Posts tagged: Ingénierie pédagogique

Quel avenir pour l’enseignement à distance ?

F1Émergeant il y a cinq ans, les MOOCs avaient soulevé un grand enthousiasme en matière d’enseignement en ligne : voir ces cours prestigieux d’universités d’élite mis à la disposition gratuitement du plus grand nombre représentait une ‘disruption’ dans l’univers sélectif de l’enseignement supérieur, en particulier aux États-Unis où l’accès à l’Université est difficile et les droits de scolarité élevés.

L’éclatement de la bulle Mooc

Les Moocs ont-ils fait ‘pcshitt’, comme le prétend Marine Miller dans son article du Monde ?

Un certain nombre de critiques s’élèvent contre l’évolution de cette innovation pédagogique. Tout d’abord, sa technologie qui n’a rien de vraiment révolutionnaire : des vidéos de cours magistraux accompagnés de quelques quizz … C’est loin d’être la disruption annoncée … De plus, la gratuité des cours, qui faisait l’attrait de ce dispositif, notamment dans les pays anglo-saxons, a été partiellement réduite, en particulier en ce qui concerne la certification ou les crédits dont les étudiants peuvent bénéficier. Sans parler de ceux qui déplorent la dématérialisation des cours et l’absence physique du professeur (et des étudiants !).

Malgré les 25 millions de participants et avec un marché estimé de 2500 millions de dollars (chiffres de 2015à vérifier), les MOOCs ne semblent pas avoir trouvé leur rythme de croisière. D’après une étude de Coursera, citée par Managexam, seuls 4% des étudiants avouent poursuivre leur formation jusqu’au bout … ! Et tous les étudiants n’ont pas la capacité d’apprendre de façon autonome … Mais tous les participants ne cherchent pas forcément à décrocher le diplôme ou la certification à mettre sur leur CV … Et près de 50% en ont suivi au moins la moitié … !images_civ

Mais plus sérieusement, c’est la philosophie même de ces cours en ligne qui est remise en cause. Outre les abandons massifs et le changement de modèle économique des plateformes, Karen Head dénonce le « colonialisme académique » que représentent les MOOCs dans son livre Disrupt This !, cité dans la recension de livres de Impact of Social Science. Professeur associée de littérature au Georgia Institute of Technology (Georgia Tech), elle a expérimenté elle-même ce dispositif en proposant son cours d’écriture de 1ere année sur un MOOC, bénéficiant d’un financement de la Gates Foundation qui voulait disposer au moins d’un cours non-traditionnel dans son offre. Ce ‘point de vue de l’intérieur’ lui a permis de nuancer son impression. Pour elle, cette disruption évolue dans le contexte du modèle éducatif de l’enseignement supérieur américain, la plupart des plateformes sont basées aux USA et nouent des partenariats avec les universités américaines les plus renommées. C’est difficile d’évoquer une ‘démocratisation’ de l’enseignement supérieur dans ce contexte. Les plateformes européennes (FUN, FutureLearn[GB]) ont plus ou moins imité le modèle américain. La seule proposition ‘vendable’ des Moocs, c’est la promesse d’un changement positif pour tout un chacun, que les ‘mal desservis du monde entier’ vont pouvoir profiter d’un accès libre aux enseignements des meilleures universités’. En fait, on assiste à l’adoption de contenu payant produit par ces grandes universités par les petites et moyennes universités, le développement et la maintenance d’un MOOC reste encore très opaque. 05894964-photo-illustration-objets-connectes

L’évolution du modèle économique : des MOOCs aux SPOCs

Ce que montrait aussi l’étude de Coursera, c’est la tendance à préférer les cours qui ont un aspect de formation professionnelle : 52% des interrogés suivent un cours pour améliorer leurs compétences dans le cadre de leur travail ou pour trouver un emploi. C’est cette ‘employabilité’ que critiquait d’ailleurs Karen Head, son cours de ‘composition de première année’ ne remplissait évidemment pas ce critère et ne pouvait pas être évalué de la même façon … Dans ce contexte professionnel, on retrouve l’influence des entreprises et l’importance du classement et des statuts des étudiants. C’est aussi cette variable qui a conduit des plateformes comme Coursera et Udacity à faire payer les certifications. D’ailleurs sur certains MOOCS, certaines parties du cours ne sont pas accessibles gratuitement, comme le souligne le post de Couserajunkie « Free MOOCs ? Forget about it ». Jusqu’au bouton LinkedIn qui disparaît si on n’a pris l’option de certification payante …

C’est à ce moment-là que l’on a vu fleurir les SPOCs (Small Private Online Course : cours en ligne privé en petit groupe). Ces formations, en général plus courtes, sont de plus proposées en entreprise comme alternative aux cours en présentiel. Les professeurs qui conçoivent ces cours s’appuient sur des contributions d’entreprises pour créer du contenu tourné vers les secteurs à forte demande (commerce, analyse des données, technologies numériques). Coorpacademy , en revanche, parie sur un nouveau paradigme, au lieu de proposer des séquences de formations continue de 3 jours, 2 semaines ou six mois, cette start-up propose « des apprentissages au fil de l’eau, quand un peu de temps se libère, dans les transports en commun ou en attendant un rendez-vous » comme le souligne Christophe Bys dans son article d’Usine digitale. C’est la méthode Apple avec iTunes : « Il change les règles du jeu en pariant non pas sur la gratuité, mais sur la fragmentation de l’usage ». De plus, un ‘protocole pédagogique inversé’ (le cours commence par un quizz, l’étudiant vérifie ensuite les réponses), permet de prendre en compte l’hétérogénéité des personnes qui suivent la formation. Chacun suit en fonction de ses besoins, de ces lacunes et peut rejoindre ensuite une communauté de groupe où la compétition peut se transformer en coopération, les apprenants d’hier pouvant se transformer en coach pour aider les nouveaux venus …

Les Mooceurs peuvent aussi avoir une démarche collective, comme le remarque Matthieu Cisel dans son post « L’avenir des MOOC passe-t-il par l’entreprise ?». Dans une structure, association, entreprise, un groupe de personnes peut se saisir d’un MOOC pour créer des dynamiques collectives, souvent dans une démarche ‘bottom-up’. Le MOOC peut être l’occasion de travailler un point ensemble : la gestion de projet, le prise de parole en public, la statistique, etc. Pour Matthieu Cisel, « l’avenir des MOOCs se trouve dans leur intégration, formelle ou non, dans les cursus de formation initiale ou continue ».

