, 02/02/14

Barbaux, Aurélie. – Internet peut-il mourir ?. – L’Usine digitale, 27/02/14

Guillaud, Hubert. – Ce que l’internet n’a pas réussi (1/4) : des rêves de pionniers à un monde post-Snowden. – InternetActu, 04/02/14

Anizon, Emmanuelle ; Tesquet, Olivier. – Que reste-t-il de notre vie privée sur Internet ?. – Télérama, 15/02/14

Things the NSA doesn’t want you to know. And why you should know about it :). – La Quadrature du Net, 2014

Vers une modification du droit d’auteur en Europe ?

La Commission européenne vient de lancer une consultation auprès des citoyens sur la « modernisation » du droit d’auteur et du copyright. Ceux-ci, auteurs, créateurs, consommateurs ou gestionnaires, ont jusqu’au 5 mars pour exprimer leur opinion. Les résultats seront publiés dans un Livre Blanc qui servira de base au projet de directive sur la modernisation du droit d’auteur qui sera soumis au Parlement européen après les élections européennes de mai 2014.
Comme on pouvait le prévoir, deux camps s’affrontent sur ce sujet :
- d’un côté les syndicats d’auteurs et de créateurs qui défendent une conception « classique » de la créativité et du droit d’auteur, tout en dénonçant l’amalgame réalisé par la Commission européenne entre droit d’auteur et copyright (qui relève plus des éditeurs ou d’une marque commerciale alors que le droit d’auteur offre une protection financière et morale aux créateurs).
- de l’autre les défenseurs du partage sur internet qui favorisent les pratiques non marchandes et une économie culturelle équitable plutôt que les industries culturelles traditionnelles.

Cette consultation européenne arrive à un moment où les grands éditeurs intensifient leurs contrôles sur les œuvres en circulation sur la toile, allant même jusqu’à utiliser des robots pour traquer les « pirates » comme le relate SILex à propos de la mésaventure d’Alain Hurtig. Celui-ci avait récupéré un exemplaire du Droit à la paresse de Paul Lafargue sur le site de l’ABU, donc relevant complètement du domaine public. Or Editis et les Éditions de la Découverte lui ont intimé l’ordre (par mail) de le retirer à travers leur intermédiaire « Attributor » (qui utilise des robots). En fait, il y avait eu confusion avec une autre édition, augmentée, de l’ouvrage, publiée par La Découverte. Évidemment, après quelques jour de « buzz » sur twitter, Editis et La Découverte sont revenus sur leur décision … !

Outre la multiplications de DRM qui entravent les usages des consommateurs, comme partager, revendre, prêter une œuvre numérique, les grands éditeurs veulent imposer leurs propres lois. C’est le cas d’Elsevier qui en simplifiant le « data mining » sur ses bases de données obligent les établissements, comme les BU françaises à travers l’accord avec le consortium Couperin, de passer par une API connectée à la plateforme ScienceDirect … Cela limite les possibilités d’analyse et retarde considérablement l’accès aux données. De plus, les citations ne doivent pas dépasser 200 caractères du texte original, ce qui contredit ouvertement l’exception de « courte citation » du droit d’auteur et des droits voisins …!

« Last but not least », Facebook vient de s’arroger le droit de contrôler les contenus publiés sur le réseau social grâce à un brevet digne de « Minority Report » ! Ce dispositif permet d’utiliser les informations de profils d’utilisateurs et des « signes sociaux » pour déterminer si des contenus partagés sont piratés ou non. Et Facebook prétend même « prédire » quels internautes seraient susceptibles de faire circuler des contenus piratés, comme dans la nouvelle de Philip K. Dick (et dans le film éponyme) !
Toutes ces péripéties justifieraient bien un « dépoussiérage » du droit d’auteur, au moins au niveau européen …

Consultation publique sur la révision des règles de l’Union européenne en matière de droit d’auteur
Commission européenne – Le Marché unique de l’UE, 2013

Mobilisation pour défendre ou moderniser le droit d’auteur en Europe. – par Antoine Oury – Actualitté, 31/01/14

Réponse de la Quadrature du Net à la consultation publique de la Commission européenne sur la réforme du droit d’auteur en Europe. – La Quadrature du Net, janvier 2014

L’Europe consulte sur le droit d’auteur encore et toujours. – Par Guillaume Champeau – Numérama, 05/12/13

Les Syndicats d’auteurs mobilisés pour défendre le droit d’auteur. – par Antoine Oury – Actualitté, 055/02/14

Participez à la consultation de la Commission européenne sur le droit d’auteur et signez la pétition des créateurs. – Creators for Europe, janvier-mars 2014

DRM et copyright : la liberté du consommateur en jeu. – Par Clément Solym – Actualitté, 10/002/14

Message à Editis : laissez « Le droit à la paresse » dans le domaine public !. – S.I.Lex, 05/02/14

Data Mining : quand Elsevier écrit sa propre loi – par Pierre-Carl Langlais. – Sciences communes, 08/02/14

Et Facebook inventa le Robocopyright social. – S.I.Lex, 05/12/13

MOOCs français : lancement officiel et premières impressions

Tout d’abord, je voudrais présenter mes meilleurs voeux pour 2014 à l’ensemble des lecteurs.

Attaqués par le « Collectif anti-Mooc » fin 2013 et par quelques autres auparavant (voir les références en bas de post), les cours en ligne français commencent en fanfare en ce début d’année, avec la Conférence de presse de la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche du 14 janvier 2014.
En annonçant un budget de 8 Millions d’€ d’investissement aux établissements (3 M pour des studios de tournage et 5M pour le développement des MOOCs de la formation professionnelle), la Ministre coupe court à toutes les critiques d’économie que les MOOCs occasionneraient aux infrastructures universitaires. Il ne s’agit pas de fermer des amphis, mais d’amorcer une « pédagogie de la réussite » en promouvant l’innovation..

