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Une bibliothèque sans livres … C’est possible !

Non, nous ne sommes pas en pleine science fiction … Et cela ne veut pas dire pour autant que nous entrons en décadence !

Le développement des supports numériques et celui du nomadisme rendent désormais possible cette quasi aberration sinon cet oxymore …
La première bibliothèque sans aucun livre (papier) va ouvrir à l’automne prochain à Toronto. BiblioThech , c’est son nom, prêtera des liseuses pour deux semaines à ses lecteurs : pas de politique BYOD (Bring Your Own Device : en français AVEC : Apportez Votre Équipement Personnel de Communication) dans ce lieu, et, bien sûr, il y aura des ordinateurs …
Cette stratégie devrait aussi permettre de rendre ce service aux déficients visuels : des associations sont en train de faire pression sur les constructeurs de liseuses ou tablettes pour mieux adapter ces outils aux personnes en situation de handicap visuel (braille, synthèse vocale, etc.). Malheureusement, les verrous numériques des DRM bloquent encore ces développements ;-( En effet pour transformer certains ouvrages déjà numérisés, il faudrait toucher à la loi sur le copyright et cela se heurte aux puissants lobbies des éditeurs et distributeurs : Amazon a déjà supprimé les fonctionnalités audio de ses liseuses… Aux Etats-Unis, seul 1% des ouvrages est disponible dans un format adapté …

En France, on n’est pas encore arrivé à ce point, mais un certain nombre d’expériences ont lieu dans des bibliothèques publiques, comme la « Pirate Box » à Aulnay-Sous-Bois. Comme l’explique le bibliothécaire Thomas Fourmeux, il s’agit d’un dispositif permettant de télécharger des œuvres appartenant au domaine public ou libres de droit. Aucun piratage donc dans cette expérience qui est complètement légale … ;-) Mais à la différence de la BiblioThech canadienne, il faut apporter son matériel (liseuse, tablette, smartphone, etc..). Une expérimentation pour le prêt de liseuse a aussi eu lieu, de même que des ateliers avec iPads avec les enfants pour les initier à la lecture numérique. En fait, si les livres ‘objets’ disparaissent progressivement des bibliothèques, ce n’est pas le cas des bibliothécaires, qui deviennent de plus en plus indispensables pour accompagner les lecteurs dans cette mutation, c’est ce qu’on appelle la médiation numérique. Si la plupart des jeunes viennent à la bibliothèque pour profiter du réseau wifi, de nombreux utilisateurs ignorent encore qu’il faut se connecter au wifi pour télécharger des documents …
Ce dispositif simplifie aussi le travail des bibliothécaires : plus besoin d’acquérir les classiques en plusieurs exemplaires (surtout pour les scolaires). Et en ce qui concerne les livres relevant du domaine public, on n’a plus à se préoccuper des livres perdus ou en prêt !
Pour les e-books encore sous droit d’auteur, les bibliothécaires de Toronto les rendront illisibles au bout des deux semaines de prêt.

Quant aux ‘accros’ au papier, des distributeurs automatiques de livres (de poche), semblables aux distributeurs de boissons, existent déjà en Chine et … Dans une librairie à Toronto !

Mais, s’il n’y a plus de livres dans les salles de bibliothèque, que faire avec tous ces espaces ?
C’est là qu’intervient la notion de « troisième lieu ». Le troisième lieu est un espace consacré à la vie sociale, qui se positionne après le foyer (1er lieu) et le travail (2eme lieu). C’est le rôle qu’ont joué le forum ou la place de marché, puis l’église et aujourd’hui le café/pub. Le sociologue Ray Oldenburg a conceptualisé cette notion dans son livre « The Great, Good Place ». S’il n’a pas nommément cité les bibliothèques dans ces espaces du « vivre ensemble », c’est la multiplication de services comme l’aide à la formation, l’accès au numérique, l’ouverture vers l’art et l’organisation d’évènements qui en font un lieu de rencontres convivial. Mais il faudra opérer des aménagements entre les espaces calmes consacrés à la lecture (numérique ou pas) et au travail individuel et les espaces plus sociaux où se tiennent des activités ou animations culturelles ou de loisir (jeux vidéos ou FabLabs).
Si ce modèle s’est développé dans les pays du Nord et anglo-saxons (Hollande, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Canada anglophone), les bibliothécaires (et les publics ?) francophones et latins (France, Québec) sont beaucoup plus réticents. Nous ne sommes pas prêts à rompre avec le « temple du savoir » pour « concurrencer l’industrie des loisirs et des produits culturels » comme le fait remarquer Mathilde Servet dans son mémoire d’ENSSIB. La controverse demeure, mais si les bibliothécaires veulent regagner leur(s) public(s) et les réconcilier avec la lecture ou d’autres pratiques culturelles, il faut envisager toutes les hypothèses …

