Category: Numérique

Le numérique, les bibliothèques, les big data et notre rapport au monde

Cette énumération à la Prévert peut sembler chaotique, mais elle révèle un certain malaise qui s’empare de nous devant la mutation des usages qu’implique le numérique dans notre vie quotidienne, et plus particulièrement dans les bibliothèques.
Cette réflexion m’est venue, en cette fin 2012 à la lecture de quelques posts décrivant la situation actuelle face au numérique.

D’abord l’enquête « Les Français et le savoir« , réalisée cet été par la TNS Sofres et cité dans « Veille documentaire » : le savoir est jugé important pour 56% des Français et 54% des personnes actives regrettent de ne pas y consacrer plus de temps … Quand à son utilité, pour 42% des interrogés, le savoir permet de « comprendre le monde qui nous entoure ».

Ce monde qui change si vite et dans des proportions si importantes qu’il peut en désarçonner certains, comme ces bibliothécaires dont parle Pierre Marige dans le dernier article d’Aka Reup « Numériquement incapables : stigmatisation et acculturation », ceux qui semblent « réfractaires à tout ce qui touche l’informatique », ceux qui déclarent, comme beaucoup de nos contemporains « Moi, de toute façon, j’y comprend rien ».
La stigmatisation qui découle de cette ignorance autoproclamée des nouvelles technologies est finement analysée et Marige démontre comment on passe d’un tri entre ‘intellectuels’ et ‘manuels’ à la différence entre ‘scientifiques’ et ‘littéraire’ pour finir avec les ‘connectés’ ou ‘digital natives’ et les vieux ‘incapables’. Pour finir par constater que ces jeunes nés avec l’internet sont en fait moins à l’aise qu’il n’y paraît avec le numérique … Et ont toujours besoin d’un bon médiateur pour trouver leurs références en bibliothèque …;-). La plupart de ces « digital natives », à part quelques ‘génies de l’informatique’ ne fait qu’utiliser ces nouveaux outils, ils n’en ont pas une connaissance approfondie. Tandis que les bibliothécaires, loin de simplement « s’adapter à ces nouvelles technologies, participent à leur création ». D’où l’importance de la formation continue dans le métier.

Dans la dernière livraison d’Internet Actu, Hubert Guillaud revient sur notre compréhension du monde avec l’arrivée des ‘big data’. Dans « De la statistique aux big data : ce qui change dans notre compréhension du monde« , il analyse l’intervention de Dominique Cardon sur ce sujet aux « Entretiens du nouveau monde industriel », les 17 et 18 décembre au Centre Pompidou.

Depuis quelques années, tout un chacun (militants, citoyens, entreprises, pouvoir publics) est d’accord pour « le partage et l’ouverture des données ». Tout le monde souhaite les rendre publiques. Mais ces précieuses données sont utilisées différemment suivant que l’on est journaliste, statisticien ou « data scientist ».
Alors que les statisticiens ont pour objectif de « dézoomer » ces informations pour comprendre la réalité sociale en la modélisant pour faire ressortir les corrélations entre catégories, le modèle des données ‘ouvertes’ « consiste à porter sur la place publique de la donnée ‘brute’ […] La plus proche possible du mythe d’une ‘nature sociale originale’ ». Le mouvement open data préfère les cartographies aux catégories et favorisent la personnalisation et l’individualisation. Les catégories sociologiques représentaient un monde désincarné, alors que l’univers des données parle à chacun de chacun. Ce décalage permet de mieux comprendre la crise des interprétations face aux nouveaux savoirs.

Un dernier post récapitule les nouvelles tendances du web en 2012. Il s’agit du : « [Best of 20012] Web : les 5 tendances majeures de l’année » sur FrenchWeb.fr .
Ces cinq grandes évolutions sont
– le boom de l’économie collaborative
– [H factor] le retour du facteur humain
– l’obsession des données et le quantified-self
– la déferlante des abonnements
– le real time bidding et les places d’Ad Exchange
Toutes ces informations devraient nous permettre de mieux méditer sur notre rapport au monde et au savoir pendant la trêve des confiseurs et mieux aborder l’année 2013 …

Bonnes Fêtes et Meilleurs voeux pour 2013

Pixel Perfect Digital – Free stock photos

La médiation numérique, avenir de la société de l’information ?

Cette notion nous est familière dans le monde des bibliothèques, grâce aux interventions de Silvère Mercier, le bloggeur « bibliobsédé », notamment sa conférence de clôture à la journée professionnelle de la Bibliothèque de Sciences po.

