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Le retour des sciences sociales : «Humanités ou humanisme numérique(s) » ?

Après avoir régné sans partage sur l’intelligentsia occidentale, notamment en France, dans les années 1960-70, les sciences humaines et sociales (SHS) ont subi un repli dans les années 1980-90 – les « années fric » du capitalisme financier et surtout de la disparition des idéologies … Elles reviennent aujourd’hui sur le devant de la scène, mais elles se sont entre temps mondialisées et hyper-spécialisées. Mais surtout elles disposent désormais d’outils plus performants : les « Humanités numériques ».
C’est ce qu’explique le sociologue Michel Wieviorka dans un entretien à Libération la veille du colloque international « Penser global »

Mais que sont donc ces « Humanités numériques » ? D’après Wikipédia, c’est « un domaine de recherche au croisement de l’informatique, des arts, lettres, sciences humaines et sciences sociales ». Elles permettent, par l’utilisation des outils numériques, la modélisation et la représentation graphique d’oeuvres et de pratiques sociales, mais aussi « la prise en compte des contenus numériques comme objets d’étude ».

C’est aussi cette dimension scientifique que Bruno Latour veut utiliser dans son concept d’ »Humanités scientifiques » qui sera l’objet de son CLOM (Cours en Ligne Ouvert et Massif) « Scientific Humanities » sur la plate-forme de France Université Numérique (FUN). Il s’agit de prendre en compte les conditions de production de ces disciplines et de les évaluer à l’aune d’un processus cognitif. C’est dans cette optique que les différentes opinions qui se reflètent dans les pratiques sociales que sont la politique, la morale ou la philosophie, sans oublier les oeuvres littéraires et artistiques, pourront être analysées et représentées grâce aux outils numériques. Car seuls ces outils informatiques seront en mesure de traiter la quantité industrielle de données, le « Big data » dont on dispose désormais..

Deux grandes manifestations ont remis cet automne, les sciences humaines et sociales au centre des préoccupations numériques :
Horizon 2020 – Perspectives européennes pour les sciences. Vilnius, 23-24 septembre 2013
Forum Mondial des sciences sociales. Montréal, octobre 2013

Mais en se soumettant à la logique du numérique, la société et les SHS ne risquent-elles pas de perdre l’humanisme qui les caractérisaient les Lumières ou la Renaissance ?
« Pour un humanisme numérique », c’est le défi que lance le philosophe canadien Milad Doueihi, dans un essai récent. Le numérique, à travers « le code informatique fondé sur le calcul, romprait avec notre rapport historique à l’écriture et aux pratiques lettrées ». Tout y passe : le droit, les modèles économiques et politiques. « L’informatique a cette propriété d’encourager le passage et l’expression de toute activité à ces propres termes ». Le numérique opère une rupture historique avec l’humanisme classique… D’où la nécessité de penser un « humanisme numérique » pour nous préserver d’une « robotisation » de l’humain.

Mais n’est-ce pas aussi ce que défendent les partisans des Humanités numériques comme Wieviorka ? Car il ne s’agit pas de réduire la recherche en SHS aux seules mesures (souvent quantitatives) permises par ces nouveaux outils. Même si la figure de l’intellectuel, dominant la scène culturelle, est en train de s’estomper au profit d’une plus grande collaboration des chercheurs entre eux, mais aussi avec le grand public, grâce à internet et aux réseaux sociaux, les « digital humanities » ne se réduisent pas à une boite à outils. Elles permettent aussi de prendre en compte les contenus numériques comme objets d’étude. En devenant objet de la recherche, les différents usages et pratiques numériques ne vont pas de prendre le dessus. Les chercheurs restent les sujets de leurs travaux, et ne risquent pas de se transformer en « cyborgs », hybrides bio-électroniques que les « Transhumanistes » attendent comme le Messie.
C’est, en effet, contre cette nouvelle croyance, le Transhumanisme, la « Singularité » de Ray Kurzweil, que Milad Doueihi veut lutter en prônant le retour à un nouvel humanisme, à une nouvelle éthique face à la « conversion numérique ».

