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Qui a peur de la 5G ? Débats et controverses sur la dernière génération de téléphonie mobile

5g-antennes-vignette-dossierLe 1er octobre, le gouvernement a récolté 2,786 milliards d’euros suite aux enchères autorisant le déploiement sur le territoire français de la technologie de 5e génération de téléphonie mobile. Que représente cette technologie ? Est-elle réellement disruptive ? Que va-t-elle changer dans nos usages ? A voir s’enflammer les débats autour de son adoption, on croit assister à une véritable guerre des anciens contre les modernes …

A cela s’ajoutent des enjeux géopolitiques et géoéconomiques, la Chine dominant pour le moment le marché mondial de la 5G et les Etats-Unis n’ayant pas encore déployé cette technologie comme l’explique Evgeny Morosov dans le Monde Diplomatique. L’Europe a ainsi une opportunité de participer avec ses deux constructeurs Ericsson et Nokia … Comme le dit Philippe Escande dans son éditorial du Monde « Il est temps que s’ouvre enfin une réflexion apaisée et argumentée, aussi bien sur ses avantages que sur ses inconvénients ». Début septembre, 70 élus de gauche et écologistes demandaient un moratoire sur le déploiement de cette technologie, en accord avec les préconisations de la Convention citoyenne pour le climat. « Ces élus proposent une suspension du déploiement de la technologie « au moins jusqu’à l’été 2021 », ainsi que la « tenue d’un débat démocratique décentralisé sur la 5G et sur les usages numériques », la priorité serait pour eux plutôt la réduction de la ‘fracture numérique’ « à travers le développement de la fibre en zone rurale et en finalisant le déploiement de la 4G ». (Le Parisien). Les élus insistaient sur le fait que cette technologie augmenterait la consommation électrique et comporterait des risques en matière de santé.

La technologie 5G

« En télécommunications, la 5G est la cinquième génération des standards pour la téléphonie mobile. Succédant à la quatrième génération, appelée 4G, elle prolonge l’exploitation technologique LTE (Long Term Evolution : norme de réseau de téléphonie mobile 4G)

La technologie 5G donnera accès à des débits dépassant de 2 ordres de grandeur la 4G, avec des temps de latence (délais de transmission dans les communications informatiques) très courts et une haute fiabilité, tout en augmentant le nombre de connexions simultanées par surface couverte. Elle vise à supporter jusqu’à un million de mobiles au kilomètre carré (dix fois plus que la 4G). Une fois déployée, elle doit permettre des débits de télécommunications mobiles de plusieurs gigabits de données par seconde, soit jusqu’à 1 000 fois plus que les réseaux mobiles employés en 2010 jusqu’à 100 fois plus rapides que la 4G initiale » (Wikipedia)

Les avantages de la 5G

  • ict-expert-luxembourg-visu-5g-applis-prometteusesAccélération de la transmission des données et temps de latence raccourcis : 10 à 100 fois plus rapide que la 4G. Mais comme le fait remarquer Xavier Lagrange dans l’article de The Conversation, « Il ne s’agit pas d’une rupture technologique majeure, mais plutôt d’améliorations […] la technologie repose sur les mêmes principes que la 4G, c’est la même forme d’onde qui sera utilisée, le même principe de transmission ».

« A-t-on besoin d’aller plus vite ? Pour certaines applications, dans certains champs professionnels, oui. Pour d’autres, … bien au contraire. » remarque Olivier Ertzschied dans son post d’Affordance.info

  • Baisse de la consommation d’énergie : « La 5G permet une meilleure gestion des faisceaux de communication avec deux avantages immédiats : une baisse de la consommation énergétique car la dispersion des ondes radio est limitée ; une amélioration de la qualité d’utilisation des ondes radio, puisque les interférences sont évitées » (Parti Pirate). Mais la baisse de la consommation énergétique peut mener à une augmentation des échanges de communications, donc à consommer plus … Comme le soutient Jean Soubiron, dans sa tribune sur Libération « Dans les faits, les technologies plus efficientes permettent à l’économie de produire davantage, entraînant inévitablement un accroissement des consommations de matières et d’énergie. » De plus, « L’utilisation de nouvelles fréquences ne peut, que conduire à la consommation électrique des opérateurs » (The Conversation).
  • Un réseau plus flexible : le réseau déployé sera configurable. A terme, il fera beaucoup plus appel à des technologies informatiques de virtualisation. « L’opérateur pourra faire démarrer des machines virtuelles pour, par exemple, s’adapter à une demande accrue d’utilisateurs dans certaines zones ou à certains moments et au contraire ; diminuer les capacités si peu de personnes sont présentes » (The Conversation).
  • Diminution des coûts : Plutôt pour les opérateurs que pour les consommateurs.
  • De nouvelles applications : Avec la 5G, on va connaître l’expansion de l’Internet des objets (IOT : Internet Of Things) avec la voiture autonome et la « ville connectée » (Smart city). Elle encouragera aussi le développement de la télé-médecine et l’automatisation de l’industrie « Pour les industriels, nous pouvons penser aux usines connectées et automatisées dans lesquelles un grand nombre de machines devront pouvoir communiquer entre elles et avec le réseau global ». Pour les consommateurs, l’augmentation de la vitesse du réseau permettra le téléchargement plus rapide de toutes sortes de fichiers (vidéos en direct ou en streaming, jeux vidéo, etc.).

Ces nouvelles fonctionnalités s’adressent en fait plus à l’industrie et aux services plus qu’au grand public. Là encore, Olivier Ertzschied, pose la question « Le déploiement de cet internet des objets est-il nécessaire et utile à la société et aux individus qui la composent ? » Si l’on considère par exemple le cas des voitures connectées, « si le risque est présent, ce n’est pas parce que les choses (programmes, algorithmes, capteurs) vont trop lentement, c’est justement parce qu’ils vont (déjà) trop vite dans leurs boucle de rétroaction […] un accident de la route impliquant une voiture autonome peut également advenir et n’être pas évitable ou évité, soit du fait de la vitesse de l’échange des informations et données nécessaires à la prise de décision, soit du fait de la décorrélation entre la vitesse  de prise de décision des véhicules ‘autonomes’ et celle des véhicules ‘non-autonomes ».