Mais je l’ai retrouvée dans un autre contexte, en participant à l’atelier « mobilité » de la journée « Promesses pour Questions numériques 2013« , organisé par la FING à l’Ecole Boule le 24 octobre dernier. Lors de cette journée, très riche en expériences et en échanges – dans l’atelier se retrouvaient chercheurs R&D de grandes entreprises (Thalès, RATP, Renault, Bell, Alcatel), professionnels de l’information et étudiants – nous devions évaluer la promesse d’une mobilité « plus libre, plus diverse, plus libre et plus durable », mais aussi proposer à l’issue d’une controverse (les fans et les déçus de la mobilité actuelle) des solutions pour l’avenir basés sur des outils et services mobiles. Contrairement au groupe ‘futuriste’ qui proposait des solutions pour un jeune cadre divorcé, mon groupe a dû réfléchir sur un scénario pour une personne âgée peu connectée. Le vieillissement de notre société devient incontournable et il est important de prendre en compte cette cible …

L’essentiel de la solution proposée pour ‘désenclaver’ Germaine de son isolement spatial et technologique réside dans le recours à un(e) médiat(eur)rice, qui devrait l’initier peu à peu à l’usage des outils et services numériques.
Dans ce scénario, on n’abandonne pas la personne « peu connectée » aux seuls outils numériques, le contact avec le médiateur doit être régulier, que ce soit en présentiel (centre de mobilité ou visites) ou par téléphone. Notre choix a étonné un participant de l’autre groupe qui s’attendait à nous voir barder la mamie d’appareils automatiques et de robots domestiques …;-)

Cette nouvelle promesse « garantie l’adaptation des ressources au gens et non l’inverse. Les moyens individualisés pour accéder aux bénéfices de la mobilité s’appuient sur des réseaux sociaux existants et des potentiels collaboratifs ».

Cette conception rappelle la définition avancée par Philippe Cazeneuve aux « Assises de la médiation numérique », « La médiation numérique consiste à accompagner des publics variés vers l’autonomie, dans les usages quotidiens des technologies, services et médias numériques ».

La précaution de Philippe Cazeneuve de distinguer la médiation numérique dans les territoires de celle défendue dans les bibliothèques n’a pas empêché Sylvère Mercier de remettre en question cette définition en privilégiant la notion de ‘réappropriation’ par rapport à celle d’autonomie. Dans un post du 29/09/2011, il propose sa propre définition : « La médiation numérique est une démarche visant à mettre en oeuvre des dispositifs techniques, éditoriaux ou interactifs favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuit à tout contenu proposé à des fins de formation, d’information et de diffusion des savoirs. »
Personnellement, je ne vois de grosses différences entre ces deux conception, l’appropriation de contenus étant un moyen de se repérer et d’explorer de façon autonome l’écosystème informatif et cognitif où nous évoluons dans l’interdépendance.

Les métadonnées … Une preuve de confiance pour le numérique !

« Les métadonnées sont un ensemble de données structurées décrivant des ressources physiques ou numériques. Elles sont un maillon essentiel pour le partage de l’information et l’interopérabilité des ressources électroniques. »
Dans cette définition, tirée du « Dublin Core » simplifié et proposée par l’INIST , on remarque l’importance de l’aspect structuré de ces données pour la recherche et le partage de l’information.
Et pourtant ces métadonnées, si précieuses, sont aussi vieilles que le traitement de l’information et on les trouve avec les premières bibliothèques !

La question de la confiance, c’est un des intervenants aux « Entretiens du nouveau monde industriel » (portant cette année sur la confiance et le crédit) qui l’a posée en introduisant le « Carrefour des possibles » au Centre Pompidou le 19 décembre dernier : sur le web, un document qui se présente « nu », sans métadonnées, n’inspire pas confiance. Ce sont les métadonnées, qui, en le qualifiant, en lui donnant un contexte, le socialisent d’une certaine façon et lui permettent de gagner notre confiance …!

Les métadonnées ont aussi été à l’honneur lors des « Retours » des voyages d’étude du GFII, aussi bien pour la foire de Francfort que pour le salon Online de Londres
Ruth Martinez et Michel Vajou ont souligné l’importance de cette notion dans ces manifestations. Elle est devenue un des « buzzwords » de l’année 2011 !
La gestion des données est devenue une priorité stratégique pour les livres numériques : les titres avec des métadonnées complètes connaissent des ventes à 70% plus importantes ! Et cela a un impact sur le classement du site de l’éditeur sur Google …
Des entreprises se spécialisent dans l’enrichissement des contenus, comme TEMIS et on assiste au transfert de fonctions comme le catalogage, l’indexation ou la description, des bibliothèques vers l’édition.
Avec des métadonnées sémantiques, les contenus deviennent attractifs et on les retrouve plus facilement dans les moteurs de recherche et grâce à des pages thématiques … et ils peuvent servir à des publicités contextuelles !
La production éditoriale se tourne de plus en plus vers la catégorisation et le taggage automatique.