Wieviorka, Michel. – Mettre le numérique au service des humanités. – Libération, 10/05/13

Humanités numériques. – Wikipedia

Latour, Bruno. – Scientific Humanities : MOOC. – FUN, 2014/01-03

Douihei, Milad. – Pour un Humanisme numérique. – Paris : Seuil, 2011. – (La librairie du 21e siècle)

Féraud, Jean-Christophe. – Pour un humanisme numérique. – Libération, 20/10/13

Vilnius Declaration. – Horizons for Social Sciences and Humanities. Vinius (Lithuania), 24 september 2013

Wieviorka, Michel. – Horizons for Social Sciences and Humanities : what follows Vilnius ? Michel Wieviorka Sociologue – Hypothèse.org, 23/09/13

Transformations sociales et ère numérique. – Forum mondial des sciences sociales 2013. Montréal

World Social Science Forum: Building a global platform for social sciences in the digital age. – Impact of Social Sciences – Blog LSE, 09/10/13

Transhumanisme. – Wikipedia

Humanity+ : Elevating the Human Condition

Kurzweil, Ray. – The singularity is near : when huamans transcend biology. – New York, Toronto, London : Penguin Books, 2005

Vion-Dury, Philippe. – Le transhumanisme français : que des surhommes, pas des sous-hommes. – Le Nouvel Observateur, 03/11/13

Big data et web sémantique : une opportunité pour les profeessionnels de l’information

A propos du système Prism, François Géré de l’Institut d’Analyse Stratégique l’a reconnu dans Libération : « En France nous faisons la même chose que les Américains […] Toutefois, nous réduisons le périmètre aussi bien géographique (essentiellement en Europe et en Afrique) que sémantique (le nombre de mots-clés) ».
Mots-clés, métadonnées, web sémantique, les documentalistes se trouvent ici en terrain connu !

Avec les « Big data » et leurs réservoirs énormes de données, un champ immense s’ouvre aux professionnels de l’information, la sélection et la qualification des métadonnées qui leur sont attachées, autrement dit l’indexation.
Bien sûr, d’importants progrès ont été réalisés en indexation automatique et en traitement automatique du langage (TAL), et avec les masses de données textuelles que l’on peu traiter, des rapprochements de termes peuvent s’effectuer et produire des modèles de description, comme l’explique Nathalie Aussenac-Gilles dans Graphéméride. « Pour faciliter la recherche d’informations précises, de points de vue, d’opinions [… ] il est nécessaire de caractériser la nature des informations et des connaissances véhiculées par les contenus […] ne pas rester au niveau des mots, donc de passer au niveau des concepts ».

Avec le web sémantique (ou web de données ou ‘linked data’), « les données de toutes formes produites par tous les acteurs se trouvent interconnectées, identifiées sans ambiguïté et reliées les unes aux autres » Hervé Verdier, Directeur d’Etalab. En ‘typant’ ces données dans des ontologies, le web sémantique « met en place une indexation des pages web, mais aussi potentiellement des concepts absents du web dont une description sur le web est possible (personne, lieu, date, élément abstrait, objet physique » Pierre Couchet, « A quoi sert le Web sémantique en histoire et philosophie des sciences et des techniques » Semantic HPST

Ces nouveaux thesaurus linguistiques s’appuient sur des ‘triplets’ : sujet, prédicat et objet.
« Concrètement, un thésaurus relie des concepts entre eux selon des relations précises : synonyme, homonyme, hiérarchie, terme associé. L’ontologie ajoute des règles et des outils de comparaison sur et entre les termes, groupes de termes et relations : équivalence, symétrie, contraire, cardinalité, transitivité… Ainsi, l’ontologie est une étape supérieure au thésaurus selon l’ontology spectrum. » – Définir une ontologie avec OWL. – Les Petites Cases 11/11/05
En taggant par exemple un fichier contenant une photo, on pourra non seulement caractériser la photo, mais si ces mots-clés sont partagés, on pourra regrouper des photos similaires. Grâce à cette organisation des connaissances, on pourra classer une photo du Château de Versailles, rejetée comme « monument de Paris », si l’on a l’information que « Versailles est ‘Acôtéde’ Paris ou que Versailles et Paris sont deux villes ‘SituéeDans’ l’Ile de France » Nathalie Assenac-Gilles.