Deux jours avant le lancement officiel des premiers cours sur la plate-forme FUN, les différents acteurs sont venus présenter leurs projets. Ceux-ci vont des cours existants des cursus universitaires (Espace mondial de Bertrand Badie) à des projets innovants s’adressant à des enfants du primaire ou à des « décrocheurs » (cours d’informatique pour apprendre à coder pour réaliser des jeux vidéos ; programme pour aider des jeunes décrocheurs à créer leurs propres cours).
88 000 personnes se sont inscrites pour la première session de ces cours se répartissant entre 15 000 (« Du manager au leader » du CNAM) à 50 pour certains cours : le « massif » n’est pas recherché à tout prix … France Université Numérique invite tous les acteurs (universitaires, parents, bénévoles) à créer des contenus pour changer la donne à l’université (et ailleurs) ! Geneviève Fioraso s’est déclarée ouverte à toute proposition. Les MOOCs ne sont pas réservés aux seules grandes écoles et universités prestigieuses, de petits établissements comme Albi pourront aussi en avoir. De même, la cible n’est pas représentée par les seuls étudiants, mais aussi des personnes en activité (cadres surtout), des chômeurs et des séniors. Geneviève Fioraso à insisté sur l’aspect « formation continue » des cours en ligne, qui pourraient représenter un moyen de plus contre le chômage … Quand à la gratuité, la Ministre a rappelé que l’enseignement est gratuit en France, le débat sur les cours payants se comprend aux États-Unis où l’accès à l’université est très onéreux. De toute façon, un modèle économique est encore à trouver et le MES est en contact avec un conseiller d’Obama du MIT pour échanger sur les ‘bonnes pratiques’ …
Le FUN a aussi organisé une rencontre, le « MOOC Camp » le 11 janvier à partir du motdièse #IdéedeMOOC sur Twitter. Ce projet, organisé avec le Centre de recherche Interdisciplinaire (CRI) à l’initiative d’un certain nombre de chercheurs en pédagogie comme François Taddei, avait pour objectif de trouver de nouvelles idées de cours en ligne et de les scénariser. François Taddei a confirmé que toute la méthodologie de ce projet est disponible en open source.

Dominique Boullier (Medialab, Sciences Po) a aussi souligné l’importance de l’open source dans le phénomène MOOC, ce qui représente une garantie d’évolution. Il a aussi précisé que Sciences Po mise sur la diversification en proposant deux cours bien différents, l’un en français, l’autre en anglais, le premier plutôt classique dans sa conception (B. Badie), le second plus innovant (B. Latour). L’objectif étant de permettre aux étudiants de s’approprier les connaissances grâce au « blended learning » (apprentissage hybride) et d’arriver à une collaboration avec eux à travers un collectif qui crée des échanges …

Pour tester ce nouveau type d’apprentissage, je me suis inscrite au MOOC Espace Mondial de Bertrand Badie.
Des le premier jour (16/01), un certain flottement s’est installé sur le début effectif du cours. Un mail annonçait que le MOOC était ouvert, mais que le cours commencerait le 20/01. Je suis allée sur la plate-forme, j’ai bien trouvé le plan du cours et les « outils transverses » (Biblio), mais point de vidéo … Tant pis, je reviendrai lundi … Le lundi 20, après avoir attendu en vain un mail m’annonçant que le cours avait débuté, je me suis connectée pour m’apercevoir que la première session avait bien commencé le 16 et que la deuxième allait être mise en ligne …;-(
En allant sur le forum, je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule, et de loin à avoir manqué cette session, certains n’arrivaient même pas à trouver le 1er cours le 20/01… Mais l’équipe pédagogique était bien présente pour répondre à chacun en les rassurant.
Le cours, bien que XMOOC (cours magistral de 2e année ayant eu lieu fin 2013 et découpé en tranches de 10 à 15 mn) est passionnant et facilement assimilable grâce à la clarté et à l’enthousiasme communicatif de Bertand Badie ! Il est complété par un glossaire bien complet et un wiki encore balbutiant.
Sur le forum (« discussion »), les fils des différentes interventions des étudiants ne sont pas encore bien délimités (commentaires généraux et commentaires autour de la première ou de la deuxième session se mélangent). De plus, il reflète la grande hétérogénéité des participants : la plupart (moi comprise) retrouvent les réflexes des posts sur les réseaux sociaux avec quelques mots, souvent pour demander une précision, d’autres rédigent de très longs commentaires sur tel ou tel aspect du cours (PIB ou philosophie des relations internationales). D’autres ajoutent des liens vers des sites ou des documents en ligne. Une personne s’est demandé comment se procurer les ouvrages de la bibliographie en n’étant ni étudiant ni inscrit à Sciences Po …
Contrairement aux allégations de Pascal Engel dans son post Les MOOCS : Cours massifs ou armes de destruction massive ? , qui prédisait dans son article « Il est difficile d’imaginer qu’un enseignant de MOOC puisse répondre aux questions de 10 000 étudiants » et aussi « le droit pour tout étudiant à avoir accès au professeur », Bertrand Badie est très présent sur le forum et répond, non pas aux 8000 personnes qui suivent le cours, mais à plusieurs questions de fond posées par différents participants, laissant les questions techniques et les questions plus ‘légères’ à ses assistants.
Pour le moment nous ne sommes pas évalués, le premier Quizz n’interviendra qu’après la quatrième session (début février). Il n’y aura pas de certification, mais certains aimeraient au moins avoir un justificatif de suivi.
Le contenu du cours étant très enrichissant et les participants bien réactifs, je sens que je ne vais pas m’ennuyer pendant ces quatre mois … Et que j’aurai beaucoup appris !

Liens
De qui se MOOCS t’on ?Affordance.info, 16/055/13

Engel, Pascal. – Les MOOCS : Cours massifs ou armes de destruction massive ? Qualité de la science française, 24/05/13

Jouneau-Sion, Caroline (ENS-Lyon) ; Manceau, Chloé (ENS-Lyon). – Les Mooc, la ruine de l’Université ?Économie du Web, 22/10/13

Mooc, une étape vers la privatisation des cours/ Collectif anti-mooc, Solidaires étudiants, et al. – Libération, 26/12/13

Bedel, Cyril. – Quelques vérités à rétablir sur les MOOCs. – Libération, 06/01/14

Soulé, Véronique. – Cours gratuits et interactifs en ligne, la France ne se moque plus des MOOC. – Libération, 14/01/14

Rollot, Olivier. – 2014, la grande année des MOOCs. – Il y a une vie après le Bac. – Blog le Monde, 18/01/14

France Université Numérique : de nouvelles mesures pour développer les MOOCs en France . – Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche,

14/01/14 MOOCCAMP : 11 janvier 2014 : les ateliers de la scénarisation. – France Université Numérique

Le retour des sciences sociales : «Humanités ou humanisme numérique(s) » ?

Après avoir régné sans partage sur l’intelligentsia occidentale, notamment en France, dans les années 1960-70, les sciences humaines et sociales (SHS) ont subi un repli dans les années 1980-90 – les « années fric » du capitalisme financier et surtout de la disparition des idéologies … Elles reviennent aujourd’hui sur le devant de la scène, mais elles se sont entre temps mondialisées et hyper-spécialisées. Mais surtout elles disposent désormais d’outils plus performants : les « Humanités numériques ».
C’est ce qu’explique le sociologue Michel Wieviorka dans un entretien à Libération la veille du colloque international « Penser global »

Mais que sont donc ces « Humanités numériques » ? D’après Wikipédia, c’est « un domaine de recherche au croisement de l’informatique, des arts, lettres, sciences humaines et sciences sociales ». Elles permettent, par l’utilisation des outils numériques, la modélisation et la représentation graphique d’oeuvres et de pratiques sociales, mais aussi « la prise en compte des contenus numériques comme objets d’étude ».