Mais là où les métadonnées deviennent un enjeu important dans l’industrie de l’information, c’est dans la corrélation qui existe avec les méthode du « Discovery ». Dans cette nouvelle manière d’explorer les informations, grâce à des graphiques et des cartographies, la métadonnée devient multi-dimensionnelle et dépasse la simple dimension bibliographique. Les métadonnées deviennent le pivot des logiques de navigation : on accède ainsi à un degré de granularité de l’information et le document traité peut être « éclaté » en plusieurs « nano-publications ». On peut ensuite proposer ces contenus sous plusieurs déclinaisons …

Avant que des robots n’annexe ces précieux outils, les professionnels de l’information ont encore quelques cartes à jouer, aussi bien en amont (indexation) qu’en aval (recherche documentaire) dans la construction du web sémantique !

Les « Retours » des voyages d’étude de Francfort et de Londres du GFII ont été très bien résumés dans les comptes-rendus de Michèle Battisti dans Paralipomènes :
Online Information 2011 ou le pouls du marché de l’information professionnelle
Édition scientifique et professionnelle tendances

Open data : la plate-forme gouvernementale est en ligne

Data.gouv.fr, la plate-forme française d’ouverture des données publiques (Open data) a été mise en ligne aujourd’hui (5 décembre 2011).
Les 500 ensembles prévus ont été répartis en 352 000 jeux de données publiques (division des statistiques de l’INSEE sur les 36 000 communes) à partir de 90 producteurs (essentiellement des ministères et des collectivités territoriales : budget, agriculture, environnement, assurance maladie, etc..).

La plate-forme est essentiellement moteur de recherche (recherche simple et recherche avancé) avec quelques suggestions de recherches.

Cette plate-forme a été mise en œuvre par etalab.gouv.fr, la Mission, sous l’autorité du Premier Ministre chargée de l’ouverture des données publiques. L’un des engagements forts d’Etalab était de proposer les données dans un format ouvert et réutilisable : la mission a pour cela publiée une « Licence Ouverte / Open Licence » en octobre 2011 qui facilite la réutilisation des données publiques mises à disposition gratuitement.

La plupart des données proposées étaient déjà accessibles, notamment sur les sites des ministères, mais un nombre important de jeux de données ont été améliorés, grâce à un effort de reformatage, ce qui fait que des données auparavant simplement consultables peuvent à présent être réutilisées.

Seule ombre au tableau de cette initiative d’ouverture : si la gratuité et l’absence de barrière juridique sont bien présentes, au niveau des formats, la plate-forme utilise encore des formats propriétaires, notamment ceux de Microsoft comme Excel, très peu sont en csv (comma-separated values) : format informatique ouvert représentant des données tabulaires sous forme de valeurs séparées par des virgules. (Wikipedia).

Mais, comme le souligne le site « Regards citoyens », l’ouverture de cette plate-forme n’est qu’une première étape : « si de nombreuses données pourraient encore être intégrées, cela ne sera possible que si un maximum de citoyens, d’associations, de journalistes, d’entreprises et d’universitaires s’emparent des données déjà existantes. ».

Data.gouv.fr

OpenData : La moyenne pour un data.gouv.fr sous formats propriétaires
Regards citoyens, 04/12/11

Data.gouv.fr : la France ouvre son portail de partage de données publiques
ZDNet.fr, 05/12/11

Data.gouv.fr : la plate-forme d’open data française est en ligne
Regards sur le numérique, par Arthur Jauffret, 05/12/11

France : data.gouv.fr, les données publiques en accès libre sur le web
RFI.fr , 05/12/11

Hadopi 3 : quand Nicolas Sarkozy découvre le streaming …

Une des principales critiques formulée contre le dispositif Hadopi, était que la pratique du « P2P » visée par la loi, était déjà dépassée, notamment par le streaming …

C’est contre cette nouvelle forme de piratage que Nicolas Sarkozy a lancé sa dernière croisade pour défendre le droit d’auteur. « Hadopi 3 » s’attaquera au streaming, c’est ce que le Président a annoncé aux « Rencontres internationales sur la Culture, l’économie et les médias » au Forum d’Avignon, le 18 novembre dernier. Après s‘être félicité du succès d’Hadopi (le piratage aurait reculé de 35%), Nicolas Sarkozy a dénoncé cette technologie « Sur les sites de streaming, l’idéologie de partage, c’est l’idéologie de l’argent : je vole d’un côté, je vends de l’autre … ».

Mais le gouvernement n’a pas vraiment approfondi ce dossier qui présente des difficultés aussi bien juridiques que techniques, même si Éric Besson pense que « c’est une nouvelle commande très claire du Président de la République ».