Bien sûr, ces langages OWL (Ontology Web Langage) demandent une bonne familiarité avec l’informatique (XML) et la logique, sans parler de connaissances linguistiques, mais les bibliothécaires/documentalistes ont tout à fait leur rôle à jouer dans la construction de ces bases de connaissances. L’exemple de l’ontologie du vin réalisée à Stanford, cité par le WC3, le montre : on retrouve des mots-clés, des caatégories, des propriétés et des noms de lieux.

Les professionnels de l’information qu’ils (elles) sont pourraient aussi bien construire ces bases de connaissances (en collaboration avec des informaticiens) que servir d’appui aux chercheurs pour qualifier les résultats de la recherche. La BNF l’a d’ailleurs bien compris avec la réalisation avec le projet « data.bnf.fr« web sémantique

Géré, François ; Hofnung, Thomas. – « En France, nous faisons la même chose ». Libération, 1er juillet 2013

Couchet, Pierre. – À quoi sert le web sémantique, en Histoire et Philosophie des Sciences et des Techniques ?. – Semantic HPST, 13/06/13

Fabien Gandon – Le web sémantique. – Graphemeride, 15/04/13

Le Web de données à la BnF : data.bnf.fr

Berners-Lee, Tim et al. – A Framework for Web Science. – Foundations and trends in web science, vol.1:n°1, 2006

Définir une ontologie avec OWL. – Les petites cases, 11/11/05

OWL Web Ontology Language Guide. – W3C, 10/02/04

Ontology of wines

Bachimont, Bruno. – Engagement sémantique et engagement ontologique : conception et réalisation d’ontologies en Ingénierie des connaissances.- INA, 2000 (pdf)

Aaron Swartz : la guerre de l’ »Open Access » fait sa première victime

Aaron SwartzLe récent suicide ( 11/01/13) de l’informaticien militant Aaron Swartz a bouleversé le monde du numérique et surtout les partisans du libre accès.

Ce jeune activiste de 26 ans, co-inventeur à 14 ans des flux RSS, risquait en effet 35 ans de prison et 1 million de dollars pour avoir « hacké » la base de données de revues en ligne JSTOR en téléchargeant illégalement sur un ordinateur portable des millions d’articles à partir d’un serveur du MIT.
Ce n’était pas la première action de ce jeune prodige qui s’était déjà attaqué en 2008 à la base de données PACER (Public Access to Court Electronic Records), le service de publication des décisions de justice américaines. Malgré son nom (public access), l’accès à cette base est payant, de même que JSTOR qui publie des articles de recherche.
Mais si l’hébergeur JSTOR a rapidement retiré sa plainte, et le MIT a été moins clair, c’est surtout la justice américaine, et particulièrement la procureure Carmen Ortiz, qui s’est acharnée sur son cas, accusant le jeune hacker de « voler des biens valant des millions de dollars » …
Il est évident qu’Aaron Swartz n’a pas fait cela pour de l’argent comme le fait remarquer son ami le juriste Lawrence Lessig, le créateur du « Creative Common » dans son post du 12 janvier « Prosecutor as bully »

La communauté de l’internet libre lui a rendu hommage en mettant en ligne des œuvres ‘libérées’, notamment grâce au hashtag #pdfTribute sur Twitter (voir le site http://pdftribute.net/), comme par exemple le document ‘Open Government‘ de Tim O’Reilly.
Mais aussi d’autres hackers continuent son action en ‘libérant’ d’autres bibliothèques numériques comme le site de « Gale Digital collections » téléchargé sur un faux site http://galecengage-publicdomain.com/ vantant le domaine public … !
La « guerilla open access » que menait Aaron Swartz n’était pas portée par le profit ou une ambition commerciale comme celle du hacker Kim Dotcom avec Mega (suite de Megaupload).
Il voulait, avec tout le mouvement du libre accès sur internet, rendre aux chercheurs les fruits de leurs recherches que les éditeurs et les distributeurs en ligne exploitent comme une rente sans fin.
Mais sa mort aura permis au moins de relancer le débat sur les mesures anti-piratage disproportionnées aux États-Unis.