C’est aussi cette dimension scientifique que Bruno Latour veut utiliser dans son concept d’ »Humanités scientifiques » qui sera l’objet de son CLOM (Cours en Ligne Ouvert et Massif) « Scientific Humanities » sur la plate-forme de France Université Numérique (FUN). Il s’agit de prendre en compte les conditions de production de ces disciplines et de les évaluer à l’aune d’un processus cognitif. C’est dans cette optique que les différentes opinions qui se reflètent dans les pratiques sociales que sont la politique, la morale ou la philosophie, sans oublier les oeuvres littéraires et artistiques, pourront être analysées et représentées grâce aux outils numériques. Car seuls ces outils informatiques seront en mesure de traiter la quantité industrielle de données, le « Big data » dont on dispose désormais..

Deux grandes manifestations ont remis cet automne, les sciences humaines et sociales au centre des préoccupations numériques :
Horizon 2020 – Perspectives européennes pour les sciences. Vilnius, 23-24 septembre 2013
Forum Mondial des sciences sociales. Montréal, octobre 2013

Mais en se soumettant à la logique du numérique, la société et les SHS ne risquent-elles pas de perdre l’humanisme qui les caractérisaient les Lumières ou la Renaissance ?
« Pour un humanisme numérique », c’est le défi que lance le philosophe canadien Milad Doueihi, dans un essai récent. Le numérique, à travers « le code informatique fondé sur le calcul, romprait avec notre rapport historique à l’écriture et aux pratiques lettrées ». Tout y passe : le droit, les modèles économiques et politiques. « L’informatique a cette propriété d’encourager le passage et l’expression de toute activité à ces propres termes ». Le numérique opère une rupture historique avec l’humanisme classique… D’où la nécessité de penser un « humanisme numérique » pour nous préserver d’une « robotisation » de l’humain.

Mais n’est-ce pas aussi ce que défendent les partisans des Humanités numériques comme Wieviorka ? Car il ne s’agit pas de réduire la recherche en SHS aux seules mesures (souvent quantitatives) permises par ces nouveaux outils. Même si la figure de l’intellectuel, dominant la scène culturelle, est en train de s’estomper au profit d’une plus grande collaboration des chercheurs entre eux, mais aussi avec le grand public, grâce à internet et aux réseaux sociaux, les « digital humanities » ne se réduisent pas à une boite à outils. Elles permettent aussi de prendre en compte les contenus numériques comme objets d’étude. En devenant objet de la recherche, les différents usages et pratiques numériques ne vont pas de prendre le dessus. Les chercheurs restent les sujets de leurs travaux, et ne risquent pas de se transformer en « cyborgs », hybrides bio-électroniques que les « Transhumanistes » attendent comme le Messie.
C’est, en effet, contre cette nouvelle croyance, le Transhumanisme, la « Singularité » de Ray Kurzweil, que Milad Doueihi veut lutter en prônant le retour à un nouvel humanisme, à une nouvelle éthique face à la « conversion numérique ».

Wieviorka, Michel. – Mettre le numérique au service des humanités. – Libération, 10/05/13

Humanités numériques. – Wikipedia

Latour, Bruno. – Scientific Humanities : MOOC. – FUN, 2014/01-03

Douihei, Milad. – Pour un Humanisme numérique. – Paris : Seuil, 2011. – (La librairie du 21e siècle)

Féraud, Jean-Christophe. – Pour un humanisme numérique. – Libération, 20/10/13

Vilnius Declaration. – Horizons for Social Sciences and Humanities. Vinius (Lithuania), 24 september 2013

Wieviorka, Michel. – Horizons for Social Sciences and Humanities : what follows Vilnius ? Michel Wieviorka Sociologue – Hypothèse.org, 23/09/13

Transformations sociales et ère numérique. – Forum mondial des sciences sociales 2013. Montréal

World Social Science Forum: Building a global platform for social sciences in the digital age. – Impact of Social Sciences – Blog LSE, 09/10/13

Transhumanisme. – Wikipedia

Humanity+ : Elevating the Human Condition

Kurzweil, Ray. – The singularity is near : when huamans transcend biology. – New York, Toronto, London : Penguin Books, 2005

Vion-Dury, Philippe. – Le transhumanisme français : que des surhommes, pas des sous-hommes. – Le Nouvel Observateur, 03/11/13

Les MOOCs, révolution pédagogique ou expression d’un conservatisme universitaire?

Un an après les universités américaines (voir le post de Prospectibles d’octobre 2012), l’enseignement supérieur français ouvre officiellement sa plateforme de « Cours en Ligne Ouverts et Massifs » (CLOMs : les fameux MOOCs) avec France Université Numérique (FUN).

Mais que recouvre exactement ce concept ? On connaissait depuis longtemps la « formation ouverte et à distance (FOAD), que le CNED assure toujours, même s’il a mis un peu de temps à se moderniser …

Un MOOC peut en cacher un autre … On distingue aujourd’hui deux types de Moocs :
- Les cMOOC (comme connectivisme), orientés vers la construction par l’apprenant lui-même de ses connaissances et compétences, en se référant à la théorie de l’apprentissage de George Siemens et Stephen Downes (voir l’article « connectivisme » dans Wikipedia). Dans cette théorie, les élèves et les étudiants sont capables d’apprendre seuls, avec des supports technologiques. Le savoir émerge de la mise en commun de leur expériences et n’est pas transmis par un professeur « ex cathedra ».
- Les xMOOCs reflètent un courant plus « transmissif » qui consistent en cours magistraux « coupés en rondelles » (vidéos d’une dizaine de minutes), accompagnés de quiz et d’exercices. C’est ce modèle qu’ont adoptés les MOOCs américains les plus connus : Coursera et edX. On a toujours la structure du cours magistral : le professeur délivre son cour du haut de sa chaire devant un certain nombre d’étudiants, mais c’est le périmètre de l’amphi qui s’est énormément élargi … Il est aujourd’hui aux dimension de la Terre entière, et l’unité de temps et de lieu n’est plus obligatoire sur la scène mondialisée ! Grâce aux nouvelles technologies et aux terminaux mobiles, les apprenants n’ont plus besoin de se retrouver dans la même salle à la même heure !
Comme l’explique Marcel Lebrun, professeur en technologies de l’éducation à l’ULB, dans son Blog de M@rcel, « on passe ainsi dans un éternel balancement du ‘Sage on the stage’ au ‘Guide on the side’ ». Ce professionnel de l’éducation s’interroge: « S’agit-il de ‘savoirs en boite’ (du fastlearning) promus par des SupersCampus d’une éducation devenue mondiale et dont les MOOCs seraient les vitrines ? Ou d’un soubresaut médiatisé d’un enseignement ex-cathedra hérité d’une époque où la lecture était la seule voie de la transmission ? Ou encore de la préparation en douce d’un guet-apens économique [...] »

Mais comme M@rcel, nous préférons nous concentrer sur l’aspect positif de ce phénomène, en y voyant « une occasion historique de construire ensemble un nouvel humanisme numérique ».
Un des éléments qui y contribue le plus semble être la « pédagogie inversée » (flipped learning).