L’aspect illégal du straming ne se présente pas de façon aussi claire que pour le P2P.
Utilisé par les radios en ligne et les sites de vidéos (YouTube, DailyMotion), le streaming est « une diffusion en continu d’un flux audio ou vidéo et permet la lecture d’un flux de donnée à mesure qu’il est diffusé » (Streaming – Wikipedia).
Il s’oppose au téléchargement, car il n’implique pas la récupération sur un fichier de l’ensemble des données d’un morceau ou d’un extrait vidéo.
Evidemment, des petits malins ont trouvé moyen de télécharger complètement les fichiers grâce à des logiciels appropriés …

Cependant, les méthodes employées pour contrôler les échanges sur les réseaux de P2P ne pourront pas être appliquées telles quelles au streaming. Pour combattre ces pratiques illégales, il faudrait avoir recours à des mesures qui mettraient en cause le respect de la vie privée : filtrage, DPI (Deep Packet Inspection : analyse du contenu d’un paquet réseau). Pour cela les hébergeurs devraient voir évoluer leur statut qui comportera une obligation de surveillance …
De plus, les principales plate-formes de streaming et de téléchargement direct ne sont hébergées ni en France, ni en Europe.

D’ailleurs, la Cour de justice de l’Union européenne a tranché sur ce point : « le droit de l’Union s’oppose à une injonction, prise par une juridiction nationale, d’imposer à un fournisseur d’accès à internet (FAI) la mise en place d’un système de filtrage afin de prévenir les téléchargements illégaux de fichiers. Une telle injonction ne respecte l’interdiction d’imposer à un tel prestataire une obligation générale de surveillance ni l’exigence d’assurer le juste équilibre entre, d’une part, le droit de propriété intellectuelle et, d’autre part, la liberté d’entreprise, le droit à la protection des données à caractère personnel et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations. »
Arrêt Sabam de la Cour de Justice de l’UE du 24 novembre 2011

En effet, cette injonction risquerait d’entraîner le blocage des communications à contenu licite …

En attendant, Frédéric Mitterrand, Ministre de la culture et de la communication, annonce qu’il dévoilera d’ici trois mois, différentes mesures contre les sites de streaming illégaux

Hadopi et la lutte contre le piratage numérique sont en train de devenir un des enjeux de la présidentielle et les deux principaux candidats (ou futur candidat …) s’en sont emparés.
A suivre …

Sarkozy prêt à une loi Hadopi 3 contre le streaming
par Guillaume Champeau, Numérama, 18/11/11

Hadopi et streaming : des questions techniques et juridiques se posent par Christophe Auffray, ZDNet.fr, 21/11/11

Pourquoi Sarkozy fait d’Hadopi un enjeu de la présidentielle par Olivier Tesquet, Télérama, 21/11/11

Le filtrage des téléchargements imposé aux FAI est illégal par Etienne Wery, Droit & Technologies, 24/11/11

Téléchargement illégal : la justice européenne dit non au filtrage généralisé par Christophe Auffray, ZDNet.fr, 24/11/11

L’Hadopi sonne la charge contre les sites de streaming et de DDL par Guillaume Champeau, Numérama, 25/11/11

Lutte contre le streaming illégal : la Hadopi a 3 mois pour formuler des mesures par Christophe Auffray, ZDNet.fr, 25/11/11

Hadopi 3 – Le fail annoncé Korben, 27/11/11

François Hollande remplacera Hadopi par Hadopi par Guillaume Champeau, Numérama, 28/11/11

Lutte contre le streaming illégal : la Hadopi répond présent par Christophe Auffray, ZDNet.fr, 28/11/11

Hadopi va s’attaquer au téléchargement direct et au streaming par Jacques Cheminat, Le Monde informatique, 29/11/11

Projet Istex : Une plateforme de ressources documentaires en ligne via des licences nationales

Porté par l’Université de Lorraine pour l’ensemble des universités, le projet ISTEX (Initiative en Information Scientifique et Technique) a été retenu dans le cadre du programme des « investissements d’avenir ».
Associant la CPU, le consortium COUPERIN, L’INIST et l’ABES, ce projet financé à hauteur de 67 millions d’euro vise à

· donner accès à un corpus de ressources documentaires acquises dans le cadre d’un programme volontariste d’achat de licences nationales,

· agréger ces ressources au sein d’une plateforme nationale accessible à tous les établissements, permettre la personnalisation en fonction des thématiques de formation et de recherche de chacun : chaque Idex (Initiative d’excellence) pourra ainsi se confectionner un portail spécifique, à partir du portail national accessible à tous,

· héberger sur le territoire des contenus scientifiques numériques dans le but d’offrir à la communauté d’enseignement supérieur et de recherche des services à forte valeur ajoutée

L’accès à la plateforme ne sera pas limitée aux établissements membres d’un projet d’Idex, mais à toutes les universités. Comme le souligne la « Lettre de la CPU » du 27 octobre 2011, ce « portail d’exploitation sophistiqué [..] constitue la vraie valeur ajoutée et rend le projet très compétitif au plan international ».