Les risques pour l’environnement et la santé images_ville

Depuis le début de l’année, des associations alertent les pouvoirs publics sur les risques de cette technologie pour la santé et l’environnement. Agir pour la santé et PRIARTEM ont déposé plusieurs recours devant le Conseil d’Etat visant à geler le déploiement de la 5G. Ces associations ont souligné les incertitudes qui accompagnent les émissions d’ondes et demandent l’application du principe de précaution. « On sait que ces ondes ont un impact sur notre cerveau, que des personnes manifestent des troubles d’électro-sensibilité » a déclaré Sophie Pelletier de PRIARTEM, cité par Pierre Manière dans La Tribune. A cela s’ajoutent des risques de cancérogénicité.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) ne se prononce pas en raison du manque de données scientifiques sur les effets sur la santé de certaines fréquences d’ondes électromagnétiques utilisées pour la 5G. Cela concerne surtout la bande de fréquences de 3,5 GHz qui doit être attribuée aux opérateurs. L’ANSES a davantage de données sur les fréquences de 26 GHz, dites ‘millimétriques’ qui seront attribuées plus tard. C’est aussi ce que répondent les Décodeurs du Monde dans leur rubrique de questions sur la 5G. Aucun effet significatif des ondes sur la santé n’a été observé. Les antennes 5G, peu nombreuses au début, n’émettront leur signal que quand elles seront sollicitées par un terminal ; les antennes 4G le font en permanence …

Pour le spécialiste Olivier Merkel, il n’y a pas de « réponse tranchée » ; la source la plus préoccupante pour la santé est plutôt le téléphone portable en contact avec le corps. On n’a pas plus de résultats sur l’effet cancérigène : il n’y a pas de lien concret entre l’exposition aux ondes et un cancer. On constate un ADN endommagé sur certains animaux, mais on ne peut rien en déduire. Le rapport de l’ANSES sur la 5G est prévu pour début 2021.

Environnement et consommation numérique

 Comme on l’a vu plus haut, la 5G est beaucoup moins énergivore que la 4G, mais la facture énergétique dépendra beaucoup des usages qui ont tendance à se multiplier, c’est ce qu’on appelle l’’effet rebond’. « La hausse considérable de la demande de données pourrait contrebalancer les gains d’efficacité énergétique ».

La 5G va aussi entrainer un renouvellement des téléphones mobiles : déjà existante pour les précédentes technologies, l’’obsolescence programmée’ va encore s’imposer. Certains modèles vendus aujourd’hui sont déjà compatibles avec cette nouvelle norme !

Comme le constate le Parti Pirate dans son post « Le renouvellement du parc mobile nécessite effectivement une quantité importante de ressources, notamment de terres rares, et va nous contraindre à produire une certaine quantité de gaz à effet de serre. Ici encore, cela n’est pas inhérent à la 5G, mais plutôt aux choix politiques et économiques que nous faisons. ». Contre l’effet rebond qui permettra à l’utilisateur moyen, d’après Ericsson, de consommer 200 GO de données en 2025, contre 6,5 GO actuellement, Paul Camicas et Stephen Demange de La Tribune, prônent la ‘sobriété numérique’ « Le débat qui s’ouvre ne doit pas nous amener à repousser purement et simplement la 5G, mais plutôt à interroger notre rapport au numérique et à trouver les moyens d’optimiser la consommation de données, pour viser collectivement la sobriété numérique. ».

E-sécurité : espionnage et surveillance securite-informatique1

La 5G représente un saut vers l’hyperconnectivité et risque de poser un problème dans la récolte des données comme le fait remarquer Sébstien Soriano, Président de l’ARCEP. Il y a des risques d’espionnage par des entreprises étrangères, d’où les restrictions des opérateurs français vis-à-vis de Huawei. Bouygues Telecom a promis de démonter toutes les antennes du constructeur chinois installées dans les zones peuplées !

Mais, paradoxalement, les services secrets craignent que la 5G les empêchent d’espionner en toute sécurité ! Comme l’indique Emmanuel Paquette dans l’Express « Dans la plus grande discrétion, les agents secrets ont fait part de leurs craintes auprès de certains élus : ils redoutent en effet qu’elle rende inopérant un matériel de surveillance indispensable, appelé Imsi-catcher. ». Ils ne pourraient plus ainsi géolocaliser et capter les informations circulant sur le réseau …

Mais comme le fait remarquer Stéphane Bortzmeyer dans son post « beaucoup d’arguments entendus contre la 5G n’ont en fait rien de spécifique à la 5G : les risques pour la vie privée ne changent pas […] les caméras de surveillance existent déjà sans avoir besoin de la 5G, les objets connectés qui envoient massivement à leur fabricant des données personnelles sur les utilisateurs, existent également depuis un certain temps, la 5G ne va pas les multiplier. […] Mais peut-être un changement quantitatif (performances supérieures, même si elles ne le seront pas autant que ce que raconte le marketing) va-t-il déclencher un changement qualitatif en rendant trivial et/ou facile ce qui était difficile avant ? Peut-être. »

C’est aussi ce que craint Olivier Ertzschied « Littéralement autant que métaphoriquement la 5G est une « accélération propre » qui provoquera nécessairement des contraintes et des déformations non pas seulement sur des objets techniques mais sur l’ensemble du corps social et l’organisation politique de nos communautés. ».

Bortzmeyer souligne aussi une implication importante de la 5G, qui n’a pratiquement pas été soulevée dans le débat : « le ‘network slicing’ qui permet d’offrir plusieurs réseaux virtuels sur un accès physique. […] Ses conséquences peuvent être sérieuses, notamment parce qu’il peut faciliter des violations de la neutralité de l’Internet, avec une offre de base, vraiment minimale, et des offres « améliorées » mais plus chères. ». Donc, un internet à plusieurs vitesses …

La controverse sur le progrès : ‘Amish’ vs ‘Start-up nation’

Les enchères de la 5G ont provoqué une polémique où l’on a vu les tenants du ‘progrès’, avec à leur tête le Président de la République, s’opposer aux défenseurs de l’environnement et des libertés publiques !

Devons-nous soutenir toute nouvelle technologie, quel qu’en soit le prix comme le dénonce Bruno Latour dans sa tribune au Monde ? « Le train du progrès a-t-il des aiguillages ? Apparemment, pour notre président, il s’agit d’une voie unique. Si vous n’allez pas tout droit, vous ne pouvez que « revenir en arrière », ce qui veut dire « régresser », et, comme il l’a récemment affirmé, s’éclairer à « la lampe à huile » [il réagissait à la demande de moratoire sur le déploiement de la 5G de 70 élus de gauche et écologistes]. Que cet argument soit encore considéré comme imparable, au moment même où le monde brûle parce que le « train du progrès » nous a menés au désastre, a quelque chose de désespérant. ».