L’histoire de cette nouvelle pédagogie est contée dans le dernier article de Xavier de la Porte dans InternetActu. Le proviseur d’un lycée américain, qui est aussi l’entraîneur de l’équipe de baseball, poste une série de courtes vidéos sur Youtube portant sur des passes techniques pour que les élèves (et surtout ses fils!) puissent les ‘réviser’ avant de pratiquer sur le terrain … Ces vidéos ont du succès ! Les élèves les regardent et même plusieurs fois. !« Ils assimilent les stratégies et cela laisse plus de temps, à l’entraînement, pour la mise en application et la pratique. ».
Convaincu du bien-fondé de sa méthode, le proviseur demande à des enseignants en sciences sociales de tenter une inversion avec une classe. Les cours sont mis en ligne et les heures de classes sont consacrées à la discussion et à la pratique. Les résultats de cet établissement, plutôt en difficulté, sont spectaculaires : les taux d’échecs aux évaluations sont en gros divisés par deux et ce, dans toutes les matières !
L’analyse de cette méthode montre essentiellement deux points importants :
- en dehors de la classe, les élèves préfèrent regarder les vidéos que de faire des devoirs … et surtout peuvent les regarder plusieurs fois
- à l’intérieur de la classe : la classe devient le lieu des questions. Ce qui permet aux enseignants d’identifier plus rapidement ceux qui n’ont pas compris.
Les enseignants doivent à présent plus réfléchir à la présentation de leurs cours, avec des contenus innovants.

Avec cette méthode, on assiste en fait à un paradoxe : en poussant jusqu’au bout la logique de ce que permet la technologie, on arrive à sa disparition : «la technologie sort totalement de la classe, qui devient le lieu de la discussion, des questions. «

Comme le souligne Michel Serre dans « Petite Poucette« , le sujet du savoir change avec les nouvelles technologies. « De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. » Il en est de même du cadre dans lequel ce cadre est dispensé : « voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classe, bancs, tables, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires même, j’allais même dire savoirs… cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus. » (ibid).

France Université numérique

Les MOOC : entre mirage technologique et virage pédagogique … le retour !. – Blog de M@rcel, 30/09/13

Serre, Michel. – Petite Poucette. Les nouveaux défis de l’éducation. – Institut de France, 01/03/11

Serre, Michel ; Stiegler, Bernard. – Philosophie magazine numéro 62, septembre 2012: « Pourquoi nous n’apprendrons plus comme avant ». – Vidéo sur Vimeo

Xavier de La Porte. – L’école inversée, ou comment la technologie produit sa disparition. InternetActu, 21/10/13

Réflexions sur l’ « IFLA Trend Report » : les défis qui attendent les professionnels dans la société de l’information

Twitter network of @OIIOxfordLe dernier « Trend Report » de l’IFLA , publié juste avant le Congrès de Singapour en août 2013, « Riding the Waves or Caught in the Tide? Navigating the evolving information environment” se penche sur les principales tendances qui marquent notre environnement informationnel.

Cette fois, ce ne sont pas des problèmes techniques, ou même scientifiques que le numérique pose à la profession et aux médiateurs, mais plutôt des questions éthiques et philosophiques, voire politiques, dues notamment à l’émergence du ‘big data’ avec le recueil d’un grand nombre de données personnelles pour toute transaction.

Le rapport présente cinq grandes tendances pour le futur proche :
- Les nouvelles technologies vont en même temps étendre et restreindre l’accès à l’information en fonction des publics concernés.
L’extension concerne le développement de l’ouverture des données publiques (open data), des archives ouvertes, des « e-commons » (savoirs communs), etc.
Les limites, ce sont les restrictions à l’accès : DRM, mots de passe, biométrie. Mais aussi le fossé numérique qui se creuse, créant une situation d’inclusion/exclusion en ce qui concerne les compétences numériques (information literacy skills).
- Les cours en ligne vont aussi bien démocratiser que bouleverser l’enseignement au niveau mondial. D’un côté les MOOC (cours en ligne massifs), les ressources éducatives en ligne vont permettre un apprentissage tout au long de la vie (lifelong learning), mais cet enseignement informel et souvent la pédagogie inversée (flipped learning) qu’il implique, vont remettre en question toute la structure éducative.
- Les frontières autour de la vie privée et la protection des données personnelles doivent être redéfinies. Le scandale de l’utilisation de métadonnées de messageries et de réseaux sociaux par la NSA et les multinationales de l’information ont révélé au monde que l’on pouvait traquer des individus à travers leurs connexions numériques et leur téléphone mobile … ! Tout cela a remis en cause la confiance que tout un chacun avait dans l’internet et le numérique … Comme le dit Philippe Mussi, conseiller régional Vert de la région PACA en introduction de la Semaine européenne de l’Open data : « l’ouverture des données, c’est la reprise en main par le citoyen de l’espace démocratique. Elles doivent être ouvertes, car c’est politique, et parce que c’est dangereux. Oui, les nouvelles libertés présentent des dangers. Dans un paysage général où le monde s’ouvre, où la transparence est à la fois demandée et imposée par la société, la transparence de la gestion publique est de toute première importance. On ne peut plus imaginer de démocratie fermée sur la propriété de la connaissance de la chose publique. Nous devons tous contribuer à cet objectif-là !” [Cité dans InteretActu].
- Dans ces sociétés hyper-connectées, de nouvelles voix et de nouveaux groupes vont émerger pour s’emparer de problèmes sociaux ou politiques à travers des actions collectives et de nouveaux médias.
- Les nouvelles technologies vont transformer l’économie mondiale : de nouveaux modèles économiques vont s’imposer à travers structures innovantes (e-commerce, mobilité, etc.).
En 2016, on prévoit 10 milliards d’appareils mobiles connectés à l’internet. Il y a aussi la technologie que l’on porte sur soi (wearable), comme les « Google Glasses ».