5202542_7_3ee3_plusieurs-tests-existent-pour-mesurer_4a49d65e5a7648af61b4aded15f8ecb3Des avancées pédagogiques et technologiques

  • Un cours de droit sur Facebook Live

Bruno Dandero, professeur de droit des affaires à Paris 1 Panthéon-Sorbonne diffuse ses cours magistraux en direct sur Facebook Live. Au lieu d’utiliser une plate-forme pédagogique privée ou publique (Coursera, edX ou FUN), cet enseignant élargit son audience des 300 étudiants de son cours à des milliers d’internautes du réseau social ‘massif’, sans inscription spécifique ni identifiants autres que ceux de Facebook. Comme le souligne Paul Conge dans l’Etudiant, ces interactions et contributions (remarques, liens hypertextes et questions juridiques) finissent par constituer un « document pédagogique enrichi ». Comme le dit le Pr Dandero, commentant les 25 000 vues de sa première vidéo « Ce qui me plait c’est de donner accès aux cours à des personnes qui ne sont pas inscrites à l’université ». Son audience est internationale et francophone (Vietnam, Madagascar, Afrique noire). Mais, malgré tout, un cours de droit de 3e année, ça demande des prérequis » …

  • L’intelligence artificielle s’invite sur les MOOCs : les ‘chatbots’ assistants pédagogiques

De nombreux enseignants américains utilisent de plus en plus des fonctionnalités d’intelligence artificielle (Siri d’Apple, Alexa d’Amazon, Watson d’IBM) pour les assister dans leurs cours en ligne. Ces chatbots, répondent aux questions, rappellent à l’ordre les étudiants pour certaines tâches ou échéances et peuvent animer des débats en ligne … Évidemment, cela risque de faire disparaître les ‘teaching assistants’, ces étudiants que Karen Head se plaignait de ne pouvoir rémunérer correctement dans son MOOC … Mais comme l’explique Donald sur le post de Wildfire Learning, cela permet aux assistants humains de se focaliser sur les questions intéressantes et créatives quand les ‘bots’ se chargent des questions récurrentes (à Georgia Tech, 10 000 par semestre pour 350 étudiants).

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  • L’émergence de la réalité virtuelle dans la classe

L’importance prise par la formation professionnelle dans l’enseignement à distance implique l’acquisition de compétences plus pratiques que les seules notions théoriques émises par les vidéos des cours en ligne. Malgré le jeu d’acteur des enseignants et leurs exploits graphiques sur les tableaux, noirs ou blancs, il faut souvent beaucoup d’imagination pour se représenter les choses enseignées … C’est là qu’intervient la réalité virtuelle immersive. De la l’école primaire à la formation des chirurgiens en Irlande en passant la construction de maisons durables en Chine, sans oublier évidemment, la simulation du pilotage d’un avion, les casques de réalité virtuelle emmènent les apprenant sur le ‘terrain’. Pour les enfants, Facebook et Google se partagent le marché. Avec Time Machine de Facebook social VR, les élèves se retrouvent dans la préhistoire près des dinosaures avec une application de type ‘Jurassic Park’. Dans Expeditions, du kit Google, le professeur se transforme en guide au sommet de l’Everest ou sur Mars … La Rady School of Management, de l’Université de San Diego en Californie a déjà son programme virtuel sur VirBela, la plateforme de réalité sociale virtuelle. En s’y connectant, les étudiants sont plongés dans des situations de cas concrets et doivent interagir comme dans un jeu vidéo …

Les MOOCs n’ont pas révolutionné l’enseignement supérieur : le ‘mammouth’ est difficile à renverser … Ce dispositif a néanmoins bousculé un certain nombre de rigidités pédagogiques et fait bouger les lignes dans les formations initiales et continue. L’enseignement initial se retrouve même impacté par cette innovation à travers la pratique de la ‘classe inversée’, de plus en plus adoptée dans certains cours. Cette pédagogie qui encourage les apprenants à se familiariser avec un certain nombre de notions sur internet avant d’assister aux cours et d’en débattre ensuite avec leurs enseignants, a inspiré la plateforme FUN qui propose aujourd’hui aux lycéens de terminale des MOOCs de préparation à l’enseignement supérieur sur des matières sensibles (Maths, droit, SHS, sport). Cela leur permettra d’être prêts au niveau des prérequis ou ‘attendus’ pour certaines filières comme le prévoit la prochaine réforme de l’admission à l’université.

MOOC

Siemens, George ; Gasevic, Dragan ; Dawson, Shane. – Preparing Digital University :a review of the history and current state of distant, blended, and online learning. – Athabasca University, University of Edinburgh, University of Texas Arlington, University of South Australia. – Bill & Melinda Gates Foundation, February 2015. (pdf).

Cisel, Matthieu. – MOOC : pour la Révolution, on repassera. – Educpros : La révolution MOOC, 22/04/15

Cisel, Matthieu. – L’avenir des MOOC passe-t-il par l’entreprise ?Educpros : La révolution MOOC, 23/06/15

Free MOOCs ? Forget about it. – Courserajunkie, 26/05/15

Trujillo, Elsa. – La formation professionnelle, l’avenir des MOOC. -Microsoft RSLN, 26/08/15

Bys, Christophe. – Coorpacademy veut appliquer la méthode Apple à la formation professionnelle.Usine digitale, 01/09/15

Brasher, Joan. - What makes students stick with a MOOC?Research News Vanderbilt, 26/02/16

Conge, Paul. – Un prof de droit donne des cours en direct sur Facebook. – L’Etudiant, 23/09/16

Merry, Peter. - Immersive Virtual Reality: Online Education for the Next Generation. – Converge, 28/09/16

Les universités britanniques lancent les premiers MOOCs certifiants. – Le Monde, 18/10/16

MOOCs : les chiffres qui comptent. – Managexam, 01/11/16

Bot teacher that impressed and fooled everyone. – Wildfire Learning, 02/08/17

Duthion, Brice – MOOC, SPOC, COOC et autres tutos, ou les aventures en ligne d’un formateurs voulant se former … -Etourisme.info, 03/10/17

Frank, Cyrille. – Mooc, elearning, gamification, serious-game … innovations réelles ou mirages ?Médiaculture, 14/10/17

Boeva, Yana. – Book review: Disrupt This! MOOCs and the Promise of Technology by Karen Head. – Impact of Social Sciences, 22/10/17

Antaya, Felipe. – Ouvrir les murs de la classe avec le numérique. – École branchée, 23/10/17

Miller Marine. – Les MOOC font pschitt. – Le Monde, 23/10/17

Quelle pédagogie à l’heure du numérique ?

300x200xRTEmagicC_PEDAGOGIE_SAINTHILAIRE_01.jpg.pagespeed.ic.BzeethoVGeL’innovation pédagogique est au centre du débat qui agite la société française autour de la réforme du collège. Comme le rappelle Dominique Roux dans un article des Échos, les élèves sont à présent des « digital natives » et l’usage d’outils numériques leur paraît naturel. Et ce, de la maternelle à l’université. Quels changements le numérique pourrait-il apporter à l’enseignement et comment ?