C’est aussi ce qu’exprime l’architecte Jean Soubiron dans Libération en dénonçant le ‘solutionnisme’ du gouvernement : « D’un côté, le gouvernement voit en cette «innovation» la promesse d’une gouvernance plus efficace de nos flux de matières quand, de l’autre, il n’a pas jugé utile de mesurer le risque que font peser ces nouvelles technologies sur nos ressources et nos écosystèmes ».

Alors que pour certains, « La 5G est la clé de l’industrie 4.0 » et permettra de sortir de la crise comme le préconise John Harris dans sa tribune de Forbes France « Aussi nombreux que variés, ils bénéficieront à un vaste éventail de secteurs. L’usine intelligente et la production constituent deux gagnants évidents de la nette amélioration de l’automation et des efficacités due à la connectivité de l’IoT. […] Tout laisse à penser que le déploiement de réseaux 5G à travers l’Europe présage de formidables opportunités pour le monde professionnel. ».

Mais les positions ne sont pas toutes aussi tranchées, à commencer par celle de Sébastien Soriano, président de l’ARCEP, qui précise dans son interview dans Reporterre « Mais une chose est sûre, et c’est une ambition que nous partageons avec beaucoup de critiques de la 5G, pour nous prémunir de tous les méfaits que la technologie peut convoquer, nous devons en reprendre le contrôle. Non pas à travers un retour de balancier qui rendrait aux États la supervision des communications. Mais par un contrôle citoyen ».

Ce contrôle citoyen passe aussi par un débat qui représente un des enjeux du moratoire réclamé par les élus de gauche et EELV. Comme le rappelle Philippe Escande dans le Monde  « Il est au contraire légitime de s’interroger sur l’impact économique, écologique et sécuritaire de la 5G. Dans un contexte de défiance grandissante des citoyens envers les institutions scientifiques et politiques, il est inimaginable de pouvoir faire l’impasse sur ce débat. Le degré d’acceptation de la technologie, le contrôle de ses applications et l’efficacité de son utilisation en dépendent. ».

Un débat, c’est ce réclame aussi le Parti Pirate, tout en avançant des propositions concrètes pour répondre aussi bien à l’obsolescence programmée qu’à la multiplication et à l’accélération des usages « Ce que nous devons craindre, c’est notre société qui nous pousse à consommer toujours plus, toujours plus d’objets connectés, toujours plus de gadgets à la mode, toujours plus de tout. […] Autrement dit, ces débats sont légitimes en tant que tels, et ce n’est qu’en les considérant en tant que tels que nous serons en mesure d’y répondre, plutôt qu’en nous opposant, par principe, à la 5G. ».

La conclusion d’Olivier Ertzschied va dans le même sens « Déployons la 5G si nous sommes capables d’organiser ce déploiement en contrepoint d’une réorganisation massive de notre rapport à la vitesse, à la latence, et à la connectivité. Déployons si nous sommes capables de ralentir quand il n’est pas nécessaire d’accélérer autrement que par la potentialité qui rend l’accélération possible. […] Déployons la 5G si nous sommes capables à tout moment d’en limiter à la fois l’échelle, le cadre et l’envie.

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Maurice, Stéphanie. – Martine Aubry contre la 5G : conviction politique ou « greenwashing » anti-Macron ? – Libération, 11/10/20

Landeau-Barreau, Pauline. – 5G : la mairie de Paris veut consulter les citoyens avant le déploiement. – CNews, 05/10/20 MAJ 11/10

Usul ; Lietchi, Rémi. – 5G : un débit en débat. – Médiapart, 05/10/20

Paquette, Emmanuel. – Les espions aussi s’inquiètent de la 5G. – L’Express, 04/10/20

Pétillon, Catherine. – 5G : des émissions pour comprendre ce qui fait débat. – France Culture, 04/10/20

Fagot, Vincent. – Enchères 5G en France : l’Etat récolte récolte près de 3 milliards d’euros. – Le Monde, 02/10/20

5G : définition, fonctionnement, usages et déploiement du réseau en France, tout ce qu’il faut savoir. – CNET France, 02/10/20

Morozov, Evgeny. – Bataille géopolitique autour de la 5G. – Le Monde diplomatique, Octobre 2020

Questions-réponses : Six questions sur le lancement de la 5G. – Vie publique, 01/10/20

La question de la 5G mérite-t-elle autant de passions ? - Blog Stéphane Bortzmeyer, 01/10/20

Millon, Louise. – La Chine dépasse les 100 millions d’abonnés 5G … et la technologie consomme beaucoup. – Presse-citron, 01/10/20

Escande, Philippe. – 5G : un débat qui reste à mener. – Le Monde, MAJ 30/09/20

Equy, Laure ; Belaïch, Charlotte. – Le progrès, casse-tête de la gauche. – Libération, 28/09/20

Foucart, Stéphane. – Débat sur la 5G : « Des Amish aux Shadoks ». – Le Monde, MAJ 27/09/20

Souviron, Jean. – 5G : Sortir d’un débat caricatural entre technophobes et technophiles. – Libération, 26/09/20

La 5G, qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? – The Conversation, 25/09/20

Damgé, Mathilde. – Sur la 5G, ce qui est vrai, ce qui est faux et ce que l’on ne sait pas encore. – Le Monde, 24/09/20

Latour, Bruno. - « Si le déconfinement a eu un effet, c’est de nous déconfiner de cette idée d’une voie unique vers le progrès ». – Le Monde, 24/09/20

Tesquet, Olivier. – Avec la 5G, la France au bord de l’excès de vitesse. – Télérama, 22/09/20

Tableaux de bord des expérimentations 5G en France. – ARCEP, 22/09/20

Charles, Frédéric. – 5G en France : obstacle à mi-chemin. – ZDNet, 22/09/20

Ertzscheid, Olivier. – La 5 (re)G : nous sommes tous des enfants connectés. – Affordance.info, 21/09/20

5G : Elevons le débat. – Parti pirate, 21/09/20

Téléphonie mobile : 70 élus de gauche demandent un moratoire sur la 5G. – Le Parisien, 13/09/20