Michel Vajou, dans la « Dépêche du GFII » du 7 novembre se demande si ce programme d’investissement d’avenir va permettre l’émergence d’une « Agence nationale de l’Information scientifique et technique » qui jouerait en France le rôle du JISC (Joint Information System Comitee) au Royume Uni. Outre l’accès au réseau Janet (équivalent de Renater), cet organisme met à la disposition des établissements d’enseignement supérieur et de recherche des ressources documentaires numériques et une expertise à travers des services de spécialistes.
Dans l’analyse de la Dépêche, Michel Vajou essaie aussi de prévoir comment vont s’articuler les missions des différents acteurs fédérés dans ce projet : CPU, ABES, Couperin et INIST-CNRS.


Le projet ISTEX : mutualiser l’accès à la connaissance
CPU Infos, Lettre du 27/10/11

ISTEX : des licences nationales pour les ressources numériques par Christelle di Pietro, ENSSIBrèves, 07/11/11

ISTEX : Vers une plate-forme nationale d’accès à l’information scientifique et technique ? par Michel Vajou, La Dépêche du GFII, 07/11/11

Tablettes et liseuses : quels usages pour les étudiants ?

Avec son projet de tablettes à 1 euro, le Ministre Laurent Wauquiez veut introduire l’usage des tablettes dans l’enseignement supérieur. Les étudiants intéressés disposeraient ainsi de tablettes tactiles 3G+ qui leur reviendraient à 730 euros au bout de deux ans.
Deux tablettes avaient été retenues par l’opérateur Orange qui a répondu à l’appel d’offre du Ministère : l’incontournable iPad 2 d’Apple et le Galaxy Tab de Samsung.
Critiqué pour avoir favorisé des produits étrangers, le Ministère a aussi accordé son soutien à une deuxième offre, où le fabricant français Archos forme un tandem avec l’opérateur Bouygues Telecom pour une tablette avec forfait internet 3G + à 0,66 euro par jour ! Et dans ce cas, la clé 3G, facilement amovible (ce qui est impossible sur un iPad), peut aussi être utilisée sur un ordinateur portable.
Précisément, l’intérêt de la connexion 3G ne paraît pas évident non plus avec la multiplication des bornes wifi dans les universités et les lieux publics.

Mais la question fondamentale porte plutôt sur l’utilisation de ce nouvel équipement par les étudiants.
Lorsque l’on examine l’utilisation que les Français font des tablettes, ce qui ressort c’est l’usage privé et personnel (74%) de ce matériel !
On peut difficilement effectuer un travail universitaire ou autre sur une tablette et quant à la dimension nomade de ce nouveau jouet, elle se partage entre le salon (85%) et la chambre (69%) de l’utilisateur !
Les usages les plus fréquents de la tablette recouvrent, avec quelques différences (pas de téléphone GSM), les utilisations des téléphones mobiles : surfer sur l’internet, consulter l’actualité, rechercher des informations pratiques, consulter et répondre à ses mails, etc. La taille de la tablette (7 ou 10 pouces) permet de mieux profiter des vidéos, des jeux et des magazines.
Mais en ce qui concerne la lecture des livres numériques, on pourrait se demander si des « liseuses » de type Kindle (Amazon) ne seraient pas plus adaptées aux besoins des étudiants ? Elles sont, il est vrai, limitées au noir et blanc de l’encre électronique, mais si l’objectif est de faire lire les étudiants avec des terminaux mobiles, les liseuses disposent de plus d’atouts : lisibilité en plein jour tout en préservant les yeux des utilisateurs, grande sobriété de consommation énergétique, et surtout, prix beaucoup plus abordable (à partir de 100 euros) !
Bien sûr, les étudiants ne pourraient pas visionner des e-cours ni jouer à des jeux sérieux (?), mais ils auraient la possibilité de partager leurs annotations ou des signets pour retrouver les pages-clés dans une bibliographie !

Personne ne peut prédire aujourd’hui les usages qui seront faits de ces nouveaux outils. Lors de la popularisation du téléphone, certains prévoyaient que sa principale utilisation serait l’écoute d’enregistrements de musique ; cette prédiction s’est réalisée … près d’un siècle plus tard !