Comme le dit Michel Guillou dans son dernier billet : « J’ai l’impression qu’on n’a pas compris, après l’avoir écrit, ce que signifiait vraiment « L’école change avec le numérique » et qu’on n’a pas pris mesure, avec cette réforme du collège, des mutations en cours. » Et le bloggeur d’exposer les 31 défis amenés par le numérique, dont un des premiers est que ce phénomène n’est « ni un outil ni une fin en soi » …

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, Educpros fait l’inventaire du Top 10 des pédagogies innovantes à l’Université. Classes inversées, fablabs, réalité virtuelle, etc. De nombreuses innovations accompagnent l’entrée du numérique dans l’enseignement, mais s’ils bouleversent les habitudes des enseignants et des étudiants, ces nouveaux outils ne suffisent pas à transformer la pédagogie. Comme le souligne Marcel Lebrun dans une interview « Le numérique peut avoir un impact sur la pédagogie, à condition que celle-ci change ».

Dans le monde anglo-saxon, on se rend compte que les enseignants ont une pratique très limitée des technologies de l’information et des compétences acquises en ligne. Katrina Schwartz explique dans son post, citant le rapport du ‘Project Tomorrow’ Learning in the 21st century, que les enseignants en formation, les ‘professeurs de demain’, apprennent des techniques d’hier, alors qu’ils maîtrisent déjà des compétences numériques plus évoluées comme l’usage des médias sociaux et des appareils mobiles … De même, Michelle Wise, souligne dans The real Revolution in Online Education isn’t MOOCs (Harvard Business Review), que ce qui va vraiment révolutionner le système éducatif ce ne sont pas les MOOCs qui offrent des cours en ligne gratuits et massifs, qui ne sont que la version technologique des cours magistraux traditionnels, mais la nouvelle architecture de transmission et d’échange de savoirs et de pratiques sur internet. Évidemment, l’auteur envisage plutôt l’aspect pragmatique de ces connaissances qui concernent plus les besoins réels des entreprises : « But there is a new wave of online competency-based learning providers […] but creating a whole new architecture of learning that has serious implications for businesses and organizations around the world. “ Là aussi l’utilisation et la pratique des médias sociaux permettent d’acquérir et de développer de nouvelles compétences, très utiles dans des secteurs comme le marketing ou la communication d’entreprise.

Classe-inversée-300x173C’est aussi l’avis d’Emmanuel Davidenkoff dans l’article de Regards d’étudiants en ce qui concerne les MOOCs : « Parfois on appelle MOOCS un cours filmé, ce qui n’est pas plus élaboré que ce que l’on fait quand on met une caméra devant quelqu’un qui parle, et ça, on sait le faire depuis que la télévision existe » mais aussi : « Je pense effectivement qu’au vu du redécoupage des séquences que cela impose, avec la nécessité et toutes les possibilités de collecter des données sur la façon dont les gens réagissent, on devrait pouvoir de plus en plus faire des propositions assez engageantes pour que des personnes qui, aujourd’hui, seraient réticentes ou décrocheraient assez vite rentrent dans les apprentissages, et réussissent à apprendre ». Grâce au recueil de données personnelles le numérique permettrait « d’industrialiser ce qui relève aujourd’hui de l’artisanat, le suivi individuel ». E. Davidenkoff rassure aussi sur le caractère hybride de l’enseignement : les Moocs n’ont pas vocation à remplacer tous les cours en présentiel …

L’importance de la présence des enseignants est d’ailleurs rappelée par le philosophe Michel Serres dans son interview à Vousnousils : ‘On n’a jamais eu autant besoin d’enseignants’. Si les enseignants et les médecins n’ont plus le monopole du savoir, c’est une chance : « Si on s’intéresse au cancer par exemple, il est possible d’effectuer des recherches sur Internet, mais on ne va rien y comprendre. Il sera toujours indispensable de contacter un spécialiste qui pourra nous transmettre son savoir. » Il en est de même dans les amphis où les étudiants ont déjà consulté sur Wikipedia le sujet du cours, mais ont besoin des compétences de l’enseignant pour mieux assimiler ces connaissances. « Le travail des enseignants s’en trouve allégé car l’information est déjà passée, mais leur rôle de passeur de connaissances reste inchangé. »

Michael Godsey va encore plus loin dans son post The deconstruction of K12 teacher (The Atlantic). Le professeur va passer du statut d’’expert en contenu’ à celui de ‘facilitateur technologique’, les contenus étant dispensés soit par des ‘super-profs’ dans les Moocs, soit sur des sites comme TED.melting pot d'enfants du monde

C’est bien ce que souligne Marcel Lebrun dans son interview : « doter les établissements d’outils numériques ne suffit pas. Il faut des formations plus méthodologiques, qui laissent moins de place aux savoirs eux-mêmes mais sont davantage tournées vers la manière d’apprendre. » . En effet, « en allant chercher des informations autour de lui, dans la société, l’étudiant acquiert un savoir que l’enseignant n’a pas forcément, ce qui place celui-ci dans une position d’apprenant. »

On assiste ainsi à de nouvelles formes d’apprentissage comme la pollinisation comme l’explique Marc Dennery dans C-Campus. « Reprenant l’image du monde végétal, on peut dire que les grains de savoir circulent d’agents de savoir à agents de savoir, comme des grains de pollen vont de plante en plante. » Les agents du savoir pouvant être aussi bien les apprenants eux-mêmes, mais également des bases de ressources pédagogiques (wiki, réseau social d’entreprise).

Les Français sont bien conscients de l’impact de ces nouveaux types d’apprentissage, comme le souligne Dominique Roux dans l’entretien aux Echos : « 72 % des sondés considèrent que l’enseignement numérique accroît l’autonomie d’apprentissage des élèves ». C’est ce que Christine Vaufray indique dans son post  MOOC : cours du prof ou cours des gens ?  « Le MOOC des gens, c’est celui dans lequel les informations transmises et les activités proposées stimulent l’apparition d’une multitude de commentaires, productions, débats, actions… qui constituent en finale la véritable matière du cours, bien plus que l’information initiale. ».belleimage
Learning in the 21st century : Digital experiences and expectations of tomorrow teachers. – SpeakUp – Project Tomorrow Report, 2013.

Schwartz, Katrina. - Are teachers of tomorrow prepared to use innovative tech ?KQED News, 13/02/13

De la transmission à la pollinisation des savoirs. – C-Campus- Le blog, 30/12/13

Weise, Michelle. – The real revolution in online education isn’t MOOCs. – Harvard Business Review, 17/10/14

« Le numérique aura toute sa place dans l’enseignement ». E. Davidenkoff. – Regards d’étudiants, 16/11/14

Blitman, Sophie. – Marcel Lebrun : « L’écart entre collaboration et aliénation numérique est étroit ». – L’Etudiant, 26/11/14

Godsey, Michael. – The deconstruction of the K12 teacher. – The Atlantic, 25/03/15

Michel Serres : “On n’a jamais eu autant besoin des enseignants !”. – Vousnousils, 03/04/15

MOOC : cours du prof ou cours des gens ?Jamais sans mon laptop, 10/05/15

Les 31 défis pour le collège mais aussi pour l’Ecole et l’Université. – Culture numérique, 23/05/15

Roux, Dominique. – Le numérique pour enseigner autrement. – Les Echos, 27/05/15

 

Enseignement et numérique : quelles difficultés, quels enjeux ?

l2code-cssUne controverse s’est développée récemment en France sur la nécessité d’enseigner le numérique à l’école. Doit-on en faire une discipline comme les autres, comme les maths ou l’instruction civique ? Ou au contraire, aborder chaque aspect de ce nouveau champ de connaissance à partir des autres enseignements : philosophie, droit, économie, physique, etc. comme le propose Michel Guillou, dans son post sur la « littératie numérique » ?