Gaudio, Anne-Gaelle. – Le numérique en bibliothèque part.6 : de nouveaux services. – INSET Montpellier 22-24 mai 2013. – Le CNFPT Slideshare, 27/05/13

Chaimbeault, Thomas. – La bibliothèque dans ton mobile. – ENSSIB, avril 2013. – Slideshare

Thomas Fourmeux : « La Piratebox, c’est surtout l’occasion pour nos lecteurs d’accéder à la connaissance ». – Lettres numériques, 03/05/13

Piratebox : Bilan d’étape. – Biblio Numericus, 07/01/13

Taillandier, Florent. – A quand des ebooks vraiment adaptés aux déficients visuels ?CNet France, 28/05/13

Busacca, Aurélie. – Bibliothèque et médiathèque troisième lieu. – Monde du livre – Hypothèse.org, 18/03/13

Les bibliothèques publiques face au défi du « vivre ensemble ». – Novo Ideo, 26/03/13

Martel, Marie D. – La bibliothèque publique : le modèle québecois. – Bibliomancienne, 30/04/10

Servet, Mathilde. – Les bibliothèques troisième lieu. – Mémoire d’étude ENSSIB, 2009

Le numérique, les bibliothèques, les big data et notre rapport au monde

Cette énumération à la Prévert peut sembler chaotique, mais elle révèle un certain malaise qui s’empare de nous devant la mutation des usages qu’implique le numérique dans notre vie quotidienne, et plus particulièrement dans les bibliothèques.
Cette réflexion m’est venue, en cette fin 2012 à la lecture de quelques posts décrivant la situation actuelle face au numérique.

D’abord l’enquête « Les Français et le savoir« , réalisée cet été par la TNS Sofres et cité dans « Veille documentaire » : le savoir est jugé important pour 56% des Français et 54% des personnes actives regrettent de ne pas y consacrer plus de temps … Quand à son utilité, pour 42% des interrogés, le savoir permet de « comprendre le monde qui nous entoure ».

Ce monde qui change si vite et dans des proportions si importantes qu’il peut en désarçonner certains, comme ces bibliothécaires dont parle Pierre Marige dans le dernier article d’Aka Reup « Numériquement incapables : stigmatisation et acculturation », ceux qui semblent « réfractaires à tout ce qui touche l’informatique », ceux qui déclarent, comme beaucoup de nos contemporains « Moi, de toute façon, j’y comprend rien ».
La stigmatisation qui découle de cette ignorance autoproclamée des nouvelles technologies est finement analysée et Marige démontre comment on passe d’un tri entre ‘intellectuels’ et ‘manuels’ à la différence entre ‘scientifiques’ et ‘littéraire’ pour finir avec les ‘connectés’ ou ‘digital natives’ et les vieux ‘incapables’. Pour finir par constater que ces jeunes nés avec l’internet sont en fait moins à l’aise qu’il n’y paraît avec le numérique … Et ont toujours besoin d’un bon médiateur pour trouver leurs références en bibliothèque …;-). La plupart de ces « digital natives », à part quelques ‘génies de l’informatique’ ne fait qu’utiliser ces nouveaux outils, ils n’en ont pas une connaissance approfondie. Tandis que les bibliothécaires, loin de simplement « s’adapter à ces nouvelles technologies, participent à leur création ». D’où l’importance de la formation continue dans le métier.

Dans la dernière livraison d’Internet Actu, Hubert Guillaud revient sur notre compréhension du monde avec l’arrivée des ‘big data’. Dans « De la statistique aux big data : ce qui change dans notre compréhension du monde« , il analyse l’intervention de Dominique Cardon sur ce sujet aux « Entretiens du nouveau monde industriel », les 17 et 18 décembre au Centre Pompidou.