Guerilla Open Access Manifesto. – Open Access News. [attribué à Aaron Swartz], July 2008

PdfTribute sur Twitter

Prosecutor as bullyLessig Blog V2, 12/001/13
Aaron Swartz, le suicidé de l’édition scientifique commerciale/ par Antonio Caselli. – Huffington Post, 13/01/13
Aaron Swartz, martyr de la libre circulation des connaissances ?/ par Olivier Laffargue. – BFMTV.com, 14/01/13
En marge du décès d’Aaron Swartz, le site de Gale Cengage hacké à son tour pour libérer le domaine public ! S.I.Lex, 14/01/13
Open Access et suicide d’Aaron Swartz : des larmes de trop/par Célya Gruson-Daniel. – My Science Work, 16/01/13
L’histoire d’Aaron Swartz. – Le Geektionnerd, 16/01/13
Suicide d’Aaron Swartz : vers un amendement de la loi anti-hacking aux USA ? - ZDNet, 16/01/13
Après la mort d’Aaron Swartz, des débats sur la législation. – Le Monde, 16/01/13
Avec le suicide d’Aaron Swartz, le MIT a-t-il perdu son âme ?/ par Emmanuel Tellier – Télérama, 17/01/13
Aaron Swartz, le feu RSS/Fabrice Rousselot. – Écrans – Libération, 18/01/13
Kim Dotcom: the internet cult hero spoiling for a fight with US authorities/by Toby Manhire. – The Guardian, 18/01/13
Aaron Swartz: a bittersweet memorial/ by Paul HarrisThe Guardian, 19/01/13
Économie de la publication scientifique et libre accès: un débat relancé par la mort d’Aaron Swartz. – Slate, 21/01/13
Cinq bonnes raisons de ne pas utiliser Mega. – par Olivier Tesquet. – Télérama, 21/01/13

Service(s) aux usagers : une innovation en bibliothèque qui remonte à un siècle !

Le ou les « service(s) aux usagers » (SAU : département auquel j’appartiens à Bibliothèque de Sciences Po) fait partie des dernières préconisations en matière d’activités des bibliothèques. Ils se retrouvent, par exemple au cœur des interventions de la Journée d’étude de l’ADBS, lors de l’i-Expo 2012.

Or, on retrouve cette préoccupation dans l’ouvrage d’Eugène Morel (1869-1934), « La Librairie publique », datant de 1908 et cité dans l’article de Lydie Ducolomb « Eugène Morel et la section des bibliothèques moderne : une réflexion sur la formation professionnelle des bibliothécaires au début du XXe siècle », publié dans le BBF de février 2012.
Pour ce bibliothécaire visionnaire « Il faut exciter sans cesse le public, le fournir de renseignement de toute sorte, chercher pour lui [...], suivre l’actualité, dresser à chaque moment l’état des ressources de la librairie sur les sujets les plus diveers : une guerre, des tarifs douaniers, une loi sociale, une invention nouvelle … »