Camicas, Paul ; Demange, Stephen. – 5G, l’arbre qui cache la forêt. – La Tribune, 18/08/20

Popovski, Petar ; Björnson, Emil ; Boccardi, Federico. – Communication technology through the new decade. – IEEE ComSoc Young Professionals, 18/08/20

Soriano, Sébastien (Arcep). – « Favorables à la 5G, nous souhaitons tout de même un contrôle citoyen ». – Reporterre, 12/06/20

Harris, John. – La 5G sera-t-elle la clé de l’industrie 4.0 ? - Forbes France, 13/03/20

Après le confinement, quel avenir pour le télétravail ?

cd580e_d6dfa6cd9d734264ad77a1151bb30499~mv2Pendant le confinement dû à la pandémie de coronavirus, un grand nombre de salariés et de travailleurs indépendants ont été obligés de travailler à distance, en général depuis leur domicile. Fin avril, la Ministre du travail avançait le chiffre de 5 millions de télétravailleurs depuis la mi-mars, soit près d’un quart des salariés français. La plupart avaient peu ou pas d’expérience de ce mode de travail, comme les enseignants du primaire ou les employés peu qualifiés. Sans oublier que pour beaucoup, leurs enfants étaient aussi confinés à la maison et qu’ils devaient partager avec eux les lieux et les outils (ordinateurs, connexion) nécessaires à leurs activités et souvent les aider dans leurs apprentissages ! (voir Prospectibles sur l’enseignement à distance).

Comment se dessineront le marché et l’organisation du travail après le confinement ? Quel part y occupera le télétravail ?

L’engouement pour le télétravail

D’après Wikipedia « Le télétravail est une activité professionnelle effectuée en tout ou partie à distance du lieu où le résultat du travail est attendu. Il s’oppose au travail sur site, à savoir le travail effectué dans les locaux de son employeur. Le télétravail peut s’effectuer depuis le domicile, un télécentre, un bureau satellite ou de manière nomade ».

Paradoxalement, cette activité à domicile, que certains avaient découvert pendant les grèves des transports de décembre 2019 et janvier 2020, a été plébicitée par 62% des Français si l’on en croit le sondage de l’étude Deskeo d’avril 2020. Bien sûr, l’élimination du temps de trajet domicile-travail y est pour beaucoup. C’est plutôt surprenant, car si le développement du travail à distance est évoqué depuis près de 20 ans, cette pratique a concerné très peu de personnes depuis en France. Selon une publication de la Dares, citée par Christophe Bys dans l’Usine Nouvelle, seuls 3% des salariés le pratiquent régulièrement, au moins une fois par semaine

Thierry Pech, directeur du think tank Terra Nova, interviewé par Philippe Minard dans la Dépêche, décrit ainsi la typologie des télétravailleurs « Ce sont plutôt des cadres, des professions intellectuelles supérieures (ingénieurs, professeurs etc.) qui vivent dans des métropoles et singulièrement en Ile-de-France. Ils travaillent majoritairement dans des grandes entreprises. Déjà avant la crise, la sociologie des télétravailleurs correspondait à des formations et des revenus plus élevés que la moyenne. ». On comprend que ces salariés ont de meilleures conditions à leur domicile qui leur facilitent leur activité à distance. De plus, ce sont en général des personnes plus autonomes qui organisent eux-mêmes leur travail. Ceux qui le pratiquaient avant le confinement n’y consacraient en général que 20% de leur temps de travail : une journée, deux jours au maximum par semaine … teletravail-sieste-travail-a-domicile-repos

En revanche, d’autres ont ressenti beaucoup plus de pénibilité. Ils concernent à 18%, des emplois moins qualifiés. Parmi les insatisfaits, on trouve des femmes de moins de 50 ans, chargées de famille, avec des enfants de moins de 12 ans et des ‘novices’, mal préparés et moins bien équipés. Comme le rapporte Amandine Caillol dans Libération, citant une personne répondant à l’enquête ‘Montravailadistancejenparle’ : « le télétravail ‘concon’ (confiné, contraint) est-il vraiment du télétravail ?». Dans ce cas le télétravail a été imposé à des salariés pas toujours habitués, formés ou volontaires pour ce type d’activité. Ils en ressentent plutôt les effets négatifs. Alors que le télétravail représente un gain de temps, la liberté d’organisation pour les uns, c’est l’isolement, l’empiètement sur la vie de famille pour les autres …

La sociologue Danièle Linhart analyse ces aspects négatif dans son interview dans Libération. « L’isolement des salariés en télétravail peut favoriser un climat anxiogène et nuire à la créativité stimulée par le collectif ». Avant la pandémie, les managers voulaient que les salariés soient ‘heureux au travail’ avec la création de ‘Chief Happiness officers’, mais aussi avec des contraintes et des contrôles à travers des ‘process’, des normes et des protocoles. Avec la personnalisation des objectifs des salariés, on a voulu invisibiliser les liens de subordination. Pendant la crise sanitaire, on a dit aux travailleurs de rester chez eux pour protéger leur santé, mais en même temps, on a développé la surveillance en ligne et la traçabilité numérique.

Le travail est déconnecté de sa finalité sociale : l’activité atomisée ne fait pas partie d’un tout. On a beaucoup évoqué l’autonomie du salarié en télétravail, mais pour le salarié non-cadre, le mécanisme du contrôle perdure. Il a du mal à influer sur une décision, c’est plus difficile pour lui de peser collectivement à distance.