Depuis quelques années, tout un chacun (militants, citoyens, entreprises, pouvoir publics) est d’accord pour « le partage et l’ouverture des données ». Tout le monde souhaite les rendre publiques. Mais ces précieuses données sont utilisées différemment suivant que l’on est journaliste, statisticien ou « data scientist ».
Alors que les statisticiens ont pour objectif de « dézoomer » ces informations pour comprendre la réalité sociale en la modélisant pour faire ressortir les corrélations entre catégories, le modèle des données ‘ouvertes’ « consiste à porter sur la place publique de la donnée ‘brute’ […] La plus proche possible du mythe d’une ‘nature sociale originale’ ». Le mouvement open data préfère les cartographies aux catégories et favorisent la personnalisation et l’individualisation. Les catégories sociologiques représentaient un monde désincarné, alors que l’univers des données parle à chacun de chacun. Ce décalage permet de mieux comprendre la crise des interprétations face aux nouveaux savoirs.

Un dernier post récapitule les nouvelles tendances du web en 2012. Il s’agit du : « [Best of 20012] Web : les 5 tendances majeures de l’année » sur FrenchWeb.fr .
Ces cinq grandes évolutions sont
- le boom de l’économie collaborative
- [H factor] le retour du facteur humain
- l’obsession des données et le quantified-self
- la déferlante des abonnements
- le real time bidding et les places d’Ad Exchange
Toutes ces informations devraient nous permettre de mieux méditer sur notre rapport au monde et au savoir pendant la trêve des confiseurs et mieux aborder l’année 2013 …

Bonnes Fêtes et Meilleurs voeux pour 2013

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La médiation numérique, avenir de la société de l’information ?

Cette notion nous est familière dans le monde des bibliothèques, grâce aux interventions de Silvère Mercier, le bloggeur « bibliobsédé », notamment sa conférence de clôture à la journée professionnelle de la Bibliothèque de Sciences po.

Mais je l’ai retrouvée dans un autre contexte, en participant à l’atelier « mobilité » de la journée « Promesses pour Questions numériques 2013« , organisé par la FING à l’Ecole Boule le 24 octobre dernier. Lors de cette journée, très riche en expériences et en échanges – dans l’atelier se retrouvaient chercheurs R&D de grandes entreprises (Thalès, RATP, Renault, Bell, Alcatel), professionnels de l’information et étudiants – nous devions évaluer la promesse d’une mobilité « plus libre, plus diverse, plus libre et plus durable », mais aussi proposer à l’issue d’une controverse (les fans et les déçus de la mobilité actuelle) des solutions pour l’avenir basés sur des outils et services mobiles. Contrairement au groupe ‘futuriste’ qui proposait des solutions pour un jeune cadre divorcé, mon groupe a dû réfléchir sur un scénario pour une personne âgée peu connectée. Le vieillissement de notre société devient incontournable et il est important de prendre en compte cette cible …

L’essentiel de la solution proposée pour ‘désenclaver’ Germaine de son isolement spatial et technologique réside dans le recours à un(e) médiat(eur)rice, qui devrait l’initier peu à peu à l’usage des outils et services numériques.
Dans ce scénario, on n’abandonne pas la personne « peu connectée » aux seuls outils numériques, le contact avec le médiateur doit être régulier, que ce soit en présentiel (centre de mobilité ou visites) ou par téléphone. Notre choix a étonné un participant de l’autre groupe qui s’attendait à nous voir barder la mamie d’appareils automatiques et de robots domestiques …;-)

Cette nouvelle promesse « garantie l’adaptation des ressources au gens et non l’inverse. Les moyens individualisés pour accéder aux bénéfices de la mobilité s’appuient sur des réseaux sociaux existants et des potentiels collaboratifs ».

Cette conception rappelle la définition avancée par Philippe Cazeneuve aux « Assises de la médiation numérique », « La médiation numérique consiste à accompagner des publics variés vers l’autonomie, dans les usages quotidiens des technologies, services et médias numériques ».