On retrouve là les services « push » que les bibliothèques et centres de documentation peuvent mettre au service de touts les catégories de lecteurs : jeunes lecteurs ou étudiants grâce aux réseaux sociaux ou blogs, dossiers documentaires ; services au chercheurs aussi, comme il en ressort dans l’article d’Archimag de Juin 2012 « Chercheurs, technologies et bibliothèques universitaires : questions d’usages ». Guillaume Nuttin y interroge trois responsables sur les besoins des chercheurs en information scientifique et technique (IST). Jean-Michel Barbiche, conservateur à la Bibliothèque de l’Ecole Centrale de Paris souligne « La qualité d’une bibliothèque ne se mesure pas à la quantité de documents qu’elle propose, mais à l’aune des services proposés autour des ressources ».
Odile Hologne, directrice déléguée à l’Information scientifique et technique à l’INRA explicite cette révolution copernicienne de l’activité documentaire « Nous avons repositionné complètement l’offre de services en IST pour les scientifiques : veille, bibliométrie, gestion des connaissances. Au lieu de nous positionner sur la gestion du stoock de documents, nous nous orientons sur l’analyse de l’information ».
Mais, comme le fait remarquer Ghislaine Charton, professeure à L’INTD « les chercheurs, dans leur grande majorrité, ne veulent pas être formés, faute de temps ou à cause d’autres priorités liées à leurs recherches. [...] Il faut lever les barrières techniques et mmultiplier les services d’accompagnement de l’usager, en présentiel ou à distance ».

La formation des utilisateurs devient ainsi une des principales activités des professionnels de l’information qui retrouvent là leur mission de médiation.

Ce sont ces nouvelles compétences des « bib/docs » qu’explore Claudine Masse, Directrice de l’EBD, dans sa contribution « Nouveaux territoires pour les professionnels de l’information : l’évolution des compétences » Journée d’étude de l’ADBS, i-Expo 2012.
Elle insiste sur les compétences à acquérir ou approfondir dans le cadre de son école. Outre le management et la gestion de projet, l’architecture de l’information, la gestion et la production de contenus, les futures bibliothécaires et documentalistes devront acquérir des compétences dans la veille et des compétences transverses : langue (anglais), informatique, travail en équipe, communication écrite et orale.
L’exploitation de ces compétences permettra une maîtrise des bases de l’information-documentation (gestion et recherche documentaire, traitement, produits et services doc.) mais aussi le développement d’une expertise : architecture de l’information, veille, conduite de projet, archive et record management, communication/marketing, etc.

Ces expertises se retrouvent dans l’analyse de Loïc Lebigre à cette même journée d’étude à i-Expo « Vers un observatoire ADBS des fonctions « information » : opportunités et enjeux ».
De nouvelles fonctions émergen t pour les professionnels de l’information à partir du contexte des évolutions technologiques et sociétales :
- la fonction de « Coordination » pour les pratiques collaboratives
- Celle d’ »éditorialisation » (curation) et d’ »Analyse expertise métier » devant la surabondance des données accessibles et raccourcissement des cycles (R&D, production, valorisation)
- La « Maîtrise d’usage et gouvernance du SI » face à l’innovation technologique permanente et la diversité des solutions mobilisables.

Dans sa communication « Valeurs ajoutée des médiateurs » à cette même journée d’étude, Ghislaine Chartron identifie quatre pôles de compétences pour les professionnels de l’information : Gestion-Qualité ; Informatique ; Performance de l’activité principale et Communication-formation.

Dans la conclusion de son article, Lydie Ducolomb souligne que « l’héritage d’Eugène Morel [consiste] en une conception globale du rôle du bibliothécaire dans la société : informer, communiquer, rendre service, permettre l’accès de tous à la culture »

Table ronde « Nouveaux territoires pour les professionnels de l’information » animée par Elisabeth Gayon, présidente de l’ADBS, sur le salon i-expo 2012 – Journée d’étude, 14 juin 2012

Ducolomb, Lydie. – Eugène Morel et la section des bibliothèques modernes : une réflexion sur la formation professionnelle des bibliothécaires au début du XXe siècle ». – Bulletin des bibliothèques de France. – (20012/02)t.57:n°1, p.35-38

Nuttin, Guillaume. – Chercheurs, technologies et bibliothèques universitaires : questions d’usages. – Archimag. – (2012-06)n°255, p. 21-22.