Il faudrait d’abord définir ce que l’on entend aujourd’hui par numérique, notion qui recouvre un grand nombre de connaissances et d’activités et bien distincte de l’informatique, aussi bien la théorie que la technologie spécifique. Or, un projet de loi vient d’être déposé à l’Assemblée nationale pour instituer l’ apprentissage du code informatique à l’école primaire (NextINpact, 13/06/14). Cet apprentissage, appuyé d’ailleurs par le Conseil national du numérique, est préconisé dans le ‘nouveau socle de connaissance’ du Ministère de l’éducation nationale.

Mais si une certaine base de connaissances et de pratique des algorithmes est indispensable à une bonne éducation, il paraît excessif de faire de nos « chères têtes blondes » des ‘codeurs’ émérites ! En effet, l’informatique est fondée sur la logique, et cette matière n’est abordée qu’en terminale, avec la philosophie … ! Il vaut mieux apprendre aux élèves à « mettre à plat » un problème ou une situation à l’aide d’algorithmes comme une recette de cuisine, comme l’explique Tasneem Raja dans « Is coding the new literacy? ». Une fois que les enfants auront compris ce qu’est une itération comme on comprend la composition d’une sauce en cuisine, les « petit(e)s malin(e)s pourront s’inscrire en atelier de ‘code’ pour programmer, par exemple, le jeu vidéo de leurs rêves, comme ils/elles peuvent s’inscrire à un atelier de pâtisserie, pour réaliser de magnifiques cupcakes ;-) Il existe d’ailleurs des tutoriels très attractifs pour les très jeunes amateurs, comme le montre ce programme de Mitch Resnick du Medialab du MIT. tarif-e-learning

Mais l’informatique ne représente qu’un aspect, essentiel certes, des si vieilles « Nouvelles technologies de l’information et de la communication » NTIC ou TIC, rebaptisées « numérique » depuis quelques années …. Les usages de ces technologies ont pénétré tous les champs de notre vie quotidienne. Les jeunes « digital natives » n’envisagent même plus la vie sans ces services … Comme certains pratiquent apparemment mieux que leurs enseignants, on pourrait penser qu’il est inutile de leur enseigner quoi que ce soit à ce sujet !

Or la pratique n’est pas la connaissance et encore moins la conscience des mécanismes ou des enjeux qui sous-tendent ces usages technologiques. En raison des inégalités très lourdes qui existent dans la société actuelle, seule l’école peut répondre à cette nécessité. Il est indispensable que les enseignants apportent un éclairage sur ce que recouvrent un profil Facebook, une messagerie instantanée, un téléchargement ou une recherche Google. Les enseignants peuvent bien sûr être assistés par des documentalistes et bibliothécaires, pour la recherche documentaires et les ressources numériques.

Si le numérique est effectivement « ignoré de la maternelle à l’ENA », comme l’affirment les participants d’ EDUCNUM 2014 , cité par Renaissance Numérique, que représente-t-il au juste ? « De la culture et de l’humain. On dépasse la technique et l’informatique » comme le twitte Clotilde Chevet, ou « Une culture générale numérique englobe à la fois le code, les images ou les questions des libertés » pour Sophie Pène.

Plutôt que d’apprendre à coder, les élèves ont d’avantage besoin d’ « apprendre à penser par eux-mêmes, à ‘décoder’, à ‘déchiffrer’  » analyse Olivier Le Deuff dans le Guide des égarés. Ils doivent être formés à une « culture nouvelle », en produisant un « nouveau régime de savoirs … C’est la question de la formation du citoyen dans des environnements complexes où se produisent différentes lectures et écritures ».

Mais qu’en est-il de l’utilisation des techniques numériques dans l’enseignement ? Les TICE, le e-learning, et à présent les MOOC, arrivent-ils à transformer l’éducation ? Assistons-nous à un nouveau paradigme pédagogique grâce au numérique ?
Si les moyens techniques et humains, et surtout la formation des enseignants, sont loin d’être opérationnels, certains indicateurs portent à l’optimisme.

Le e-learning permet d’abord aux apprenants à être plus autonomes, moins passifs face à l’enseignement du maître. Le ‘blended learning’ combine la transmission des connaissances et les compétences de l’enseignant avec des modules de e-learning, une recherche de contenus, des exercices et des ‘jeux sérieux’, et surtout des échanges avec d’autres étudiants et enseignants grâce aux forums de discussion.

Comme le souligne Mathieu Cisel dans son post « ce ne sont pas seulement les équipes pédagogiques qui s’adaptent ; pour les apprenants aussi c’est une évolution très importante de la posture face à l’apprentissage. Beaucoup plus d’autonomie, d’autonomisation et de responsabilisation » (La Révolution MOOC, 26/05/14).

Et surtout, comme l’affirme Emmanuel Davidenkoff, Directeur de l’Étudiant, « n’attendons pas de savoir si le numérique améliore les apprentissages. Intégrons-le tout simplement, car il est notre nouveau monde ».

Tablet PC with cloud of application icons

Resnick, Mitch. – Let’s teach kids to code. – TED, nov. 2012

Berne, Xavier. – Faut-il sensibiliser les enfants au code dès l’école primaire ?Next INpact, 21/05/14

Tasneem, Raja. – Is coding the new literacy ? - Mother Jones, 06/14

Guillou, Michel. – Socle : tous les élèves doivent savoir publier. – Culture numérique, 13/05/14

Guillou, Michel. – Pour une littératie numérique qui traverse et éclaire les disciplines scolaires. – Culture numérique, 01/06/14

Une culture générale du numérique pour tous ! - Renaissance numérique, 02/06/14

Enseignement de l’informatique à l’école : l’Académie des technologies prend position. – vousnousils, 03/06/14

François Fourcade. – Le numérique ne peut s’affranchir des lois de la pédagogie. – Parlons pédagogie ! Blog Educpros, 03/06/14

Cisel, Mathieu. – MOOC : la question de l’autonomie des apprenants. – La Révolution MOOC – Blog Educpros, 26/05/14

Gauchet, Marcel ; Soulé, Véronique. – Internet oblige le prof à remettre de l’ordre dans du désordre : interview. – Libération, 06/06/14

Kumar, Lokesh. – Blended learning – Is it the right move for you?Upside Learning, 10/06/14

Davidenkoff, Emmanuel. – Intégrons le numérique à l’école, car il est notre nouveau monde. – L’Express, 13/06/14

Le Deuff, Olivier. – Il faut apprendre à décoder, l’enjeu d’un nouveau programme commun. – Guide des égarés, 15/06/14

Compagnon, Antoine ; Duquesne, Margaux. – L’école du futur vue par Antoine compagnon. - Journaleuse, 16/06/14

Apprenants en ligne : à la conquête de leur liberté. – Thot Cursus, 17/06/14

 

MOOCs français : lancement officiel et premières impressions

Tout d’abord, je voudrais présenter mes meilleurs voeux pour 2014 à l’ensemble des lecteurs.