La précaution de Philippe Cazeneuve de distinguer la médiation numérique dans les territoires de celle défendue dans les bibliothèques n’a pas empêché Sylvère Mercier de remettre en question cette définition en privilégiant la notion de ‘réappropriation’ par rapport à celle d’autonomie. Dans un post du 29/09/2011, il propose sa propre définition : « La médiation numérique est une démarche visant à mettre en oeuvre des dispositifs techniques, éditoriaux ou interactifs favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuit à tout contenu proposé à des fins de formation, d’information et de diffusion des savoirs. »
Personnellement, je ne vois de grosses différences entre ces deux conception, l’appropriation de contenus étant un moyen de se repérer et d’explorer de façon autonome l’écosystème informatif et cognitif où nous évoluons dans l’interdépendance.

Service(s) aux usagers : une innovation en bibliothèque qui remonte à un siècle !

Le ou les « service(s) aux usagers » (SAU : département auquel j’appartiens à Bibliothèque de Sciences Po) fait partie des dernières préconisations en matière d’activités des bibliothèques. Ils se retrouvent, par exemple au cœur des interventions de la Journée d’étude de l’ADBS, lors de l’i-Expo 2012.

Or, on retrouve cette préoccupation dans l’ouvrage d’Eugène Morel (1869-1934), « La Librairie publique », datant de 1908 et cité dans l’article de Lydie Ducolomb « Eugène Morel et la section des bibliothèques moderne : une réflexion sur la formation professionnelle des bibliothécaires au début du XXe siècle », publié dans le BBF de février 2012.
Pour ce bibliothécaire visionnaire « Il faut exciter sans cesse le public, le fournir de renseignement de toute sorte, chercher pour lui [...], suivre l’actualité, dresser à chaque moment l’état des ressources de la librairie sur les sujets les plus diveers : une guerre, des tarifs douaniers, une loi sociale, une invention nouvelle … »

On retrouve là les services « push » que les bibliothèques et centres de documentation peuvent mettre au service de touts les catégories de lecteurs : jeunes lecteurs ou étudiants grâce aux réseaux sociaux ou blogs, dossiers documentaires ; services au chercheurs aussi, comme il en ressort dans l’article d’Archimag de Juin 2012 « Chercheurs, technologies et bibliothèques universitaires : questions d’usages ». Guillaume Nuttin y interroge trois responsables sur les besoins des chercheurs en information scientifique et technique (IST). Jean-Michel Barbiche, conservateur à la Bibliothèque de l’Ecole Centrale de Paris souligne « La qualité d’une bibliothèque ne se mesure pas à la quantité de documents qu’elle propose, mais à l’aune des services proposés autour des ressources ».
Odile Hologne, directrice déléguée à l’Information scientifique et technique à l’INRA explicite cette révolution copernicienne de l’activité documentaire « Nous avons repositionné complètement l’offre de services en IST pour les scientifiques : veille, bibliométrie, gestion des connaissances. Au lieu de nous positionner sur la gestion du stoock de documents, nous nous orientons sur l’analyse de l’information ».
Mais, comme le fait remarquer Ghislaine Charton, professeure à L’INTD « les chercheurs, dans leur grande majorrité, ne veulent pas être formés, faute de temps ou à cause d’autres priorités liées à leurs recherches. [...] Il faut lever les barrières techniques et mmultiplier les services d’accompagnement de l’usager, en présentiel ou à distance ».

La formation des utilisateurs devient ainsi une des principales activités des professionnels de l’information qui retrouvent là leur mission de médiation.

Ce sont ces nouvelles compétences des « bib/docs » qu’explore Claudine Masse, Directrice de l’EBD, dans sa contribution « Nouveaux territoires pour les professionnels de l’information : l’évolution des compétences » Journée d’étude de l’ADBS, i-Expo 2012.
Elle insiste sur les compétences à acquérir ou approfondir dans le cadre de son école. Outre le management et la gestion de projet, l’architecture de l’information, la gestion et la production de contenus, les futures bibliothécaires et documentalistes devront acquérir des compétences dans la veille et des compétences transverses : langue (anglais), informatique, travail en équipe, communication écrite et orale.
L’exploitation de ces compétences permettra une maîtrise des bases de l’information-documentation (gestion et recherche documentaire, traitement, produits et services doc.) mais aussi le développement d’une expertise : architecture de l’information, veille, conduite de projet, archive et record management, communication/marketing, etc.