C’est aussi ce que constate Christophe Degryse, chercheur à l’Institut syndical européen, dans sa tribune au Monde en soulignant les effets pernicieux et les conséquences sociales de la prétendue ‘libération des contraintes du télétravail. « En s’installant dans la durée, les nouvelles pratiques de télétravail commencent à révéler quelques signes d’un impact social plus profond que celui attribué à un déplacement du lieu de fourniture du travail. ». C’est le bien-être au travail qui est remis en cause. L’enquête britannique IES Working at Home Wellbeing d’avril 2020 recense une augmentation des douleurs musculo-squelettiques, une activité physique en baisse, des horaires de travails trop longs et irréguliers, mais surtout un manque d’interactions sociales, un déséquilibre entre vie professionnelle  et vie privée, un sentiment d’isolement. « Comme le note Neil Greenberg, spécialiste de la santé mentale au travail, les gens commencent à se demander s’ils travaillent à la maison ou s’ils dorment au bureau. ». photo-teletravail-e1489502939462-654x327

La souffrance au travail apparaît aussi dans l’article d’Anne Rodier dans Le Monde : « Pour beaucoup de salariés, le télétravail est devenu synonyme de tensions, de stress, de burn-out. Au bout de deux mois, il y a déjà un phénomène d’usure. » qui cite Eric Goata, directeur général du cabinet Eléas, spécialisé dans la prévention des risque psycho-sociaux : « Les salariés parlent d’abandon, de solitude, de surcharge cognitive liée au trop grand nombre d’informations à traiter, de surcharge de travail, d’un sentiment d’être surveillé à l’excès par les managers, des difficultés à coopérer avec les collègues et de l’impossibilité de concilier vie privée-vie professionnelle ».

Inégalités entre travailleurs : repenser l’organisation du travail

On l’a vu pendant le confinement, il y avait ceux qui pouvaient se mettre en télétravail et ceux qui ne le pouvaient pas. Un certain nombre de personnes ont continué de travailler sur site à leur poste de travail ou ont été mis en chômage partiel ou total : les soignants et les emplois essentiels, bien sûr, mais aussi d’autres professions. Comme le souligne Thierry Pech, « ll y a certainement une France qui rêve de télétravailler mais qui n’a pas accès à cette organisation. Dans notre échantillon, il y a peu d’ouvriers et d’employés et peu de petite classe moyenne. » C’est aussi ce qu’affirme François-Xavier de Vaujany, professeur de management dans sa tribune au Monde : « il ne faut pas oublier que plus de 90 % des travailleurs français sont des salariés (de plus en plus souvent en CDD) » A terme, ces catégories professionnelles pourraient y être inclues : la saisie de commandes, par exemple, pourrait aussi bien se faire à domicile.

Mais entre-temps, le confinement aurait mis 1,1 million de Français au chômage, comme le signale Maxime Vaudano dans Le Monde. Même s’il s’agit essentiellement de ‘reclassement’ de précaires en activité réduite, on constate néanmoins très peu de retour à l’emploi … Et  selon Cyprien Batut cité par Lomig Guillo dans Capital, 10% des emplois qualifiés pourraient être délocalisés ! Cela concernerait surtout des hommes et des jeunes : paradoxalement, ce sont les professions les plus intellectuelles qui sont menacées ! La Commission européenne prévoit néanmoins un taux de chômage supérieur à 10% pour la France pour fin 2020 …

teletravail_1Cela implique de repenser toute l’organisation du travail. La disparition du temps de transport domicile-travail représente un triple bénéfice écologique et économique, pour le salarié bien sûr, mais surtout pour l’entreprise et les collectivités locales. La perte de productivité du travail à distance n’a pas dépassé les 1% pendant le confinement. La généralisation du télétravail permettrait de désencombrer les villes et les entreprises auraient besoin de moins d’espaces de bureaux. PSA a déjà prévu que ses salariés du tertiaire, les commerciaux et la recherche-développement ne passeraient qu’une journée et demie par semaine sur le site.

Garder pratiquement la même productivité en travail à distance ? Pas si sûr, car sans contacts humains les relations manager-collaborateurs se dégradent. Le télétravail devrait pouvoir accélérer la mutation entre le management hiérarchique, vertical et contrôleur vers un management plus mature. Pendant le confinement, ce n’était pas vraiment du télétravail, plutôt une poursuite de l’activité à distance. Il n’y a pas eu de projets organisés et pilotés. La recherche sur le télétravail indique que l’on peut travailler deux ou trois jours au maximum à distance pour éviter l’isolement et maintenir la cohésion au sein des équipes. index-teletrPC

Le management à distance exige des compétences spécifiques. On ne peut pas reproduire à distance la même organisation qu’à proximité, le même nombre de réunions, les mêmes lignes de reporting… Comme le soulignent les deux managers Gauthier Franceus et Nicolas Saydé dans Le Monde, « le confinement est un excellent baromètre pour évaluer la manière dont circule l’information dans les équipes. Comment trouver un équilibre entre une surabondance d’informations pas toujours utiles et un manque de communication qui empêche l’équipe d’avancer ? ». Ils se posent aussi la question de la confiance dans le travail à distance « Pour certains managers, cela peut se traduire par un besoin de plus de contrôle […] D’autres managers en profitent au contraire pour lâcher prise, pour donner encore plus d’autonomie à leurs collaborateurs ».

Le rapport au temps et à l’espace de travail de même que les manières de travaille sont à repenser. Si la présence sur le lieu de travail est remise en question, c’est tout le référentiel de travail qui est à réinventer. Comme le rappelle Christophe Degryse, l’organisation industrielle du travail au 18e siècle emprunte les principes du théâtre classique : unité de lieu, de temps et d’action « Le travail humain se « fixe » dans un lieu précis (l’atelier, plus tard l’usine, les bureaux), pour une durée déterminée (la journée de travail), dans le cadre d’une unité d’action (les travailleurs sont collectivement impliqués dans un seul processus de production). ». Ces trois unités vont structurer le modèle social des pays industrialisés : amélioration des lieux de travail (santé, sécurité), encadrement du temps de travail, développement d’un esprit collectif (culture d’entreprise, négociations collectives).

C’est toute cette construction qui pourrait être remise en jeu « Avec le travail à distance s’érodent le lieu et les horaires de travail, les interactions sociales, voire l’esprit collectif. Les conséquences en seraient que toutes les protections liées à ces unités s’éroderaient elles aussi ». Il faut donc inventer de nouvelles unités structurantes pour un modèle social et numérique.

Mise en place de nouveaux « lieux de travail » virtuels où les télétravailleurs pourraient se réunir et partager leurs expériences ; des unités de temps compatibles avec la vie privée : droit à la déconnexion ; des unités d’action à réinventer : organisation du travail en équipe et organisation de la représentation collective …

Comme l’énonce Fanny Léderlin dans Libération, le télétravail devient « l’enfer sans les autres » ! « En évitant les ‘dérangements’ de la vie de bureau – les bavardages, les pauses café ou clope, les demandes de coup de main sur d’autres dossiers – le télétravail permettrait d’être plus performant ». […] « Libéré de toute entrave, le sujet performant n’écoute que lui-même ». Le télétravailleur s’expose ainsi, non pas à la tyrannie des managers, mais à la sienne propre !