Attaqués par le « Collectif anti-Mooc » fin 2013 et par quelques autres auparavant (voir les références en bas de post), les cours en ligne français commencent en fanfare en ce début d’année, avec la Conférence de presse de la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche du 14 janvier 2014.
En annonçant un budget de 8 Millions d’€ d’investissement aux établissements (3 M pour des studios de tournage et 5M pour le développement des MOOCs de la formation professionnelle), la Ministre coupe court à toutes les critiques d’économie que les MOOCs occasionneraient aux infrastructures universitaires. Il ne s’agit pas de fermer des amphis, mais d’amorcer une « pédagogie de la réussite » en promouvant l’innovation..

Deux jours avant le lancement officiel des premiers cours sur la plate-forme FUN, les différents acteurs sont venus présenter leurs projets. Ceux-ci vont des cours existants des cursus universitaires (Espace mondial de Bertrand Badie) à des projets innovants s’adressant à des enfants du primaire ou à des « décrocheurs » (cours d’informatique pour apprendre à coder pour réaliser des jeux vidéos ; programme pour aider des jeunes décrocheurs à créer leurs propres cours).
88 000 personnes se sont inscrites pour la première session de ces cours se répartissant entre 15 000 (« Du manager au leader » du CNAM) à 50 pour certains cours : le « massif » n’est pas recherché à tout prix … France Université Numérique invite tous les acteurs (universitaires, parents, bénévoles) à créer des contenus pour changer la donne à l’université (et ailleurs) ! Geneviève Fioraso s’est déclarée ouverte à toute proposition. Les MOOCs ne sont pas réservés aux seules grandes écoles et universités prestigieuses, de petits établissements comme Albi pourront aussi en avoir. De même, la cible n’est pas représentée par les seuls étudiants, mais aussi des personnes en activité (cadres surtout), des chômeurs et des séniors. Geneviève Fioraso à insisté sur l’aspect « formation continue » des cours en ligne, qui pourraient représenter un moyen de plus contre le chômage … Quand à la gratuité, la Ministre a rappelé que l’enseignement est gratuit en France, le débat sur les cours payants se comprend aux États-Unis où l’accès à l’université est très onéreux. De toute façon, un modèle économique est encore à trouver et le MES est en contact avec un conseiller d’Obama du MIT pour échanger sur les ‘bonnes pratiques’ …
Le FUN a aussi organisé une rencontre, le « MOOC Camp » le 11 janvier à partir du motdièse #IdéedeMOOC sur Twitter. Ce projet, organisé avec le Centre de recherche Interdisciplinaire (CRI) à l’initiative d’un certain nombre de chercheurs en pédagogie comme François Taddei, avait pour objectif de trouver de nouvelles idées de cours en ligne et de les scénariser. François Taddei a confirmé que toute la méthodologie de ce projet est disponible en open source.

Dominique Boullier (Medialab, Sciences Po) a aussi souligné l’importance de l’open source dans le phénomène MOOC, ce qui représente une garantie d’évolution. Il a aussi précisé que Sciences Po mise sur la diversification en proposant deux cours bien différents, l’un en français, l’autre en anglais, le premier plutôt classique dans sa conception (B. Badie), le second plus innovant (B. Latour). L’objectif étant de permettre aux étudiants de s’approprier les connaissances grâce au « blended learning » (apprentissage hybride) et d’arriver à une collaboration avec eux à travers un collectif qui crée des échanges …

Pour tester ce nouveau type d’apprentissage, je me suis inscrite au MOOC Espace Mondial de Bertrand Badie.
Des le premier jour (16/01), un certain flottement s’est installé sur le début effectif du cours. Un mail annonçait que le MOOC était ouvert, mais que le cours commencerait le 20/01. Je suis allée sur la plate-forme, j’ai bien trouvé le plan du cours et les « outils transverses » (Biblio), mais point de vidéo … Tant pis, je reviendrai lundi … Le lundi 20, après avoir attendu en vain un mail m’annonçant que le cours avait débuté, je me suis connectée pour m’apercevoir que la première session avait bien commencé le 16 et que la deuxième allait être mise en ligne …;-(
En allant sur le forum, je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule, et de loin à avoir manqué cette session, certains n’arrivaient même pas à trouver le 1er cours le 20/01… Mais l’équipe pédagogique était bien présente pour répondre à chacun en les rassurant.
Le cours, bien que XMOOC (cours magistral de 2e année ayant eu lieu fin 2013 et découpé en tranches de 10 à 15 mn) est passionnant et facilement assimilable grâce à la clarté et à l’enthousiasme communicatif de Bertand Badie ! Il est complété par un glossaire bien complet et un wiki encore balbutiant.
Sur le forum (« discussion »), les fils des différentes interventions des étudiants ne sont pas encore bien délimités (commentaires généraux et commentaires autour de la première ou de la deuxième session se mélangent). De plus, il reflète la grande hétérogénéité des participants : la plupart (moi comprise) retrouvent les réflexes des posts sur les réseaux sociaux avec quelques mots, souvent pour demander une précision, d’autres rédigent de très longs commentaires sur tel ou tel aspect du cours (PIB ou philosophie des relations internationales). D’autres ajoutent des liens vers des sites ou des documents en ligne. Une personne s’est demandé comment se procurer les ouvrages de la bibliographie en n’étant ni étudiant ni inscrit à Sciences Po …
Contrairement aux allégations de Pascal Engel dans son post Les MOOCS : Cours massifs ou armes de destruction massive ? , qui prédisait dans son article « Il est difficile d’imaginer qu’un enseignant de MOOC puisse répondre aux questions de 10 000 étudiants » et aussi « le droit pour tout étudiant à avoir accès au professeur », Bertrand Badie est très présent sur le forum et répond, non pas aux 8000 personnes qui suivent le cours, mais à plusieurs questions de fond posées par différents participants, laissant les questions techniques et les questions plus ‘légères’ à ses assistants.
Pour le moment nous ne sommes pas évalués, le premier Quizz n’interviendra qu’après la quatrième session (début février). Il n’y aura pas de certification, mais certains aimeraient au moins avoir un justificatif de suivi.
Le contenu du cours étant très enrichissant et les participants bien réactifs, je sens que je ne vais pas m’ennuyer pendant ces quatre mois … Et que j’aurai beaucoup appris !