Ces expertises se retrouvent dans l’analyse de Loïc Lebigre à cette même journée d’étude à i-Expo « Vers un observatoire ADBS des fonctions « information » : opportunités et enjeux ».
De nouvelles fonctions émergen t pour les professionnels de l’information à partir du contexte des évolutions technologiques et sociétales :
- la fonction de « Coordination » pour les pratiques collaboratives
- Celle d’ »éditorialisation » (curation) et d’ »Analyse expertise métier » devant la surabondance des données accessibles et raccourcissement des cycles (R&D, production, valorisation)
- La « Maîtrise d’usage et gouvernance du SI » face à l’innovation technologique permanente et la diversité des solutions mobilisables.

Dans sa communication « Valeurs ajoutée des médiateurs » à cette même journée d’étude, Ghislaine Chartron identifie quatre pôles de compétences pour les professionnels de l’information : Gestion-Qualité ; Informatique ; Performance de l’activité principale et Communication-formation.

Dans la conclusion de son article, Lydie Ducolomb souligne que « l’héritage d’Eugène Morel [consiste] en une conception globale du rôle du bibliothécaire dans la société : informer, communiquer, rendre service, permettre l’accès de tous à la culture »

Table ronde « Nouveaux territoires pour les professionnels de l’information » animée par Elisabeth Gayon, présidente de l’ADBS, sur le salon i-expo 2012 – Journée d’étude, 14 juin 2012

Ducolomb, Lydie. – Eugène Morel et la section des bibliothèques modernes : une réflexion sur la formation professionnelle des bibliothécaires au début du XXe siècle ». – Bulletin des bibliothèques de France. – (20012/02)t.57:n°1, p.35-38

Nuttin, Guillaume. – Chercheurs, technologies et bibliothèques universitaires : questions d’usages. – Archimag. – (2012-06)n°255, p. 21-22.

Qui a peur des bibliothécaires en grève ? Le désamour des étudiants pour les BU des deux côtés de l’Atlantique

Sûrement pas les étudiants qui désertent de plus en plus les bibliothèques des campus d’Amérique du Nord … et de France !
C’est ce qu’explique « Annnoyed Librarian » dans le billet « If Striking Librarians Fell in the Forest … » sur le site du « Journal of Library.com ». En faisant référence à la grève menée la semaine précédente à la bibliothèque de l’University of Western Ontario (Canada), ce professionnel se pose la question de la gêne que cette manifestation pourrait occasionner, à part celle de la circulation au milieu du campus, en raison du piquet de grève …
En effet, le fait que certains services de référence ne soient pas assurés ne devrait pas perturber outre mesure les rares utilisateurs des « Reference Desk », déjà en voie de disparition dans certaines grandes BU américaines (cf le post consacré à ce sujet en juin dernier). D’autant que l’on assigne de plus en plus aux bibliothécaires des sujets sur lesquels ils/elles ne sont pas spécialisés … Aujourd’hui, on voit de plus en plus de scientifiques avoir la responsabilité d’un secteur des « Humanités » (lettres et sciences humaines), alors qu’auparavant c’était plutôt le contraire !

Mais en fait, cela n’a aucune importance, car comme l’affirme l’article « What Students don’t Know » de Steve Kolowich sur « Inside Higher Ed », les étudiants n’ont aucune idée de ce que les bibliothécaires peuvent leur apporter dans leur recherche documentaire … L’idée que les bibliothécaires sont experts sur des sujets universitaires ne leur vient même pas à l’esprit. Pour la plupart des étudiants, le personnel des bibliothèques ne sert qu’à orienter dans les différentes salles (en accès direct).

Pour analyser ces pratiques, les professionnels de cinq BU de l’Illinois, ne se sont pas contentés des enquêtes habituelles, ils ont embauché deux anthropologues sur le projet ERIAL (Ethnographic Research in Illinois Academic Libraries). Les résultats, qui seront publiés par l’ »American Library Association », dépassent les plus mauvaises prédictions. Seuls 30% des étudiants interrogés sont capables de mener une recherche documentaire correcte …;-( Et le mythe des « digital natives » en prend un coup ! Ces enfants de l’internet ne savent pas plus rechercher dans Google de façon pertinente … Mais les enseignants et les bibliothécaires sont aussi responsables de cet état de fait, car ils se mettent rarement au niveau de l’étudiant pour lui enseigner les bases de la recherche documentaire.