C’est contre cette dérive que les syndicats s’élèvent sur France Inter « Le télétravail ne doit pas rester une zone de non-droit ». Pour la CGT les employeurs doivent prendre en charge les frais professionnels ; la CFDT, l’UNSA et la CFTC ont publié une liste de propositions communes : L’entreprise doit fournir les outils, respecter le droit à la déconnexion et 100% de télétravail n’est pas souhaitable. Le travail en équipe reste important pour éviter l’isolement pour FO. « Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, imagine, lui des espaces de coworking en bout de ligne RER. Le télétravail mérite en tout cas qu’on ouvre une discussion, en faisant attention, dit-il, à l’intérieur des entreprises, à ne pas opposer les cols bleus et les cols blancs. ». Même, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF, cité dans Le Parisien, estime que le télétravail ne devrait pas devenir la norme car « cette « solution » a  amené beaucoup de satisfaction pour certains salariés mais aussi des contraintes, des burn-outs, des problèmes de management au sein des entreprises ».

Une réflexion sur la mise en place du revenu universel s’impose aussi dans cette période de crise économique et sociale. L’Espagne l’a déjà adopté et l’idée progresse d’autres pays européens dont la France, comme l’indique France 24. Antoine Dulin, qui préside la Commission Insertion et jeunesse du Conseil économique social et environnemental (CESE) réclame par ailleurs l’extension du CSA aux moins de 25 ans « Les jeunes sont les outsiders du marché de l’emploi. Quand ce marché se contracte, ils en deviennent les variables d’ajustement. » interview par Laure Bretton dans Libération. securite-informatique1

Sécurité des outils et surveillance électronique

Comme pour l’enseignement à distance, la question de la sécurité des outils de communication se pose pour le télétravail.

Le service de visioconférence Zoom qui avait été critiqué pour ses failles de confidentialité et de sécurité a sorti une version chiffrée mais payante de son logiciel. Eric Yuan, Le PDG de cette société, cité dans Le Monde, justifie cette décision pour ne pas permettre à des criminels de passer à travers les mailles de la police … !

Philippine Kauffmann explique dans Libération « Depuis le confinement, de nombreuses entreprises ont fait installer à leurs salariés le logiciel américain Hubstaff, qui calcule leur «temps effectif» en enregistrant leurs mouvements de souris. Un exemple parmi d’autres du contrôle et des pressions subis par certains travailleurs à domicile. Une jeune analyste s’émeut du fait qu’elle n’ose plus lire un article ou aller sur twitter ; elle se demande si cette surveillance ne va pas continuer quand elle reprendra son travail au bureau … ». Gwendal Legrand, secrétaire adjoint de la CNIL reconnait dans une interview à Libération, « que les systèmes de ‘Keyloggers’ ces logiciels qui permettent d’enregistrer à distance toutes les actions accomplies sur un ordinateur sont en général hors limites ». Christophe Degryse le souligne aussi dans sa tribune « Si l’employeur accepte le travail à distance, c’est aussi parfois parce que les possibilités de contrôle de l’employé sont désormais infinies : surveillance non détectable de l’activité du clavier, de l’utilisation des applications, captures d’écran, activation de la webcam… La nouvelle normalité du télétravail, ici plutôt dystopique, peut aussi être celle d’un capitalisme de surveillance. »images-teletr

Serries, Guillaume. – Pour le Medef, le télétravail, ce n’est pas normal.ZDNet, 05/06/20

Dulin, Antoine ; Bretton, Laure. – Chômage « Pendant les crises, les jeunes sont les variables d’ajustement »: entretien. – Libération, 04/06/20

Kauffmann, Philippine. – Télétravaillez vous êtes fliqués. - Libération, 02/06/20

Bordet, Marie. – « Mon patron a piqué une gueulante et exigé le retour des salariés au bureau ». Le Point, 01/06/20

Cramer, Maria ; Zaveri, Mihir. – Working From Home Has Benefits Some Don’t Want to Lose. – The New York Times, 05/05/20 updated 31/05/20

Pech, Thierry ; Minard, Philippe. – « Le télétravail pointe la vétusté des relations professionnelles ». – La Dépêche, 30/05/20

Franceus, Gauthier ; Saydé, Nicolas. - Télétravail : les vices cachés de l’organisation. – Le Monde, 29/05/20

Degryse, Christophe. – « Les gens commencent à se demander s’ils travaillent à la maison ou s’ils dorment au bureau ». – Le Monde, 29/05/20

Jean, Aurélie ; Mouton, Robert. – « La numérisation professionnelle doit s’accompagner d’une régulation sociale ». - Le Monde, 29/05/20

Vaujany, François-Xavier de. – « Hommage au travail ‘ordinaire' ». – Le Monde, 29/05/20

Vaudano, Maxime. – Le confinement a-t-il vraiment mis 1,1 million de Français au chômage. – Le Monde, 29/05/20

Funes, Julia de. – « Le télétravail modifie notre rapport au travail. Il lui redonne sa juste place ». – FranceInfo (vidéo), 29/05/20

Lachaise, Alice. – Télétravail : mise en place, droits, obligations. – Juritravail, 25/05/20

Demas, Juliette. – Le télétravail à vie pourrait transformer Dublin. – Ouest-France, 24/05/20

Rodier, Anne. – « Je ne veux plus télétravailler », « Franchement, j’en ai ma dose » : les dégats du télétravail. – Le Monde, 23/05/20

Gérard, Aline. - Quand le télétravail bouscule les managers. – Ouest France, 23/05/20

Souffi, Emmanuelle. – L’économiste Gilbert Cette « L’essor du télétravail recèle des potentiels économiques énormes ». – Le Journal du Dimanche, 23/05/20

Guillo, Lomig. - « Avec le télétravail, 10% des emplois qualifiés pourraient être délocalisés ». – Capital, 22/05/20

Calignon, Guillaume de. – Sondage exclusif : les Français séduits par le télétravail. – Les Echos, 19/05/20

Chartier, Mathieu. – La Silicon Valley étudie la généralisation du télétravail pour le « monde d’après ». – Les numériques, 18/05/20

Caulier, Sophy. – Coronavirus : le télétravail met en danger la confidentialité des entreprises.Le Monde, 18/05/20