Mais en quoi tout ceci concerne les bibliothèques ?
Imaginons un usager entrant dans une bibliothèque portant ces fameuses lunettes « moteur de recherche » : de fait avec cet instrument, il peut mettre toutes les personnes présentes (lecteurs + bibliothécaires) sous surveillance … !! Comment les bibliothèques pourraient-elles rester des lieux sûrs dans ces conditions ? Il faudra désormais trouver le moyen de concilier la technophilie avec le respect de l’intimité …

Les cours en ligne, par exemple, sont des mines d’or en ce qui concerne les données personnelles. Les résultats de tests, les progrès réalisés par les étudiants, et d’autres informations sont importants pour les éducateurs pour évaluer les apprenants et améliorer leur enseignement. Mais dans un environnement mondial de plus en plus numérisé et connecté, il faut se poser la question : qui d’autre a accès à ces données ?
Il faut donc penser non seulement à gérer ces informations indispensables à l’enseignement, mais aussi à les protéger.

Les étudiants utilisent de plus en plus des moteurs de recherche pour répondre à leurs questions de cours. Il faudrait analyser leurs habitudes de recherche pour évaluer l’influence qu’elles ont sur leurs réponses. Est-ce vraiment toute l’information dont ils ont besoin ? Ces algorithmes appartiennent à des sociétés multinationales et surtout ont été développés pour augmenter les revenus des publicités en ligne. Cela devrait faire réfléchir les bibliothécaires et les enseignants lorsqu’ils encouragent les étudiants à utiliser ces outils …

D’autre part, si toutes les réponses sont dans l’algorithme, que devient la bibliothèque ?

D’après l’enquête de l’Oxford Internet Institute, actuellement les gens ont plus confiance dans les FAI (fournisseurs d’accès internet) que dans les médias et les principales institutions politiques, sociales ou économiques (journaux, entreprises, gouvernements, etc.).

Mais si les technologies de recherche limitent la quantité et la diversité d’information en fonction des usages, des langues et de la localisation géographique, peut-on encore avoir confiance dans les résultats fournis par les moteurs de recherche ?
Comment les bibliothécaires et les éducateurs pourraient-ils désormais assurer aux étudiants et aux usagers qu’ils accèdent bien à l’information pertinente et non à celle que leur données agglomérées a permis à l’algorithme de trouver ? Dans ce cas de figure, « comment qualifier « la chance » (J’ai de la chance) ? Comment édifier des communautés fondées sur l’inattendu ? » Louis Zacharilla – Global Intelligent Community Forum.

Les gouvernements, même les plus démocratiques, filtrent de plus en plus l’accès à l’information en ligne sous prétexte de prévention du terrorisme ou de l’ »immoralité ».
Les bibliothèques se sont toujours opposées à la censure : a-t-on prévu des réponses adéquates à cette problématique ?
Si ces pratiques se développent, les bibliothèques pourront-elles mener à bien leurs mission de recueil et de préservation de la mémoire numérique ? Cross-language blog linking in the aftermath of the 2010 Haitian earthquake

Future Libraries : infinite possibilities – IFLA WLIC 2013 IFLA World Library and Information Congress – 79th IFLA General Conference and Assembly. – 17-23 August 2013, Singapore

Riding the Waves or Caught in the Tide? Navigating the Evolving Information Environment. – Insights frond the Trend Report – IFLA, 16/08/2013

Livre numérique, médiation et service de référence en ligne, droit d’auteur – Congrès IFLA Singapour 2013. – Bibliobsession, 30/08/13

Guillaud, Hubert. – Open data (1/3) : la technique a-t-elle pris le pas ? - Internet Actu, 12/07/13

Oxford Internet Institute – University of Oxford

Oxford Internet Survey (OxIS) 2013 Report Lauch

Intelligent Community Forum

Sur les MOOC et le e-learning
Voir le Scoop It ProspecBib : Formation en ligne & à distance

Sur l’open access et les archives ouvertes
Voir le Scoop It : Open Access Now !

Sur la société de surveillance et l’utilisation des données personnelles
voir le Scoop it : Big Brother, little sisters

Big data et web sémantique : une opportunité pour les profeessionnels de l’information

A propos du système Prism, François Géré de l’Institut d’Analyse Stratégique l’a reconnu dans Libération : « En France nous faisons la même chose que les Américains […] Toutefois, nous réduisons le périmètre aussi bien géographique (essentiellement en Europe et en Afrique) que sémantique (le nombre de mots-clés) ».
Mots-clés, métadonnées, web sémantique, les documentalistes se trouvent ici en terrain connu !

Avec les « Big data » et leurs réservoirs énormes de données, un champ immense s’ouvre aux professionnels de l’information, la sélection et la qualification des métadonnées qui leur sont attachées, autrement dit l’indexation.
Bien sûr, d’importants progrès ont été réalisés en indexation automatique et en traitement automatique du langage (TAL), et avec les masses de données textuelles que l’on peu traiter, des rapprochements de termes peuvent s’effectuer et produire des modèles de description, comme l’explique Nathalie Aussenac-Gilles dans Graphéméride. « Pour faciliter la recherche d’informations précises, de points de vue, d’opinions [… ] il est nécessaire de caractériser la nature des informations et des connaissances véhiculées par les contenus […] ne pas rester au niveau des mots, donc de passer au niveau des concepts ».

Avec le web sémantique (ou web de données ou ‘linked data’), « les données de toutes formes produites par tous les acteurs se trouvent interconnectées, identifiées sans ambiguïté et reliées les unes aux autres » Hervé Verdier, Directeur d’Etalab. En ‘typant’ ces données dans des ontologies, le web sémantique « met en place une indexation des pages web, mais aussi potentiellement des concepts absents du web dont une description sur le web est possible (personne, lieu, date, élément abstrait, objet physique » Pierre Couchet, « A quoi sert le Web sémantique en histoire et philosophie des sciences et des techniques » Semantic HPST

Ces nouveaux thesaurus linguistiques s’appuient sur des ‘triplets’ : sujet, prédicat et objet.
« Concrètement, un thésaurus relie des concepts entre eux selon des relations précises : synonyme, homonyme, hiérarchie, terme associé. L’ontologie ajoute des règles et des outils de comparaison sur et entre les termes, groupes de termes et relations : équivalence, symétrie, contraire, cardinalité, transitivité… Ainsi, l’ontologie est une étape supérieure au thésaurus selon l’ontology spectrum. » – Définir une ontologie avec OWL. – Les Petites Cases 11/11/05
En taggant par exemple un fichier contenant une photo, on pourra non seulement caractériser la photo, mais si ces mots-clés sont partagés, on pourra regrouper des photos similaires. Grâce à cette organisation des connaissances, on pourra classer une photo du Château de Versailles, rejetée comme « monument de Paris », si l’on a l’information que « Versailles est ‘Acôtéde’ Paris ou que Versailles et Paris sont deux villes ‘SituéeDans’ l’Ile de France » Nathalie Assenac-Gilles.