Des tablettes numériques à un euro par jour pour les étudiants. – Portail du Gouvernement, 05/10/11

En partenariat avec le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Bouygues Telecom et Archos proposent aux étudiants la première tablette avec forfait internet 3G+ à 0,66E par jour. – Communiqué de presse, Archos – Bouygues Telecom, 14/10/11

Méli, Benoît. – Comment les Français utilisent les tablettes ? – Journal du Net , 12/10/11

Maussion, Catherine. – Tablettes à 1 euro : Archos dénonce Orange. – Ecrans – Libération.fr, 04/10/11

Auffray, Christophe. – Archos et Bouygues Telecom répliquent avec une tablette à 0,66 euro par jour. ZDnet.fr, 14/10/11

Charles, Frédéric. – Et pourquoi ne pas déployer les liseuses Kindle d’Amazon en entreprise ? Green SI – ZDnet, 01/10/11

Guillaud, Hubert. – Le Lire et l’écrire : clôture, glissement et déconnexion. – La Feuille – Blogs Le Monde.fr, 15/10/11

Qui a peur des bibliothécaires en grève ? Le désamour des étudiants pour les BU des deux côtés de l’Atlantique

Sûrement pas les étudiants qui désertent de plus en plus les bibliothèques des campus d’Amérique du Nord … et de France !
C’est ce qu’explique « Annnoyed Librarian » dans le billet « If Striking Librarians Fell in the Forest … » sur le site du « Journal of Library.com ». En faisant référence à la grève menée la semaine précédente à la bibliothèque de l’University of Western Ontario (Canada), ce professionnel se pose la question de la gêne que cette manifestation pourrait occasionner, à part celle de la circulation au milieu du campus, en raison du piquet de grève …
En effet, le fait que certains services de référence ne soient pas assurés ne devrait pas perturber outre mesure les rares utilisateurs des « Reference Desk », déjà en voie de disparition dans certaines grandes BU américaines (cf le post consacré à ce sujet en juin dernier). D’autant que l’on assigne de plus en plus aux bibliothécaires des sujets sur lesquels ils/elles ne sont pas spécialisés … Aujourd’hui, on voit de plus en plus de scientifiques avoir la responsabilité d’un secteur des « Humanités » (lettres et sciences humaines), alors qu’auparavant c’était plutôt le contraire !

Mais en fait, cela n’a aucune importance, car comme l’affirme l’article « What Students don’t Know » de Steve Kolowich sur « Inside Higher Ed », les étudiants n’ont aucune idée de ce que les bibliothécaires peuvent leur apporter dans leur recherche documentaire … L’idée que les bibliothécaires sont experts sur des sujets universitaires ne leur vient même pas à l’esprit. Pour la plupart des étudiants, le personnel des bibliothèques ne sert qu’à orienter dans les différentes salles (en accès direct).

Pour analyser ces pratiques, les professionnels de cinq BU de l’Illinois, ne se sont pas contentés des enquêtes habituelles, ils ont embauché deux anthropologues sur le projet ERIAL (Ethnographic Research in Illinois Academic Libraries). Les résultats, qui seront publiés par l' »American Library Association », dépassent les plus mauvaises prédictions. Seuls 30% des étudiants interrogés sont capables de mener une recherche documentaire correcte …;-( Et le mythe des « digital natives » en prend un coup ! Ces enfants de l’internet ne savent pas plus rechercher dans Google de façon pertinente … Mais les enseignants et les bibliothécaires sont aussi responsables de cet état de fait, car ils se mettent rarement au niveau de l’étudiant pour lui enseigner les bases de la recherche documentaire.

Cette ignorance et cette méconnaissance se retrouvent de ce côté-ci de l’Atlantique. C’est ce que révèle le mémoire de l’ENSSIB de Laurence Jung « Je ne travaille jamais en bibliothèque ». Enquête auprès d’étudiants non fréquentants ou faibles fréquentants. Michèle Battisti le cite dans son compte-rendu de l’Université d’été du GFII dans Paralipomènes pour évoquer l’importance de la médiation en bibliothèque.
Cette enquête sociologique analyse les représentations de la bibliothèque de ce « non public » qui représente plus de 13%% des étudiants (2006). La plupart de ceux qui fréquentent les bibliothèques les utilisent de plus en plus comme des « lieux de travail », calmes et silencieux. C’est d’ailleurs cet aspect ‘quasi religieux’ qui rebutent certains …

A l’autre bout du cursus universitaire, les chercheurs ont aussi déserté la bibliothèque physique, depuis qu’ils ont découvert la bibliothèque numérique ! L’un d’eux ignore même que c’est la BU qui gère ses abonnements en ligne !