Cette ignorance et cette méconnaissance se retrouvent de ce côté-ci de l’Atlantique. C’est ce que révèle le mémoire de l’ENSSIB de Laurence Jung « Je ne travaille jamais en bibliothèque ». Enquête auprès d’étudiants non fréquentants ou faibles fréquentants. Michèle Battisti le cite dans son compte-rendu de l’Université d’été du GFII dans Paralipomènes pour évoquer l’importance de la médiation en bibliothèque.
Cette enquête sociologique analyse les représentations de la bibliothèque de ce « non public » qui représente plus de 13%% des étudiants (2006). La plupart de ceux qui fréquentent les bibliothèques les utilisent de plus en plus comme des « lieux de travail », calmes et silencieux. C’est d’ailleurs cet aspect ‘quasi religieux’ qui rebutent certains …

A l’autre bout du cursus universitaire, les chercheurs ont aussi déserté la bibliothèque physique, depuis qu’ils ont découvert la bibliothèque numérique ! L’un d’eux ignore même que c’est la BU qui gère ses abonnements en ligne !

Il est encore temps de récupérer cette désaffection, notamment en travaillant en amont avec les enseignants sur les disciplines. L’étude montre, en effet, que les variations d’utilisation des BU dépendent des sujets étudiés. Alors que les étudiants en sciences n’ont besoin de consulter aucun document jusqu’au master, les étudiants en lettres – qui sont souvent des étudiantes – sont « obligées » d’aller à la bibliothèque consulter ou emprunter des documents. Mais ceci est encore une exception française, car dans les pays anglo-saxons, les étudiants en sciences sont très tôt formés à la recherche documentaire.

La valeur ajoutée des Bibliothèques pour la recherche

L’ABDU (Association des Directeurs et personnels de direction des Bibliothèques Universitaires et de la Documentation) vient de faire traduire un rapport « The value of libraries for research and researchers » publié en mars 2011 par le Research Information Network (RIN) et Research Libraries United Kingdom (RLUK) du Royaume-Uni. « Valeur des bibliothèques pour la recherche et les chercheurs » présente les conclusions d’une étude, reposant sur l’analyse des données statistiques de 67 établissements d’enseignement supérieur du Royaume Uni ainsi que sur une analyse qualitative menée auprès de bibliothécaires et de chercheurs de neuf institutions d’enseignement supérieur britanniques, basée sur des entretiens et des « focus groups ». Il s’agissait de déterminer s’il existe une corrélation entre l’activité de la bibliothèque et les performances en matière de recherche de l’établissement.

Avec la numérisation des ressources, les chercheurs ne se déplacent plus pour fréquenter la Bibliothèque et ne considèrent celle-ci que comme comme un intermédiaire pour accéder aux documents. Comment re-fidéliser ces usagers spéciaux que sont les chercheurs et quels services leur proposer ?

L’étude recense 11 attitudes et bonnes pratiques recommandées pour adapter les services des bibliothèques aux besoins des chercheurs. Outre les compétences en information et organisation et une bonne maîtrise des sujets, il faut : des professionnels de l’information « proactifs », une forte culture de service, une bibliothèque ouverte sur son environnement, des ressources documentaires solides, un catalogue accessible au public, des espaces flexibles, un dépôt institutionnel, une position neutre dans l’institution et enfin arriver à faire percevoir la bibliothèque comme le « lieu » du savoir.

Ces attitudes conduiraient à une bonne connaissance de l’environnement extérieur en resserrant les liens entre chercheurs et bibliothécaires. Avec des services axés sur la recherche, la bibliothèque jouerait un rôle plus important dans l’institution. Cela améliorerait les pratiques documentaires des chercheurs dans un meilleur environnement de recherche.

En augmentant la visibilité et la réputation de la bibliothèque, ces aspects rejailliraient sur l’établissement universitaire. Ces bonnes conditions favoriseraient les financements et les bourses de recherche tout en accroissant le potentiel et la qualité de la recherche. Qui permettront, à leur tour, un meilleur recrutement et maintien de chercheurs qualifiés.

BU américaines : vers la disparition du « Reference Desk » ?