Bien sûr, ces langages OWL (Ontology Web Langage) demandent une bonne familiarité avec l’informatique (XML) et la logique, sans parler de connaissances linguistiques, mais les bibliothécaires/documentalistes ont tout à fait leur rôle à jouer dans la construction de ces bases de connaissances. L’exemple de l’ontologie du vin réalisée à Stanford, cité par le WC3, le montre : on retrouve des mots-clés, des caatégories, des propriétés et des noms de lieux.

Les professionnels de l’information qu’ils (elles) sont pourraient aussi bien construire ces bases de connaissances (en collaboration avec des informaticiens) que servir d’appui aux chercheurs pour qualifier les résultats de la recherche. La BNF l’a d’ailleurs bien compris avec la réalisation avec le projet « data.bnf.fr« web sémantique

Géré, François ; Hofnung, Thomas. – « En France, nous faisons la même chose ». Libération, 1er juillet 2013

Couchet, Pierre. – À quoi sert le web sémantique, en Histoire et Philosophie des Sciences et des Techniques ?. – Semantic HPST, 13/06/13

Fabien Gandon – Le web sémantique. – Graphemeride, 15/04/13

Le Web de données à la BnF : data.bnf.fr

Berners-Lee, Tim et al. – A Framework for Web Science. – Foundations and trends in web science, vol.1:n°1, 2006

Définir une ontologie avec OWL. – Les petites cases, 11/11/05

OWL Web Ontology Language Guide. – W3C, 10/02/04

Ontology of wines

Bachimont, Bruno. – Engagement sémantique et engagement ontologique : conception et réalisation d’ontologies en Ingénierie des connaissances.- INA, 2000 (pdf)

Une bibliothèque sans livres … C’est possible !

Non, nous ne sommes pas en pleine science fiction … Et cela ne veut pas dire pour autant que nous entrons en décadence !

Le développement des supports numériques et celui du nomadisme rendent désormais possible cette quasi aberration sinon cet oxymore …
La première bibliothèque sans aucun livre (papier) va ouvrir à l’automne prochain à Toronto. BiblioThech , c’est son nom, prêtera des liseuses pour deux semaines à ses lecteurs : pas de politique BYOD (Bring Your Own Device : en français AVEC : Apportez Votre Équipement Personnel de Communication) dans ce lieu, et, bien sûr, il y aura des ordinateurs …
Cette stratégie devrait aussi permettre de rendre ce service aux déficients visuels : des associations sont en train de faire pression sur les constructeurs de liseuses ou tablettes pour mieux adapter ces outils aux personnes en situation de handicap visuel (braille, synthèse vocale, etc.). Malheureusement, les verrous numériques des DRM bloquent encore ces développements ;-( En effet pour transformer certains ouvrages déjà numérisés, il faudrait toucher à la loi sur le copyright et cela se heurte aux puissants lobbies des éditeurs et distributeurs : Amazon a déjà supprimé les fonctionnalités audio de ses liseuses… Aux Etats-Unis, seul 1% des ouvrages est disponible dans un format adapté …

En France, on n’est pas encore arrivé à ce point, mais un certain nombre d’expériences ont lieu dans des bibliothèques publiques, comme la « Pirate Box » à Aulnay-Sous-Bois. Comme l’explique le bibliothécaire Thomas Fourmeux, il s’agit d’un dispositif permettant de télécharger des œuvres appartenant au domaine public ou libres de droit. Aucun piratage donc dans cette expérience qui est complètement légale … ;-) Mais à la différence de la BiblioThech canadienne, il faut apporter son matériel (liseuse, tablette, smartphone, etc..). Une expérimentation pour le prêt de liseuse a aussi eu lieu, de même que des ateliers avec iPads avec les enfants pour les initier à la lecture numérique. En fait, si les livres ‘objets’ disparaissent progressivement des bibliothèques, ce n’est pas le cas des bibliothécaires, qui deviennent de plus en plus indispensables pour accompagner les lecteurs dans cette mutation, c’est ce qu’on appelle la médiation numérique. Si la plupart des jeunes viennent à la bibliothèque pour profiter du réseau wifi, de nombreux utilisateurs ignorent encore qu’il faut se connecter au wifi pour télécharger des documents …
Ce dispositif simplifie aussi le travail des bibliothécaires : plus besoin d’acquérir les classiques en plusieurs exemplaires (surtout pour les scolaires). Et en ce qui concerne les livres relevant du domaine public, on n’a plus à se préoccuper des livres perdus ou en prêt !
Pour les e-books encore sous droit d’auteur, les bibliothécaires de Toronto les rendront illisibles au bout des deux semaines de prêt.

Quant aux ‘accros’ au papier, des distributeurs automatiques de livres (de poche), semblables aux distributeurs de boissons, existent déjà en Chine et … Dans une librairie à Toronto !

Mais, s’il n’y a plus de livres dans les salles de bibliothèque, que faire avec tous ces espaces ?
C’est là qu’intervient la notion de « troisième lieu ». Le troisième lieu est un espace consacré à la vie sociale, qui se positionne après le foyer (1er lieu) et le travail (2eme lieu). C’est le rôle qu’ont joué le forum ou la place de marché, puis l’église et aujourd’hui le café/pub. Le sociologue Ray Oldenburg a conceptualisé cette notion dans son livre « The Great, Good Place ». S’il n’a pas nommément cité les bibliothèques dans ces espaces du « vivre ensemble », c’est la multiplication de services comme l’aide à la formation, l’accès au numérique, l’ouverture vers l’art et l’organisation d’évènements qui en font un lieu de rencontres convivial. Mais il faudra opérer des aménagements entre les espaces calmes consacrés à la lecture (numérique ou pas) et au travail individuel et les espaces plus sociaux où se tiennent des activités ou animations culturelles ou de loisir (jeux vidéos ou FabLabs).
Si ce modèle s’est développé dans les pays du Nord et anglo-saxons (Hollande, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Canada anglophone), les bibliothécaires (et les publics ?) francophones et latins (France, Québec) sont beaucoup plus réticents. Nous ne sommes pas prêts à rompre avec le « temple du savoir » pour « concurrencer l’industrie des loisirs et des produits culturels » comme le fait remarquer Mathilde Servet dans son mémoire d’ENSSIB. La controverse demeure, mais si les bibliothécaires veulent regagner leur(s) public(s) et les réconcilier avec la lecture ou d’autres pratiques culturelles, il faut envisager toutes les hypothèses …