La face concrète de l’innovation numérique : les « Fab Labs »

Depuis quelques semaines, les « Fab Labs » sont à l’honneur : le 20 mars 2012, la Fing y a consacré un de ses « Carrefour du possible » ; le projet « Fab Lab Squared » a été retenu dans le cadre de l’appel à projets « Prototypes Technologiques », lancé par la région Ile de France et Cap Digital et le Centre Pompidou a prévu une conférence à l’RI (Institut de Recherche et d’innovation) le 20 juin dans la cadre de « Futur en Seine » (14-24 juin 2012), mais les Fab Labs se retrouvent aussi dans l’exposition « Multiversités créatives » qui aborde le côté créatif de l’innovation (du 3 mai au 6 août 2012).

Mais, qu’est-ce donc qu’un Fab Lab ? Le « Fab Lab » – abréviation de « Fabrication Laboratory » – est une plate-forme ouverte de création et de prototypage d’objets physiques, « intelligents » ou non. Il s’adresse aux entrepreneurs (ou aux bricoleurs) qui veulent passer plus vite du concept au prototype… (FING)
Initié en 2004 par le MIT, le réseau des Fab labs ne cesse de se développer. Dans ces ateliers postmodernes, différentes machines (découpes laser, fraiseuses, imprimantes 3D) sont contrôlées par des logiciels de conception et de fabrication assistés par ordinateurs et permettent de fabriquer rapidement des prototypes …

On trouve des Fab labs, aussi bien dans les centres de recherche du Nord que dans les pays du Sud où l’innovation comble le retard industriel. C’est le cas, notamment du « LED Project » de « Fairtrade Electronic », une ONG qui a coordonne la fabrication de diodes électroluminescentes (LED) « open source » dans une processus de commerce équitable, qui s’appuie sur des pratiques et des philosophies de production émergentes dites “industrie de proximité” dans des pays comme la Mauritanie.

Des Fab Labs, ouverts à tous, se sont aussi créés dans des centres de recherches ou des universités, comme le « Fac Lab » de Gennevilliers au sein de l’Université de Cergy-Pontoise. « Le FacLab est une communauté de personnes d’horizons très divers : designers, artistes, ingénieurs, artisans, étudiants, chercheurs, enseignants, citoyens, enfants, … réunis par l’envie de matérialiser une idée. »
C’est aussi un lieu d’innovation pédagogique, qui décloisonne les filières traditionnelles et propose des formations axées sur la fabrication numérique.

A l’autre bout de la « société de la connaissance », « La Paillasse« , laboratoire de passionnés en biologie (étudiants, chercheurs et amateurs), est un espace « DIY Bio-Hackerspace », qui s’essaie à de nouvelles approches, ouvertes et contradictoires de la biologie, comme le « DNA barcoding », dont « le but sera d’utiliser les techniques de base de Biologie Moléculaire pour identifier les micro-organismes, les espèces végétales et les animaux qui nous entourent. On tentera même de la detection d’OGM !  »

Ces pratiques de « science citoyenne » comme la fabrication numérique, redessinent les frontières de la propriété intellectuelle, de l’économie participative, de la relocalisation des savoir-faire et des outils de production.

De nouveaux modèles économiques s’esquissent à la croisée des compétences, du savoir, de la matière et de l’immatériel.

Projet Istex : Une plateforme de ressources documentaires en ligne via des licences nationales

Porté par l’Université de Lorraine pour l’ensemble des universités, le projet ISTEX (Initiative en Information Scientifique et Technique) a été retenu dans le cadre du programme des « investissements d’avenir ».
Associant la CPU, le consortium COUPERIN, L’INIST et l’ABES, ce projet financé à hauteur de 67 millions d’euro vise à

· donner accès à un corpus de ressources documentaires acquises dans le cadre d’un programme volontariste d’achat de licences nationales,