Diamond Law Library Columbia UniversityYale Sterling LibraryBobst Library New York UniversityLe « Reference Desk », ce coeur des bibliothèques, est en train de connaître ses derniers jours aux États-Unis ! C’est un des éléments d’information que nous avons tiré du voyage d’étude qu’un groupe de la Bibliothèque de Sciences-po a effectué la semaine dernière dans les bibliothèques de New-York et Yale (voir le groupe Facebook « Voyage professionnel New York Libraries »).
En effet, à l’exception de la bibliothèque de droit de Columbia (Diamond Law Library) où le travail des ‘Reference librarians’ est encore très important en raison de la diversité et la complexité des sources aussi bien imprimées qu’électroniques, dans toutes les BU visitées, les professionnels on mis ou s’apprêtent à mettre en place de nouveaux services plus adaptés aux usages actuels des étudiants et des chercheurs.
C’est déjà le cas pour le Digital Social Science Center à Columbia qui met à la disposition des usagers de nombreuses bases de données factuelles (statistiques, géographiques, audiovisuelles) + tous les outils logiciels nécessaires pour utiliser, gérer et créer les produits (dataset) et graphiques obtenus. Dans cet environnement, les étudiants peuvent travailler individuellement ou en groupe et peuvent compter sur les conseils de l’équipe de bibliothécaires et d’experts.
A Yale, la Social Science Library va fusionner en partie avec la bibliothèque de sciences pour mettre en place le Statlab . Ce centre d’information statistique, fournit outre les bases de données et les outils logiciels, des conseils d’experts. Même aux États-Unis, les bibliothécaires ne sont pas encore formés à ce genre de pratique et ils sont secondés par une équipe de consultants qui forment et conseillent les étudiants.
Même schéma à la New York University Library où les départements de sciences sociales et des sciences dures collaborent pour gérer le Data Service Studio.

Évidemment, les renseignements aussi bien pratiques que bibliographiques se dématérialisent aussi. Outre les services de Questions-Réponses en ligne comme « QuestionPoint » de l’OCLC, les bibliothécaires se sont mises au « chat » (Messagerie instantanée) et aux SMS (voir la page « Ask a librarian » à la NYU Library) pour communiquer avec les étudiants …! C’est plus cool !A La New York Public Library, ce sont les bibliothécaires qui deviennent mobiles, et armé(e)s d’un IPad vont à la rencontre des utilisateurs !

L’utilisation des CMS en bibliothèque : à présent, c’est au tour des catalogues …

Le dernier post de Bibliobsession « Modularité et entrées multiples : « nouvelles » tendances des catalogues de bibliothèques » rappelle que les CMS (système de gestion de contenu) comme Drupal sont de plus en plus adoptés comme portail documentaire comme à la BCU (Bibliothèque Clermont Université) … et très bientôt à la Bibliothèque de Sciences Po, mais aussi que ce logiciel libre peut servir à la gestion de catalogue ! C’est déjà le cas dans les bibliothèques américaines de Palos Verdes et de Ann ArBor. De nombreuses bibliothèques universitaires en Amérique du Nord et dans le monde utilisent Drupal (comme Laval à Québec, Cornell University ou le « Sistema bibliotecario di Ateneo » de l’Università di Studi de Padoue (Italie)). Le site des groupes Drupal pour les bilbiothèques présente un certain nombre de ressources et de services pour les bibliothécaires et webmasters (modules de rechercherche, de maintenance, résolveur de liens. et enfin le module SOPAC, OPAC ‘social’ pour intégrer un catalogue de bibliothèque dans le CMS).
On peut aussi multiplier les blogs thématiques, comme l’a réalisé il y a près d’un an la BU de Nancy : « Nuage de blogs », procédure commentée à l’époque par Silvae de Bibliobsession.

Quels modèles de propriété intellectuelle pour les univers virtuels ?