Gaudio, Anne-Gaelle. – Le numérique en bibliothèque part.6 : de nouveaux services. – INSET Montpellier 22-24 mai 2013. – Le CNFPT Slideshare, 27/05/13

Chaimbeault, Thomas. – La bibliothèque dans ton mobile. – ENSSIB, avril 2013. – Slideshare

Thomas Fourmeux : « La Piratebox, c’est surtout l’occasion pour nos lecteurs d’accéder à la connaissance ». – Lettres numériques, 03/05/13

Piratebox : Bilan d’étape. – Biblio Numericus, 07/01/13

Taillandier, Florent. – A quand des ebooks vraiment adaptés aux déficients visuels ?CNet France, 28/05/13

Busacca, Aurélie. – Bibliothèque et médiathèque troisième lieu. – Monde du livre – Hypothèse.org, 18/03/13

Les bibliothèques publiques face au défi du « vivre ensemble ». – Novo Ideo, 26/03/13

Martel, Marie D. – La bibliothèque publique : le modèle québecois. – Bibliomancienne, 30/04/10

Servet, Mathilde. – Les bibliothèques troisième lieu. – Mémoire d’étude ENSSIB, 2009

L’exploitation des données : un secteur très prometteur ….

« Quand je serai grand, je ferai du commerce de données personnelles ! » Cette remarque ironique exprimée dans l’émission néanmoins sérieuse de France 5 sur le numérique, le « Vinvinteur« , résume assez bien l’importance que prennent ces nouvelles ressources.

Les données, personnelles ou publiques, sont devenues le nouvel « or noir » du 21e siècle ! Celles que l’on appelle le « Big data » sont maintenant extraites en très grande quantités dans les flux des réseaux sociaux et des très nombreuses communications qui s’échangent sur la Toile.

Comme le souligne Michel Vajou dans la dernière Dépêche du GFII, IBM, grâce à son dernier outil, le Social Media Analytics va pouvoir analyser et synthétiser de très gros volumes de données issues des réseaux sociaux. Contrairement à ce qui se passait précédemment, ces données ne sont pas « propriétaires », elles n’appartiennent pas à des entreprises qui les auraient consolidées et structurées dans des entrepôts, ce sont des données ouvertes, transitant par des réseaux ouverts.
Grâce à ce service, les grandes marques de consommation pourront connaître les avis et les réactions (‘sentiment analysis’) des consommateurs sur leurs produits.

Mais les données ne se trouvent pas seulement sur les réseaux sociaux. On les détecte aussi à partir des objets qui nous entourent, à commencer par le smartphone, notre ‘double’ numérique, si l’on en croit Dominique Boullier et son projet Habitele.
Dans le cadre d’une recherche globale sur ‘smartphone et vie privée’, la CNIL s’est associée à l’INRIA avec le projet « Mobilitis ». Celui-ci consiste à analyser en profondeur les données personnelles enregistrées, stockées et diffusées par le smartphone. En constituant une expérience ‘in vivo’ sur un nombre limité de personnes (6 iPhones) et d’applications (géolocalisation, photos, carnet d’adresses et identifiants téléphone), les chercheurs comptent pouvoir répondre à un certain nombre de questions vitales pour la vie privée des utilisateurs : qui accède à l’identifiant unique de l’appareil, à la localisation, au carnet d’adresse, etc.
De nombreuses applications récupèrent, par exemple, l’identifiant unique Apple du téléphone (UDID), qui ne peut pas être modifié par l’utilisateur. Apple a annoncé que cette situation va bientôt être modifiée, mais en attendant de nombreux acteeurs (développeurs d’applis) sont destinataires de ces données, invisibles pour l’utilisateur …!
La CNIL souhaite développer l’accompagnement de ces acteurs pour qu’ils intègrent les problématiques « Informatique et Libertés » dans une démarche « Privacy by Design ».

Mais le smartphone n’est pas le seul ‘mouchard’ de notre environnement numérique, bientôt d’autres objets rempliront cette fonction pour le plus grand bonheur de l’Intelligent Business’. Votre voiture pourra renseigner l’assureur sur vos habitudes de conduites, ou votre frigo intelligent déduira vos croyances religieuses à partir de vos habitudes alimentaires … Déjà nos liseuses nous trahissent ! Amazon prévient ses acheteurs de Kindle : outre les données pratiques (mémoire disponibles, historique des connexions, puissance du signal), le logiciel fournit aussi des informations sur le contenu numérique (la dernière page lue, les annotations, les signets, les passages surlignés, etc. .). Lire des e-book génère donc des informations pour les éditeurs et les distributeurs …! On pourra savoir quels lecteurs abandonnent un texte et lesquels finissent leurs livres … Et surtout les différentes formes de lecture par type de document (essai, fiction, poésie, etc.).

L’analyse des flux de Twitter a déjà permis de prédire le résultat d’élections de vedettes dans une émission de télé-réalité, style « Nouvelle Star » aux Etats-Unis. En recueillant des données très détaillées sur le comportement social des téléspectateurs sur Twitter pendant l’émission, des chercheurs de la Northeastern University de Boston ont démontré que l’élimination des concurrents pouvait être anticipée… Les données de géolocalisation ont semblé jouer un rôle non-négligent dans cette analyse, car on a pu déceler l’influence importante de l’origine géographique des participants sur le vote.

Une activité importante se dessine pour les années à venir dans l’exploitation de cette nouvelle ressource, notamment dans le secteur de la publicité ciblée et du commerce en ligne. Mais il ne faudrait pas que ces pratiques lèsent la source même de ces données : les personnes physiques : en fait vous, moi, n’importe qui un tant soit peu connecté aux outils et aux réseaux numériques !
D’où l’importance du combat pour la protection des données personnelles, aussi bien au niveau national, qu’européen et international.