Il est encore temps de récupérer cette désaffection, notamment en travaillant en amont avec les enseignants sur les disciplines. L’étude montre, en effet, que les variations d’utilisation des BU dépendent des sujets étudiés. Alors que les étudiants en sciences n’ont besoin de consulter aucun document jusqu’au master, les étudiants en lettres – qui sont souvent des étudiantes – sont « obligées » d’aller à la bibliothèque consulter ou emprunter des documents. Mais ceci est encore une exception française, car dans les pays anglo-saxons, les étudiants en sciences sont très tôt formés à la recherche documentaire.

EBooks : avenir du livre, fin de l’œuvre, système clos ou univers ouvert … (2e partie)

Une des questions de recherche qui est sortie du Forum du 28 juin des Ateliers de Réflexion prospective de L’ANR (Atelier Culture et médias de Digital 3.0 PRISE), s’intitulait précisément « la fin de l’œuvre » avec tout ce que cette expression implique. Car ce n’est pas l’œuvre en tant que telle qui est destinée à disparaître, mais la notion d’auteur, qui la sous-tend, et bien entendu, l’idée de droit d’auteur. Le droit d’auteur, qui ne compte qu’un peu plus de deux siècles de légitimité, repose essentiellement sur la notion d’ »œuvre ». Celle-ci se définit par un certain nombre d’attributs dont l’originalité et la mise en forme (voir « Informations pratiques : les œuvres protégées » dans les Fiches techniques de la Direction du Développement des Médias, Ministère de la Culture et de la Communication).
Les œuvres, ‘augmentées’ ou ‘étendues’, vont peu à peu perdre leurs spécificités et se fondre dans des « Commons », créatifs … ou pas. Quant à leur financement ou à la rémunération de leurs créateurs (ou plutôt ‘contributeurs’), le mécénat ou la publicité peuvent remplacer le droit d’auteur. Les chefs-d’œuvre de la Renaissance n’ont pas eu besoin du droit d’auteur pour exister….
On le voit actuellement avec les difficultés d’appliquer le droit d’auteur aux œuvres numérisées, notamment en matière de musique ou de vidéo.

C’est ce que pressentait déjà le philosophe Walter Benjamin, lorsqu’il écrivait en 1935, « L’œuvre d’art à l’époque de la reproduction mécanisée ». Le développement des technologies de reproduction a changé la perception du spectateur, qui a l’impression que l’œuvre lui est plus accessible (par exemple, pour le cinéma, il reçoit des images en permanence), alors qu’en même temps ces images lui révèlent son absence (disparition de l’’aura’). L’aura représentait l’unicité et l’originalité de l’œuvre d’art, la reproduction technique, en soulignant son absence, la révèle au spectateur moderne et lui permet de participer au fonctionnement des œuvres modernes : il n’est plus dans le recueillement, mais dans l’action.

Mais, en fait, la notion d’œuvre avait déjà perdu son unicité et son intégrité. Avec les différentes variations et interprétations, il était déjà difficile de déterminer les limites d’une œuvre musicale ou théâtrale. Seule l’œuvre littéraire, sous la forme du roman, est parvenue, à partir du XVIIe siècle, à une forme accomplie et finie, qui atteint son idéal au XIXe siècle. Comme un édifice, elle possède sa propre architecture, qui se suffit à elle-même, et se déroule suivant un plan qui va de la première page au mot « fin ».

C’est la thèse que développe Frédéric Kaplan dans « Comment le roman a transformé l’écriture savante », pour répondre aux « Cassandre » qui annoncent la fin du livre. C’est le cas de l’éditeur numérique Tim O’Reilly, qui vient de supprimer les DRM (mesures techniques de protection) de ses ebooks.
Interviewé dans Forbes : « Tim O’Reilly on Piracy, Tinkering and the Future of the Book », le père du Web 2.0, évoque, non pas la mort de l’imprimé, mais la transformation du marché du livre. Il prend l’exemple de la carte, qui s’est complètement transformée (elle disparaît en tant que telle avec le GPS). La carte imprimée n’existe presque plus et les cartes numériques contiennent des adresses et signalent les stations d’essences et les commerces des environs. Le livre n’est pas encore parvenu à ce stade. Les ‘liseuses’ ressemblent à des tablettes de pierre où l’on aurait rassemblé des photocopies de pages …

Mais bientôt les annotations des lecteurs vont devenir aussi importantes que le livre lui-même … ! C’est l’idée que James Brindle défend dans « Walter Benjamin’s aura : Open bookmarks and the future eBook » où l’on retrouve l’ »aura » chère à Walter Benjamin.
Les signets (bookmarks), placés par des lecteurs dans les livres sur leurs étagères électroniques (bookshelf), forment une aura d’un nouveau type … ;–) Or, les éditeurs n’ont pas l’air de comprendre la valeur des annotations et l’importance de pouvoir les partager. Même les notes en bas de page disparaissent et les références sont publiées séparément … !