Liens
De qui se MOOCS t’on ?Affordance.info, 16/055/13

Engel, Pascal. – Les MOOCS : Cours massifs ou armes de destruction massive ? Qualité de la science française, 24/05/13

Jouneau-Sion, Caroline (ENS-Lyon) ; Manceau, Chloé (ENS-Lyon). – Les Mooc, la ruine de l’Université ?Économie du Web, 22/10/13

Mooc, une étape vers la privatisation des cours/ Collectif anti-mooc, Solidaires étudiants, et al. – Libération, 26/12/13

Bedel, Cyril. – Quelques vérités à rétablir sur les MOOCs. – Libération, 06/01/14

Soulé, Véronique. – Cours gratuits et interactifs en ligne, la France ne se moque plus des MOOC. – Libération, 14/01/14

Rollot, Olivier. – 2014, la grande année des MOOCs. – Il y a une vie après le Bac. – Blog le Monde, 18/01/14

France Université Numérique : de nouvelles mesures pour développer les MOOCs en France . – Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche,

14/01/14 MOOCCAMP : 11 janvier 2014 : les ateliers de la scénarisation. – France Université Numérique

Les MOOCs, révolution pédagogique ou expression d’un conservatisme universitaire?

Un an après les universités américaines (voir le post de Prospectibles d’octobre 2012), l’enseignement supérieur français ouvre officiellement sa plateforme de « Cours en Ligne Ouverts et Massifs » (CLOMs : les fameux MOOCs) avec France Université Numérique (FUN).

Mais que recouvre exactement ce concept ? On connaissait depuis longtemps la « formation ouverte et à distance (FOAD), que le CNED assure toujours, même s’il a mis un peu de temps à se moderniser …

Un MOOC peut en cacher un autre … On distingue aujourd’hui deux types de Moocs :
– Les cMOOC (comme connectivisme), orientés vers la construction par l’apprenant lui-même de ses connaissances et compétences, en se référant à la théorie de l’apprentissage de George Siemens et Stephen Downes (voir l’article « connectivisme » dans Wikipedia). Dans cette théorie, les élèves et les étudiants sont capables d’apprendre seuls, avec des supports technologiques. Le savoir émerge de la mise en commun de leur expériences et n’est pas transmis par un professeur « ex cathedra ».
– Les xMOOCs reflètent un courant plus « transmissif » qui consistent en cours magistraux « coupés en rondelles » (vidéos d’une dizaine de minutes), accompagnés de quiz et d’exercices. C’est ce modèle qu’ont adoptés les MOOCs américains les plus connus : Coursera et edX. On a toujours la structure du cours magistral : le professeur délivre son cour du haut de sa chaire devant un certain nombre d’étudiants, mais c’est le périmètre de l’amphi qui s’est énormément élargi … Il est aujourd’hui aux dimension de la Terre entière, et l’unité de temps et de lieu n’est plus obligatoire sur la scène mondialisée ! Grâce aux nouvelles technologies et aux terminaux mobiles, les apprenants n’ont plus besoin de se retrouver dans la même salle à la même heure !
Comme l’explique Marcel Lebrun, professeur en technologies de l’éducation à l’ULB, dans son Blog de M@rcel, « on passe ainsi dans un éternel balancement du ‘Sage on the stage’ au ‘Guide on the side' ». Ce professionnel de l’éducation s’interroge: « S’agit-il de ‘savoirs en boite’ (du fastlearning) promus par des SupersCampus d’une éducation devenue mondiale et dont les MOOCs seraient les vitrines ? Ou d’un soubresaut médiatisé d’un enseignement ex-cathedra hérité d’une époque où la lecture était la seule voie de la transmission ? Ou encore de la préparation en douce d’un guet-apens économique […] »

Mais comme M@rcel, nous préférons nous concentrer sur l’aspect positif de ce phénomène, en y voyant « une occasion historique de construire ensemble un nouvel humanisme numérique ».
Un des éléments qui y contribue le plus semble être la « pédagogie inversée » (flipped learning).

L’histoire de cette nouvelle pédagogie est contée dans le dernier article de Xavier de la Porte dans InternetActu. Le proviseur d’un lycée américain, qui est aussi l’entraîneur de l’équipe de baseball, poste une série de courtes vidéos sur Youtube portant sur des passes techniques pour que les élèves (et surtout ses fils!) puissent les ‘réviser’ avant de pratiquer sur le terrain … Ces vidéos ont du succès ! Les élèves les regardent et même plusieurs fois. !« Ils assimilent les stratégies et cela laisse plus de temps, à l’entraînement, pour la mise en application et la pratique. ».
Convaincu du bien-fondé de sa méthode, le proviseur demande à des enseignants en sciences sociales de tenter une inversion avec une classe. Les cours sont mis en ligne et les heures de classes sont consacrées à la discussion et à la pratique. Les résultats de cet établissement, plutôt en difficulté, sont spectaculaires : les taux d’échecs aux évaluations sont en gros divisés par deux et ce, dans toutes les matières !
L’analyse de cette méthode montre essentiellement deux points importants :
– en dehors de la classe, les élèves préfèrent regarder les vidéos que de faire des devoirs … et surtout peuvent les regarder plusieurs fois
– à l’intérieur de la classe : la classe devient le lieu des questions. Ce qui permet aux enseignants d’identifier plus rapidement ceux qui n’ont pas compris.
Les enseignants doivent à présent plus réfléchir à la présentation de leurs cours, avec des contenus innovants.

Avec cette méthode, on assiste en fait à un paradoxe : en poussant jusqu’au bout la logique de ce que permet la technologie, on arrive à sa disparition : «la technologie sort totalement de la classe, qui devient le lieu de la discussion, des questions. «

Comme le souligne Michel Serre dans « Petite Poucette« , le sujet du savoir change avec les nouvelles technologies. « De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. » Il en est de même du cadre dans lequel ce cadre est dispensé : « voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classe, bancs, tables, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires même, j’allais même dire savoirs… cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus. » (ibid).

France Université numérique

Les MOOC : entre mirage technologique et virage pédagogique … le retour !. – Blog de M@rcel, 30/09/13

Serre, Michel. – Petite Poucette. Les nouveaux défis de l’éducation. – Institut de France, 01/03/11

Serre, Michel ; Stiegler, Bernard. – Philosophie magazine numéro 62, septembre 2012: « Pourquoi nous n’apprendrons plus comme avant ». – Vidéo sur Vimeo

Xavier de La Porte. – L’école inversée, ou comment la technologie produit sa disparition. InternetActu, 21/10/13

Livres/écrans : quelle hybridation pour la bibliothèque du 21e siècle ?