· agréger ces ressources au sein d’une plateforme nationale accessible à tous les établissements, permettre la personnalisation en fonction des thématiques de formation et de recherche de chacun : chaque Idex (Initiative d’excellence) pourra ainsi se confectionner un portail spécifique, à partir du portail national accessible à tous,

· héberger sur le territoire des contenus scientifiques numériques dans le but d’offrir à la communauté d’enseignement supérieur et de recherche des services à forte valeur ajoutée

L’accès à la plateforme ne sera pas limitée aux établissements membres d’un projet d’Idex, mais à toutes les universités. Comme le souligne la « Lettre de la CPU » du 27 octobre 2011, ce « portail d’exploitation sophistiqué [..] constitue la vraie valeur ajoutée et rend le projet très compétitif au plan international ».

Michel Vajou, dans la « Dépêche du GFII » du 7 novembre se demande si ce programme d’investissement d’avenir va permettre l’émergence d’une « Agence nationale de l’Information scientifique et technique » qui jouerait en France le rôle du JISC (Joint Information System Comitee) au Royume Uni. Outre l’accès au réseau Janet (équivalent de Renater), cet organisme met à la disposition des établissements d’enseignement supérieur et de recherche des ressources documentaires numériques et une expertise à travers des services de spécialistes.
Dans l’analyse de la Dépêche, Michel Vajou essaie aussi de prévoir comment vont s’articuler les missions des différents acteurs fédérés dans ce projet : CPU, ABES, Couperin et INIST-CNRS.


Le projet ISTEX : mutualiser l’accès à la connaissance
CPU Infos, Lettre du 27/10/11

ISTEX : des licences nationales pour les ressources numériques par Christelle di Pietro, ENSSIBrèves, 07/11/11

ISTEX : Vers une plate-forme nationale d’accès à l’information scientifique et technique ? par Michel Vajou, La Dépêche du GFII, 07/11/11

La valeur ajoutée des Bibliothèques pour la recherche

L’ABDU (Association des Directeurs et personnels de direction des Bibliothèques Universitaires et de la Documentation) vient de faire traduire un rapport « The value of libraries for research and researchers » publié en mars 2011 par le Research Information Network (RIN) et Research Libraries United Kingdom (RLUK) du Royaume-Uni. « Valeur des bibliothèques pour la recherche et les chercheurs » présente les conclusions d’une étude, reposant sur l’analyse des données statistiques de 67 établissements d’enseignement supérieur du Royaume Uni ainsi que sur une analyse qualitative menée auprès de bibliothécaires et de chercheurs de neuf institutions d’enseignement supérieur britanniques, basée sur des entretiens et des « focus groups ». Il s’agissait de déterminer s’il existe une corrélation entre l’activité de la bibliothèque et les performances en matière de recherche de l’établissement.

Avec la numérisation des ressources, les chercheurs ne se déplacent plus pour fréquenter la Bibliothèque et ne considèrent celle-ci que comme comme un intermédiaire pour accéder aux documents. Comment re-fidéliser ces usagers spéciaux que sont les chercheurs et quels services leur proposer ?

L’étude recense 11 attitudes et bonnes pratiques recommandées pour adapter les services des bibliothèques aux besoins des chercheurs. Outre les compétences en information et organisation et une bonne maîtrise des sujets, il faut : des professionnels de l’information « proactifs », une forte culture de service, une bibliothèque ouverte sur son environnement, des ressources documentaires solides, un catalogue accessible au public, des espaces flexibles, un dépôt institutionnel, une position neutre dans l’institution et enfin arriver à faire percevoir la bibliothèque comme le « lieu » du savoir.

Ces attitudes conduiraient à une bonne connaissance de l’environnement extérieur en resserrant les liens entre chercheurs et bibliothécaires. Avec des services axés sur la recherche, la bibliothèque jouerait un rôle plus important dans l’institution. Cela améliorerait les pratiques documentaires des chercheurs dans un meilleur environnement de recherche.