Fily, Hélène. – L’avenir du télétravail en France fait débat entre syndicats et patronat. – France Inter, 17/05/20

Léon, Emmanuelle. – Le Covid19 sonnera-t-il la fin du travail tel que nous le connaissons ?Slate, 14/05/20

Garric, Audrey ; Lemarrié, Alexandre. – Autonomie sanitaire, revenu universel, télétravail : les propositions citoyennes pour ‘le jour d’après’. – Le Monde, 13/05/20

Afshar, Vala. – Télétravail : la perte de productivité moyenne est de 1%. – ZDNet, 13/05/20

Télétravail ou travail confiné ? Observations et premiers constats. – Laboratoire d’Analyse et de Décryptage du Numérique – Mission Société numérique, 02/05/20

Cailhol, Amandine. – Télétravail : le boulot compresseur. – Libération, 29/04/20

Linhart, Danièle ; Mouillard, Sylvain. – Télétravail : « L’activité se trouve déconnectée de sa finalité sociale » : entretien. – Libération, 29/04/20

Plantey, Yvan ; Pétillon, Catherine. – Avec le Covid-19, un « télétravail forcé et dégradé ». – France Culture Hashtag, 17/04/20

62% de Français voudront faire plus de télétravail après le confinement. – Deskeo, 14/04/20

Bergeron, Patrice. – Le télétravail génère du stress chez les employés de l’Etat. – La Presse (Québec), 31/03/20

Bys, Christophe. – Le 100% télétravail en période crise, une organisation qui nécessite des process. – L’Usine digitale, 19/03/20

Bouthier, Baptiste. - Le télétravail, un truc de cadres parisiens ?Libération, 11/12/19

 

La reconnaissance faciale : un pas biométrique vers la société de la surveillance ?

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Les dispositifs biométriques d’identification et de surveillance sont en train de s’imposer progressivement dans nos sociétés. La reconnaissance faciale, que l’on croyait réservée à des sociétés illibérales comme la Chine, s’invite de plus en plus dans nos pays, comme en Royaume-Uni, bien sûr, mais aussi en France. La CNIL vient de rendre un avis où elle s’oppose à la mise en œuvre de la reconnaissance faciale dans deux lycées de la région Sud (Nice et Marseille) où des tests avaient commencé en début d’année. Ces dispositifs s’avèrent illégaux au regard du droit européen sur les données personnelles. D’autres expérimentations sont en cours, que ce soit au niveau privé, local ou public, comme l’application d’authentification en ligne Alicem.

Alicem : l’authentification certifiée par reconnaissance faciale

La France va être le premier pays européen  à mettre en œuvre un outil d’authentification basé sur la reconnaissance faciale. Alicem (Authentification en ligne certifié sur mobile) en test depuis juin 2019, devrait être opérationnelle dès le mois de novembre. Cette application pour smartphone, développée par le ministère de l’intérieur et l’Agence nationale des titres sécurisés doit permettre d’accéder à plus de 500 services publics en ligne (via France Connect) de façon sécurisée en s’identifiant grâce à une technologie de reconnaissance faciale. Pour atteindre le niveau ‘élevé’ de l’identification électronique de eIDAS (règlement européen), Alicem va se baser sur les informations contenues dans la puce électronique d’un titre biométrique (passeport ou titre de séjour). Lors de la création du compte, Alicem vérifie par reconnaissance faciale que la personne qui utilise le smartphone est bien le détenteur du titre. » C’est un moyen de lutter contre l’usurpation d’identité. ». L’administration désire créer ainsi « une identité numérique régalienne sécurisée ». Alicem-la-premiere-solution-d-identite-numerique-regalienne-securisee_largeur_760-1

Malgré les assurances données par l’administration sur le respect des données personnelles (les informations restent sur l’appareil de l’utilisateur, elles ne sont partagées que par les services en ligne), le RGPD (Règlement général sur la protection des données) UE exige le consentement de la personne pour l’utilisation de données biométriques : la CNIL reproche donc au ministère de l’intérieur de ne pas recourir à des ‘dispositifs alternatifs de vérification ». La Quadrature du Net a aussi déposé un recours contre le décret de création d’Alicem devant le Conseil d’Etat. Pour l’association, » Alicem viole le RGPD car il ne peut exister de consentement libre si l’administré n’a pas d’autre choix que d’utiliser la biométrie pour accéder aux services en ligne ».

Alors que des chercheurs et des juristes comme Felix Tréguier et Martin Drago s’inquiètent dans une tribune au Monde de la  ‘banalisation’ de cette technologie, l’authentification biométrique aurait pour conséquence « un contrôle permanent et généralisé » au nom du ‘solutionnisme technologique », les députés Didier Bachère (LREM) et Stéphane Séjourné (Renew Europe), appellent eux à un ‘usage éthique’ de cette technologie. « Entre rejet en bloc de la reconnaissance faciale et usage débridé, il y a un chemin à définir dont la responsabilité incombe à la puissance publique ». Après avoir reconnu l’existence de biais dans cette « technologie qui n’est pas entièrement fiable sur le plan technique, son efficacité diffère selon les conditions d’utilisation mais également selon les populations (sexes, ethnies) », les élus appellent à une consultation citoyenne et à la création d’un comité d’éthique sur la question.  Ils reconnaissent néanmoins « les opportunités commerciales multiples de cette technologie et le fait que les utilisateurs de smartphones récents en font déjà usage » … Les opportunités commerciales retiennent aussi l’attention de F.Tréguier et M. Drago comme ils l’expriment  dans leur article : « permettre à des industriel comme Thales ou Idemia [entreprise de sécurité numérique] de se positionner face à la concurrence chinoise, américaine ou israélienne ». « Depuis des années, des entreprises développent ou testent ces technologies grâce à l’accompagnement de L’État et l’argent du contribuable ». Et si le Secrétaire D’État au numérique Cédric O, propose de créer une instance de supervision en coordination avec la CNIL sur la reconnaissance faciale, il reconnaît aussi que « Expérimenter est nécessaire pour que nos industriels progressent ».