Le terme « bibliothèque hybride » est souvent employé pour parler de l ‘évolution des ressources documentaires où l’on évoque la ‘complémentarité’ de l’imprimé et du numérique.
Or, pour le psychanalyste Serge Tisseron qui a participé à l’élaboration du rapport de l’Académie des Sciences « L’enfant et les écrans », le support (imprimé ou numérique) n’a aucune importance : ce qui compte c’est la ‘culture’ des écrans qui est en train de remplacer celle du livre dans laquelle nous baignons depuis des millénaires …
Depuis l’invention du codex, le livre est un objet fini dont la lecture est séquentielle. ‘La culture du livre implique de lire un seul livre à la fois, un seul lecteur et un seul auteur’. La relation au savoir y est verticale : le ‘sachant’ s’adresse à l’ignorant. En revanche, la culture des écrans est multiple : elle implique plusieurs fenêtres, plusieurs spectateurs et plusieurs créateurs. Alors que la culture du livre est liée à la temporalité – on progresse dans la lecture et cela prend un certain temps- celle des écrans favorise une pensée spatialisée. A ce niveau-là, la lecture de e-books sur liseuse participe pleinement à la culture du livre ! Au lieu d’assimiler la pensée d’un autre, la culture des écrans nous apprend à faire face à l’imprévisible, à changer de stratégie dans un jeu vidéo, par exemple. Ce n’est pas « le livre papier dans sa linéarité et sa finitude, dans sa matérialité et sa présence [qui] constitue un espace silencieux qui met en échec le culte de la vitesse et la perte du sens critique » comme l’affirment Cédric Biaggini et Guillaume Carnino dans « Le Livre dans le tourbillon numérique » (Le Monde Diplomatique septembre 2009), c’est le livre, qu’il soit papier ou numérique ! Et n’en déplaise à Nicolas Carr « La dernière chose que souhaitent les entrepreneurs du Net, c’est d’encourager la lecture lente, oisive, ou concentrée. Il est de leur intérêt économique d’encourager la distraction… » : la vente des e-books (et surtout pour les liseuses Kindle) représente aujourd’hui 30% du marché américain !

Si ce rapport incite les éducateurs et enseignants à faire bénéficier les enfants du meilleur de ces deux mondes, Serge Tisseron souligne que ces deux environnements ont chacun leurs défauts : la culture du livre implique une ultra-spécialisation des savoirs et valorise les personnalités rigides, la culture numérique favorise la dispersion des savoirs et des apprentissages intuitifs.

Mais ces deux cultures ne vont pas simplement coexister parallèlement l’une à côté de l’autre, elles s’interpénètrent progressivement. C’est ce qui se passe avec les nouvelles techniques de « suivi du regard » développées pour les smartphones, mais qui pourraient aussi bénéficier à l’édition papier de livres ou de magazines ou pour la réalisation de films ou d’expositions. Frédéric Kaplan, professeur des Humanités numériques à l’EPFL de Lausanne nous explique dans un post cette nouvelle économie de l’attention. Avec deux collègues, il avait conçu un système de lunettes, équipées de deux caméras, l’une tournée vers l’extérieur, l’autre vers un des yeux, capable d’enregistrer aussi bien le regard que ce qui est lu. « En répétant cette opération des dizaines de fois par seconde, nous pouvons tracer avec précision le passage de vos yeux sur une page ». La vidéo qui accompagne ce post nous montre ce processus aussi bien dans la lecture d’ouvrages imprimés que sur tablette. Si le suivi attentionnel se généralise, l’industrie culturelle disposera de nouveaux moyens de concevoir les contenus ! On pourrait même jusqu’à créer des contenus qui s’adaptent à la manière dont ils sont ‘lus’, ou alors des tableaux qui se modifient selon la manière dont ils sont ‘vus’ ?

Le lecteur ou le spectateur, qui était jusqu’à présent dans une sphère différente de l’auteur ou de l’artiste, fait son entrée dans l’oeuvre et interagit en fonction de sa perception … Comme le dit Frédéric Kaplan, ces données valent potentiellement de l’or pour les grands acteurs du numérique !

C’est aussi le point de vue de Catherine Becchetti-Bizot, inspecteur général de lettres, qui dans « Texte et TICE » : « Lire sur support écran, écrire avec un clavier d’ordinateur, naviguer sur la Toile, en effet, c’est effectuer une série d’opérations manuelles (cliquer sur des liens, ouvrir des fenêtres, faire apparaître ou défiler des pages, mettre en relation des documents…), mais aussi visuelles et auditives, qui induisent des postures intellectuelles nouvelles – où le lecteur est à la fois un explorateur, un spectateur et un intervenant ou un auteur – et impliquant de nouvelles responsabilités. »

L’enfant et les écrans – Avis de l’Académie des Sciences, 17 janvier 2013

Guillaud, Hubert. – Enfants et écrans : psychologie et cognition.
– Internet Actu – Blog Le Monde, 01/02/13

Lectures numériques. – Dossier Eduscol, 23/03/12

Becchetti-Bizot, Catherine. – Texte et TICE. – Dossiers de l’ingénierie éducative n°61, mars 2008

Mazin, Cécile. – Livres numérique : combien ça rapporte ? – Actualitté, 17/04/13

La généralisation des techniques de suivi du regard annonce une nouvelle économie de l’attention. – Frédéric Kaplan, 13/003/13

Biagini, Cédric ; Carnino, Guillaume. – Le livre dans le tourbillon numérique. – Le Monde diplomatique n°666, septembre 2009

Le numérique change-t-il le rapport au savoir ?

C’est ce que Vincent Berger, Président de l’Université Paris Diderot – Paris 7 a déclaré lors du « Kick off » de la « Social Good week », le 25 septembre dernier dans l’amphi Buffon. Intitulé « Comment les nouvelles technologies changent le monde » cet évènement veut marquer l’impact positif des nouvelles technologies dans les relations sociales et économiques, notamment au travers de l’économie sociale et solidaires et des ONG sur le web.

Vincent Berger a insisté pour sa part sur l’impact du numérique à l’Université. Grâce au e-learning et aux « amphis numériques », des milliers d’étudiants peuvent se connecter à des cours en ligne. Cela représente une « rupture épistémologique » en pédagogie : le rapport au savoir est bouleversé. En consultant « Wikipedia » sur leur smartphone, les étudiants trouvent plus d’informations que dans tous leurs cours jusqu’en licence …!
Évidemment, ces contenus numériques ne suffisent pas : il faut encore apprendre aux étudiants à se retrouver dans ce savoir, à se répérer, apprendre à « savoir savoir » …;-)
La pédagogie traditionnelle du professorat, le cours magistral, est désormais obsolète ! Cette nouvelle relation entre l’individu et le savoir doit transformer la relation pédagogique pour développer l’esprit critique et pratique. Car le numérique n’éloigne pas les individus, au contraire, il les rapproche !

Cette alternative à l’enseignement professoral « top down », se retrouve dans l’enseignement « peer to peer » qui repose sur l’idée « que l’on a toujours quelque chose à apprendre de n’importe qui » comment nous l’explique l’article qui y est consacré dans le blog Learning Shelter. L’enseignant se trouve alors au même niveau que l’élève qui apporte autant sa contribution dans la relation pédagogique. En général, cela se passe dans un contexte de communauté d’apprenants sur une plate-forme collaborative comme Skillshare.