Y-a-t-il une menace Internet ? Le gros t’chat avec Xavier de La Porte : entretien par Jean Marc Manach. – Le Vinvinteur, France 5, 18/05/13

Vajou, Michel . – Big Data : quand IBM décrypte les messages sur les réseaux sociaux. – La Dépêche du GFII, 22/05/13

Léonard, Clara. – Big Data : quand IBM décrypte les messages sur les réseaux sociaux. – ZDNet, 17/05/13

Guillaud, Hubert. – Big Data, la nouvelle étape de l’informatisation du monde. – InternetActu, 14/05/13

Pouilly, Denis. – L’internet des objets, le prochain chantier de la confidentialité des données. – Regards sur le numérique, 18/04/13

Voyage au cœur des smartphones et des applications mobiles avec la CNIL et Inria. – CNIL, 09/04/13

Lang, Daniel ; Pillet, Jean-Luc. – Menaces des TIC : données privées et comportement des utilisateurs. – Infosec – Université de Genève (Suisse).

Pépin, Guénaël. – La CNIL veut peser dans le débat européen sur la vie privée. – Le Monde, 23/04/13

Data : le nouvel or noir : dossier. – Inriality, 28/01/13

Alerte : notre vie privée bientôt détruite à Bruxelles. – La Quadrature du Net, 22/01/13

Habitele

Twitter data crunching the new crystal ball. – Science Blog, 30/08/12

Beuth, Marie-Catherine. – Lire des ebooks génère des données pour les éditeurs. – Étreintes digitales – Le Figaro, 02/07/12

Livres/écrans : quelle hybridation pour la bibliothèque du 21e siècle ?

Le terme « bibliothèque hybride » est souvent employé pour parler de l ’évolution des ressources documentaires où l’on évoque la ‘complémentarité’ de l’imprimé et du numérique.
Or, pour le psychanalyste Serge Tisseron qui a participé à l’élaboration du rapport de l’Académie des Sciences « L’enfant et les écrans », le support (imprimé ou numérique) n’a aucune importance : ce qui compte c’est la ‘culture’ des écrans qui est en train de remplacer celle du livre dans laquelle nous baignons depuis des millénaires …
Depuis l’invention du codex, le livre est un objet fini dont la lecture est séquentielle. ‘La culture du livre implique de lire un seul livre à la fois, un seul lecteur et un seul auteur’. La relation au savoir y est verticale : le ‘sachant’ s’adresse à l’ignorant. En revanche, la culture des écrans est multiple : elle implique plusieurs fenêtres, plusieurs spectateurs et plusieurs créateurs. Alors que la culture du livre est liée à la temporalité - on progresse dans la lecture et cela prend un certain temps- celle des écrans favorise une pensée spatialisée. A ce niveau-là, la lecture de e-books sur liseuse participe pleinement à la culture du livre ! Au lieu d’assimiler la pensée d’un autre, la culture des écrans nous apprend à faire face à l’imprévisible, à changer de stratégie dans un jeu vidéo, par exemple. Ce n’est pas « le livre papier dans sa linéarité et sa finitude, dans sa matérialité et sa présence [qui] constitue un espace silencieux qui met en échec le culte de la vitesse et la perte du sens critique » comme l’affirment Cédric Biaggini et Guillaume Carnino dans « Le Livre dans le tourbillon numérique » (Le Monde Diplomatique septembre 2009), c’est le livre, qu’il soit papier ou numérique ! Et n’en déplaise à Nicolas Carr « La dernière chose que souhaitent les entrepreneurs du Net, c’est d’encourager la lecture lente, oisive, ou concentrée. Il est de leur intérêt économique d’encourager la distraction… » : la vente des e-books (et surtout pour les liseuses Kindle) représente aujourd’hui 30% du marché américain !

Si ce rapport incite les éducateurs et enseignants à faire bénéficier les enfants du meilleur de ces deux mondes, Serge Tisseron souligne que ces deux environnements ont chacun leurs défauts : la culture du livre implique une ultra-spécialisation des savoirs et valorise les personnalités rigides, la culture numérique favorise la dispersion des savoirs et des apprentissages intuitifs.

Mais ces deux cultures ne vont pas simplement coexister parallèlement l’une à côté de l’autre, elles s’interpénètrent progressivement. C’est ce qui se passe avec les nouvelles techniques de « suivi du regard » développées pour les smartphones, mais qui pourraient aussi bénéficier à l’édition papier de livres ou de magazines ou pour la réalisation de films ou d’expositions. Frédéric Kaplan, professeur des Humanités numériques à l’EPFL de Lausanne nous explique dans un post cette nouvelle économie de l’attention. Avec deux collègues, il avait conçu un système de lunettes, équipées de deux caméras, l’une tournée vers l’extérieur, l’autre vers un des yeux, capable d’enregistrer aussi bien le regard que ce qui est lu. « En répétant cette opération des dizaines de fois par seconde, nous pouvons tracer avec précision le passage de vos yeux sur une page ». La vidéo qui accompagne ce post nous montre ce processus aussi bien dans la lecture d’ouvrages imprimés que sur tablette. Si le suivi attentionnel se généralise, l’industrie culturelle disposera de nouveaux moyens de concevoir les contenus ! On pourrait même jusqu’à créer des contenus qui s’adaptent à la manière dont ils sont ‘lus’, ou alors des tableaux qui se modifient selon la manière dont ils sont ‘vus’ ?

Le lecteur ou le spectateur, qui était jusqu’à présent dans une sphère différente de l’auteur ou de l’artiste, fait son entrée dans l’oeuvre et interagit en fonction de sa perception … Comme le dit Frédéric Kaplan, ces données valent potentiellement de l’or pour les grands acteurs du numérique !

C’est aussi le point de vue de Catherine Becchetti-Bizot, inspecteur général de lettres, qui dans « Texte et TICE » : « Lire sur support écran, écrire avec un clavier d’ordinateur, naviguer sur la Toile, en effet, c’est effectuer une série d’opérations manuelles (cliquer sur des liens, ouvrir des fenêtres, faire apparaître ou défiler des pages, mettre en relation des documents…), mais aussi visuelles et auditives, qui induisent des postures intellectuelles nouvelles – où le lecteur est à la fois un explorateur, un spectateur et un intervenant ou un auteur – et impliquant de nouvelles responsabilités. »

L’enfant et les écrans – Avis de l’Académie des Sciences, 17 janvier 2013

Guillaud, Hubert. – Enfants et écrans : psychologie et cognition.
- Internet Actu – Blog Le Monde, 01/02/13

Lectures numériques. – Dossier Eduscol, 23/03/12

Becchetti-Bizot, Catherine. – Texte et TICE. – Dossiers de l’ingénierie éducative n°61, mars 2008

Mazin, Cécile. – Livres numérique : combien ça rapporte ? – Actualitté, 17/04/13

La généralisation des techniques de suivi du regard annonce une nouvelle économie de l’attention. – Frédéric Kaplan, 13/003/13

Biagini, Cédric ; Carnino, Guillaume. – Le livre dans le tourbillon numérique. – Le Monde diplomatique n°666, septembre 2009

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