En augmentant la visibilité et la réputation de la bibliothèque, ces aspects rejailliraient sur l’établissement universitaire. Ces bonnes conditions favoriseraient les financements et les bourses de recherche tout en accroissant le potentiel et la qualité de la recherche. Qui permettront, à leur tour, un meilleur recrutement et maintien de chercheurs qualifiés.

BU américaines : vers la disparition du « Reference Desk » ?

Diamond Law Library Columbia UniversityYale Sterling LibraryBobst Library New York UniversityLe « Reference Desk », ce coeur des bibliothèques, est en train de connaître ses derniers jours aux États-Unis ! C’est un des éléments d’information que nous avons tiré du voyage d’étude qu’un groupe de la Bibliothèque de Sciences-po a effectué la semaine dernière dans les bibliothèques de New-York et Yale (voir le groupe Facebook « Voyage professionnel New York Libraries »).
En effet, à l’exception de la bibliothèque de droit de Columbia (Diamond Law Library) où le travail des ‘Reference librarians’ est encore très important en raison de la diversité et la complexité des sources aussi bien imprimées qu’électroniques, dans toutes les BU visitées, les professionnels on mis ou s’apprêtent à mettre en place de nouveaux services plus adaptés aux usages actuels des étudiants et des chercheurs.
C’est déjà le cas pour le Digital Social Science Center à Columbia qui met à la disposition des usagers de nombreuses bases de données factuelles (statistiques, géographiques, audiovisuelles) + tous les outils logiciels nécessaires pour utiliser, gérer et créer les produits (dataset) et graphiques obtenus. Dans cet environnement, les étudiants peuvent travailler individuellement ou en groupe et peuvent compter sur les conseils de l’équipe de bibliothécaires et d’experts.
A Yale, la Social Science Library va fusionner en partie avec la bibliothèque de sciences pour mettre en place le Statlab . Ce centre d’information statistique, fournit outre les bases de données et les outils logiciels, des conseils d’experts. Même aux États-Unis, les bibliothécaires ne sont pas encore formés à ce genre de pratique et ils sont secondés par une équipe de consultants qui forment et conseillent les étudiants.
Même schéma à la New York University Library où les départements de sciences sociales et des sciences dures collaborent pour gérer le Data Service Studio.

Évidemment, les renseignements aussi bien pratiques que bibliographiques se dématérialisent aussi. Outre les services de Questions-Réponses en ligne comme « QuestionPoint » de l’OCLC, les bibliothécaires se sont mises au « chat » (Messagerie instantanée) et aux SMS (voir la page « Ask a librarian » à la NYU Library) pour communiquer avec les étudiants …! C’est plus cool !A La New York Public Library, ce sont les bibliothécaires qui deviennent mobiles, et armé(e)s d’un IPad vont à la rencontre des utilisateurs !

Les nouvelles tendances de l’organisation des connaissances : thème du colloque de l’ISKO

« Stabilité et dynamisme dans l’organisation des connaissances », c’est le thème du 8e Colloque de l’International Society for Knowledge Organization (ISKO) qui se tiendra les 27-28 à l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3.
Le débat portera autant sur l’évolution des langages contrôlés à l’ère du ‘web sémantique’ et sur les mutations dans les pratiques professionnelles (pratiques collaboratives, transformation des formes documentaires, dématérialisation, nouvelles formes éditoriales et nouveaux modes de représentation et de circulation de l’information et des connaissances) que des nouvelles pratiques des usagers et des usages de nouveau outils de classification et de catégorisation (folksonomies).

Humanités numériques : le nouveau blog de l’INTD

Après les wikis du CNRS (Edition électronique en Sciences Humaines et sociale), l’INTD-CNAM vient de lancer un nouveau blog de veille sur les humanités numériques, avec le soutier financier du TGE Adonis. Digital Humanities International se propose d’appréhender les humanités numériques et les champs connexes au niveau international. Il s’adresse aux chercheurs en SHS et aux professionnels de l’information. Ses articles couvrent tout ce qui concerne l’édition électronique, le traitement des données numériques et les initiatives de libre accès (Open access).

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