Frédéric Kaplan prend le contrepied de ce point de vue en reprenant l’exemple de la carte. Dans « How books will become machines » (23/08/11), il se sert de l’exemple de “la mécanisation des cartes pour discuter de l’avenir du livre », en opposant « les technologies et les motivations de l’encyclopédisme avec celle du livre ». Les cartes sont devenues un « système géographique interactif », comme la plupart des outils intellectuels (tableurs), elles vont être transformées en machines.
Au contraire de l’Encyclopédie, qui est un système ouvert, la fonction du livre est d’organiser un discours dans un volume clos. Le livre se trouve aujourd’hui a un croisement : ou bien il fusionne avec le courant intellectuel et technologique dominant, au risque de perdre sa fonction structurante, ou bien il continue son chemin dans un nouveau « corps » capable de survivre dans un monde dominé par le modèle encyclopédique …

Face à « La tentation de l’encyclopédisme », « aux vertus libératrice de la pensée ouverte, réticulée, décentralisée (mais totalisante) que permettraient internet et le web », le livre électronique reprendrait l’héritage structurant du livre papier en l’organisant dans un espace fermé (les liseuses et les tablettes). Et si certaines entreprises proposent déjà de vendre des livres, chapitre par chapitre, comme des feuilletons, il serait dommage que l’usage du numérique n’ait qu’un effet décomposant au contact du réseau. « Ces formes closes, nécessaires aux démonstrations et aux narrations, ont aussi leur place dans le monde qui vient ».

Personnellement, je privilégierais les liseuses dédiées de type « Kindle » sur les tablettes multifonctions, d’abord pour des raisons physiologiques – l’encre électronique ne fatigue pas les yeux – et ensuite, parce qu’on est moins « distrait » sur ces supports que dans environnement web (messagerie, jeux, vidéo, etc..), même si les « applis » conservent l’aspect intime d’un club fermé…

EBooks : avenir du livre, fin de l’œuvre, système clos ou univers ouvert … (1ère partie)

Les ebooks et la numérisation des ouvrages annoncent-ils vraiment la fin du livre, comme on aime à le répéter depuis plus d’une décennie ?

Le « Livre du futur » (et non le futur du livre …) a figuré parmi les enjeux traités au dernier Congrès de l’IFLA à San Juan (Porto Rico). Il a été au centre d’un débat entre éditeurs, auteurs et bibliothécaires lors d’une session rapportée par Silvie Delorme, Directrice de la BU de Laval au Québec, dans son blog IFLA 2011 Laval. Comme le modèle économique de ce nouveau support n’est pas encore opérationnel, même les éditeurs (les ‘gros’ et les ‘spécialisés’) ne sont pas d’accord entre eux sur les accès simultanés. Quant aux bibliothèques, « elles devront devenir des points d’accès plutôt que des lieux de conservation » …

C’est aussi l’objet du Colloque international qui se tient les 5 et 6 septembre 2011 à Rio-de-Janeiro (Brésil) « E-Books et démocratisation de l’accès. Modèles et expériences de bibliothèques ». Le post « Évolution ou révolution » sur le site Rioscope.com.br pose la question « Comment les bibliothèques peuvent-elles continuer à jouer leur rôle traditionnel avec l’énorme augmentation de l’usage de Smartphones, iPads, Tablet-PCs et e-Readers portables? »

Ce qui ne rassure pas, par ailleurs les bibliothécaires, comme « New Jack Librarian » dans le post « Cassandra and the future of libraries without librarians » qui appréhende l’avenir de la bibliothèque sans bibliothécaires. Cette situation est surtout la conséquence des coupes sombres que subissent les BU américaines en raison des restrictions budgétaires. Les effectifs de certaines bibliothèques fondent, d’après ce post, et ce d’autant plus que certaines ne disposent pas d’une autonomie de recrutement par rapport aux universités dont elles dépendantes …

Mais la seconde raison avancée par New Jack est bien la numérisation croissante des ressources documentaires et plus particulièrement l’acquisition de « bouquets » de revues et bientôt de livres numériques, grâce à des consortiums de bibliothèques. Le travail de sélection et de gestion des collections réalisé jusqu’à présent par les bibliothécaires va bientôt être externalisé vers des sociétés comme « Proquest ».

Avec les bibliothèques numériques gérées par des tiers, la Bibliothèque universitaire risque de représenter plus un coût qu’un investissement pour ses institutions de tutelle. Les bibliothécaires doivent pouvoir répondre à ce défi, notamment à travers des services aux publics (étudiants, enseignants, chercheurs) et démontrer que leur travail incarne aussi bien les valeurs de la bibliothèque, que celles de l’enseignement et de la recherche et de la communauté universitaire.

Staypressed theme by Themocracy