C’est la question que posait la conférence de i-expo « Propriété de l’information : vers de nouveaux modèles juridiques ? » organisée par l’ADIJ, le 18 mai dernier. Les règles actuelles du droit d’auteur sont bousculées en effet par les pratiques des technologies numériques et de nouveaux modèles juridiques restent à inventer.
Le modérateur Alain Bensoussan, avocat à la Cour d’appel de Paris, a comparé la situation actuelle avec celle des années 1900 lorsque l’on déplorait le vol d’électricité. On pouvait constater l’existence de fraudeurs et de personnes dépossédées, mais comment prouver l’existence d’une ‘propriété virtuelle’ ? Il existe des valeurs virtuelles avec destruction des valeurs réelles. Il existe, en effet deux combats, l’un pour la propriété positive (contrats) et le second pour la propriété « négative » (contrefaçon, atteinte aux personnes, vol). Jusqu’à présent, la Cour de Cassation refuse de reconnaître un vol d’information s’il n’y a pas de support matériel … Existe-t-il une propriété virtuelle ? Non, pas en l’état actuel. Existe-t-il des solutions ? Peut-être ou sûrement …
Si la plupart des intervenants (Yves Leroux, Consultant CA Technologie, Laurent Berard-Quélin, Directeur général délégué de la Société Générale de Presse, président de la Commission des médias électroniques, FNPS et Xavier Dalloz, Président, Xavier Dalloz Consulting) ont défendu l’idée d’une propriété intellectuelle virtuelle, seul Georges Chatillon, Directeur du Master Droit de l’internet, Maître de Conférences, Ecole de Droit de la Sorbonne, a reconnu dans l’information et les oeuvres de l’esprit un « Bien commun de l’humanité », à protéger, non pas avec des contrats commerciaux mais avec le « Creative Commons ». Y. Leroux a développé ses arguments pour les jeux vidéo et en ligne, nous citant des cas faramineux d’arnaque et de vols de milliards de crédits (Runscape, Zinga, Affaire Playstation, victime d’une attaque pirate). L. Bérard-Quélin a défendu la presse et l’édition en ligne, arguant de la complexification et de l’accélération du métier (le scoop journalistique est passé avec Twitter, d’une journée à une minute…) Il a aussi réfuté l’idée que le numérique coûte moins cher que le papier, car il y a des investissements lourds et une inflation des coûts avec la multiplication des supports numériques (Ipad). On est passé d’une économie de stock à une économie de flux. Xavier Dalloz, quant à lui, s’est attaqué au rôle-clé des données, en prédisant qu’avec 50 milliards d’objets connectés en 2050, on allait assister à une production immense de données interactives. On entre enfin dans une logique de réseaux collaborative et communautaire, avec un point de passage important : l’accès. On ne dit plus « ça m’appartient » mais « j’appartiens à » (communauté). On parvient à la construction de la confiance avec un « tiers de confiance » dans l’économie systémique en réseau. La notion de propriété n’a plus de sens aujourd’hui, pas plus que celle de vie privée … On est en train d’aller vers une médiation basée sur l’abonnement, avec l’émergence du concept de monnaie privative ou attributive, vers un internet transactionnel.
La discussion a porté sur le droit à l’oubli vs le ‘devoir de mémoire’, le droit d’accès et le droit d’abonnement qui fait des internautes des « co-propriétaires » de l’information et des réseaux sociaux qui représentent soit un nouvel esclavage, soit l’instrument de la libération des peuples (printemps arabe) ….

Savoirs et bibliothèques

Dans son dossier consacré à la « Valorisation et production des savoirs en bibliothèque », Le BBF (vol.56:N°1, 2011) pose la question de la relation des bibliothèques au savoir. Ces dernières ne se limitent plus aujourd’hui à leur rôle d’accumulation (et de classement) des connaissances, mais comme l’évoque Yves Desrichard dans son édito « Va savoir », on pourrait « transformer nos collections en gisements et nos métiers en extractions (de savoirs) ». Face à l’effondrement de l’Education nationale, la bibliothèque pourrait récupérer ces publics (écoliers, collégiens, lycéens, étudiants), « pour les amener, à sa manière au savoir. »
C’est toujours ce souci de transmission de savoir qui habite la notion de « médiation numérique » explicitée dans « La pyramide d’un projet de médiation numérique », Bibliobsession, 8/04/11. Car la médiation numérique (coeur de métier du « bib/doc ») comme l’expliquait Sylvae, toujours dans Bibliobssession, il y a plus d’un an, n’est ni de la communication, ni du marketing public , mais « Tout dispositif technique, éditorial ou interactif mis en œuvre par des professionnels de l’information-documentation favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuit à tout contenu proposé par une bibliothèque à des fins de formation, d’information et de diffusion des savoirs ».

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