Quand aux cours en ligne à l’université, ils sont en train de faire exploser toutes les statistiques, notamment aux États-Unis. Les principales universités américaines ont multiplié récemment leurs plate-formes de e-cours, qui sont prises d’assaut par des étudiants du monde entier.
Il faut dire qu’à ce sujet, les universités américaines ont changé leur modèle économique. En adoptant le « freemium », le e-cours gratuit à travers des plate-formes comme Cousera ou Edx, ces universités prestigieuses (Harvard, MIT, Berkeley, Princeton) ne font plus payer des droits faramineux aux étudiants pour suivre leurs cours …!!
Ces derniers peuvent suivre ces cours à distance en temps réel, en faisant les mêmes exercices que les étudiants inscrits en présentiel, pratiquement sans bourse délier ! Seul l’examen est payant et souvent aussi le manuel d’accompagnement sous forme de e-book, avec des coûts relativement modiques, mais qui chiffrent à des dizaines de milliers d’exemplaires ! Il est vrai que ces cours ne donnent pas accès à ces précieux sésames que sont les diplômes universitaires, mais s’ils les ont bien suivis, les « e-étudiants » auront droit à un certificat qu’il pourront utiliser dans leur CV et leurs recherche d’emploi …;-)

Mais ces cours en ligne ne sont pas uniquement utilisés par des étudiants virtuels. Ceux qui sont « normalement » inscrits à ces cours y ont aussi recours : en les consultant à l’avance, ils peuvent poser des questions à l’enseignant et en débattre avec lui lorsqu’ils assistent aux cours, au lieu de passer leur temps à prendre des notes … Ce mode « hybride » d’enseignement devrait connaître un succès garanti.

Avec les « MOOC » (Massive Online Open Classroom ), les universités et bientôt les écoles vont être forcées de repenser leurs cours, les horaires et les modes d’évaluation (exercices, examens) des contenus éducatifs où l’interactivité et la créativité des étudiants devront être prises en compte.
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L’enseignement P2P. – Learning Shelter. 4/004/20012

Vasseur, Flore. – La salle de classe planétaire. – Le Monde, 09/08/2012.

L’université en ligne est-elle l’avenir de l’éducation ?. – Blog – Regards sur le Numérique, 13/008/2012

La face concrète de l’innovation numérique : les « Fab Labs »

Depuis quelques semaines, les « Fab Labs » sont à l’honneur : le 20 mars 2012, la Fing y a consacré un de ses « Carrefour du possible » ; le projet « Fab Lab Squared » a été retenu dans le cadre de l’appel à projets « Prototypes Technologiques », lancé par la région Ile de France et Cap Digital et le Centre Pompidou a prévu une conférence à l’RI (Institut de Recherche et d’innovation) le 20 juin dans la cadre de « Futur en Seine » (14-24 juin 2012), mais les Fab Labs se retrouvent aussi dans l’exposition « Multiversités créatives » qui aborde le côté créatif de l’innovation (du 3 mai au 6 août 2012).

Mais, qu’est-ce donc qu’un Fab Lab ? Le « Fab Lab » – abréviation de « Fabrication Laboratory » – est une plate-forme ouverte de création et de prototypage d’objets physiques, « intelligents » ou non. Il s’adresse aux entrepreneurs (ou aux bricoleurs) qui veulent passer plus vite du concept au prototype… (FING)
Initié en 2004 par le MIT, le réseau des Fab labs ne cesse de se développer. Dans ces ateliers postmodernes, différentes machines (découpes laser, fraiseuses, imprimantes 3D) sont contrôlées par des logiciels de conception et de fabrication assistés par ordinateurs et permettent de fabriquer rapidement des prototypes …

On trouve des Fab labs, aussi bien dans les centres de recherche du Nord que dans les pays du Sud où l’innovation comble le retard industriel. C’est le cas, notamment du « LED Project » de « Fairtrade Electronic », une ONG qui a coordonne la fabrication de diodes électroluminescentes (LED) « open source » dans une processus de commerce équitable, qui s’appuie sur des pratiques et des philosophies de production émergentes dites “industrie de proximité” dans des pays comme la Mauritanie.

Des Fab Labs, ouverts à tous, se sont aussi créés dans des centres de recherches ou des universités, comme le « Fac Lab » de Gennevilliers au sein de l’Université de Cergy-Pontoise. « Le FacLab est une communauté de personnes d’horizons très divers : designers, artistes, ingénieurs, artisans, étudiants, chercheurs, enseignants, citoyens, enfants, … réunis par l’envie de matérialiser une idée. »
C’est aussi un lieu d’innovation pédagogique, qui décloisonne les filières traditionnelles et propose des formations axées sur la fabrication numérique.

A l’autre bout de la « société de la connaissance », « La Paillasse« , laboratoire de passionnés en biologie (étudiants, chercheurs et amateurs), est un espace « DIY Bio-Hackerspace », qui s’essaie à de nouvelles approches, ouvertes et contradictoires de la biologie, comme le « DNA barcoding », dont « le but sera d’utiliser les techniques de base de Biologie Moléculaire pour identifier les micro-organismes, les espèces végétales et les animaux qui nous entourent. On tentera même de la detection d’OGM !  »

Ces pratiques de « science citoyenne » comme la fabrication numérique, redessinent les frontières de la propriété intellectuelle, de l’économie participative, de la relocalisation des savoir-faire et des outils de production.

De nouveaux modèles économiques s’esquissent à la croisée des compétences, du savoir, de la matière et de l’immatériel.

Ecrans, tableaux interactifs : les nouveaux outils de l’école ?

Le Deuxième Colloque « Ecriture et technologies : écrans et lectures » qui s’est tenu les 6-7 avril 2011 à Sophia-Antipolis s’est penché sur la nouvelle donne des outils scolaires représentée par l’envahissement des écrans et des TICS dans l’enseignement. Comme l’expliquent Catherine Bechetti-Bizot (Groupe IGEN Lettre) et Paul Mathias (IGEN Philosophie et Pilote de la cellule TICE), dans la présentation de la problématique des Actes 2011, « La lecture, entendue à la fois comme acquisition et activité scolaire, pratique culturelle et moyen d’apprentissage, est au cœur des compétences fondamentales transmises par l’Ecole. (…) Les supports d’enseignement traditionnels que sont le manuel, le livre, le cahier ou le tableau noir sont ébranlés par l’arrivée des supports de lecture numérique. Ecrans d’ordinateurs, écrans mobiles, tactiles, tableaux blancs interactifs… pénètrent de plus en plus rapidement l’espace et les pratiques scolaires ». Ces nouvelles pratiques (corpus de textes et d’images numérisés, réalité « augmentée) engendrent des mutations aux niveaux cognitif, pédagogique, culturel et socioéconomique. Enseignants et pédagogues doivent se saisir de ce nouveau défi pour stimuler la réflexion collective, poser les enjeux et anticiper les mutations en cours dans l’enseignement. Et dans cette action, ils pourront s’appuyer sur les bibliothécaires et les documentalistes des Centres de documentation et d’information scolaire (CDI), Comme le fait remarquer Hans Dillaerts (InfoDoc Microveille) dans son post du 22 avril en évoquant la thèse d’Helen Boelens à l’Université de Middlesex : « The evolving role of the school library and information centre in education in digital Europe », ces centres vont prendre une importance croissante dans l’enseignement et la pédagogie du 21e siècle en Europe.

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