Le CREOGN (Centre de recherche de l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale) a une position assez semblable : dans une note de septembre 2019, le Colonel Dominique Schoener examine « l’enjeu de l’’acceptabilité’ de la reconnaissance faciale et des contrôles préventifs sur la voie publique ». Il reconnaît que si cette technologie est banalisée dans ses usages commerciaux, la population française n’est pas prête à en accepter l’exploitation par les forces de l’ordre dans n’importe quelles conditions. « Traumatisée par le régime de Vichy et son système d’enregistrement de l’identité, la société française conserve dans son ADN collectif des marqueurs de rejet du fichage étatique ». Comme la reconnaissance faciale ne peut pas être ‘désinventée’, il préconise « le consentement préalable du citoyen, et pas seulement son information, comme préalable à son usage légitime et légal sur la voie publique ». Pour cela, une technologie fiable et sûre doit pouvoir s’appuyer sur un cadre juridique consolidé avec un contrôle éthique et scientifique. Mais » la peur ou le principe de précaution ne doivent pas empêcher l’expérimentation qui seule permet de se rendre compte des biais et des apports d’une innovation ». Et d’évoquer la dernière expérimentation de la société chinoise Watrix : un logiciel de reconnaissance de la démarche, permettant d’identifier une personne de dos ou dissimulant son visage … reconnaissance-faciale

Or, c’est contre la privatisation de la sécurité que Mireille Delmas-Marty s’insurge dans une tribune au Monde contre la ‘société de vigilance’ appelée de ses vœux par le Président de la République. « Au motif de combattre le terrorisme, le gouvernement risque de donner un coup d’accélérateur au glissement de l’Etat de droit à l’Etat de surveillance ». Dans son article, la juriste évoque ses craintes de « l’extension de la répression à la prévention, puis à une prédiction de plus en plus précoce. » Ce programme appellerait une autre dérive, « la privatisation de l’ordre public », « le glissement de l’Etat de surveillance à la surveillance sans Etat. ». Des entreprises comme Thales sont effet associées à des mairies (Nice) pour exploiter les ‘signaux faibles » à partir de données personnelles au sein d’un « centre d’hypervision et de commandement ».

Cet état de « vigilance sous surveillance » alerte aussi Simon Blin dans Libération. Car « cultiver, comme principe de société, la vigilance pour tout un chacun et à tout moment, c’est le contraire du sentiment de sécurité ». Citant la philosophe et psychanalyste Hélène Lhuilliet « Plus fort encore que la surveillance, la vigilance est une sensation de danger presqu’artificielle ». La vigilance ne s’inscrit pas dans la continuité, elle est un état précaire. « Il y a dans l’idée de ‘société de vigilance’, celle d’une justice prédictive. Or il est impossible de tout prévoir ». Quant à la question des repérages de ‘signaux faibles’ (par ex. dans les cas de radicalisation), autant « elle est légitime dans les institutions chargées de la sécurité publique (police, armée, prison), elle n’a pas grand sens dès lors qu’on l’élargit à l’ensemble de la société ». Le risque est de créer une « armée de faux positifs » sur la base du ressentiment personnel ou de l’interprétation de chacun du concept de laïcité, comme l’évoque le sociologue Gérald Bronner.

De nombreuses autres utilisations et expérimentations de la reconnaissance faciale sont en cours en France, comme l’explique Martin Untersinger dans son article du Monde : à Nice sur la voie publique, aux Aéroports de Paris, Valérie Pecresse voudrait aussi l’expérimenter dans les transports d’Ile de France. Air France compte bientôt remplacer les cartes d’embarquement par un dispositif de reconnaissance faciale. Sans oublier les fichiers de police pour retrouver un suspect à partir d’une photo ou des caméras de surveillance …

Bilans mitigés

chappatte_surveillance_internetMais si en France, on en est encore dans l’enthousiasme de l’expérimentation, dans d’autres pays les bilans sont plutôt négatifs. Aux Etats-Unis, L’État de Californie, San Francisco et plusieurs villes ont interdit la reconnaissance faciale et à New York, la police a triché avec cette technologie pour arrêter des suspects … Et le candidat Bernie Sanders promet l’interdiction de cette technologie sur tout le territoire. En Angleterre une expérience de vidéosurveillance « intelligente » lors du carnaval de Notting Hill à Londres en 2017 a abouti à 35 cas de ‘faux positifs’ et à l’arrestation d’un innocent !

Aux États-Unis le groupe de chercheurs AINow, comprenant des employés de Google et de Microsoft appellent dans leur rapport 2018 à la réglementation de la technologie « oppressive » de reconnaissance faciale. Ce groupe de recherche de la New York University a pour objectif de surveiller l’application sure de cette technologie. « La reconnaissance faciale et la reconnaissance des émotions (comme la détection des traits de personnalité) nécessite une réglementation très stricte pour protéger l’intérêt public ». Malheureusement, les GAFAM ne sont pas de cet avis : Amazon avait la possibilité de refuser de vendre sa technologie de reconnaissance faciale aux autorités policières et gouvernementales, mais ses actionnaires ont rejeté cette proposition. Quant à Google, Bloomberg News relate que des employés de la compagnie l’accusent de les espionner à travers une extension du navigateur Chrome utilisé au sein de l’intranet de l’entreprise. L’outil signalerait automatiquement tout évènement programmé dans l’agenda qui concernerait plus de 10 bureaux ou 100 employés, d’après le rapport des salariés. La société se défend en invoquant un souci de limiter le spam dans les agendas, et soutient ne pas recueillir de données personnelles des employés. Cet épisode traduit les tensions existant dans la multinationale depuis que certains salariés veulent implanter un syndicat dans la société. 1536505721

Au Royaume Uni, le thinktank Doteveryone vient de publier un rapport sur la question de la reconnaissance faciale, cité par Hubert Guillaud dans InternetActu. Il demande au Conseil consultatif de la biométrie britannique d’organiser un débat public sur le sujet et exige « une interdiction tant que les individus exposés à cette technologie n’ont pas la capacité à ne pas être soumis à ces techniques et tant que les conditions de réparations n’ont pas été décidées ».

Sommes-nous parvenus au « capitalisme de surveillance », la dystopie cauchemardesque décrite dans l’ouvrage de l’universitaire américaine Shoshana Zuboff, analysé dans l’article de Frédéric Joignot ? Pour la psychologue sociale, « les GAFAM veulent notre âme, nous avons signé avec eux un contrat faustien ». Ces entreprises « ne se contentent pas de collecter des données d’usages et de services, elles intègrent dans les pages en réseaux et les machines intelligentes des dispositifs d’espionnage invisible. Ils repèrent ainsi, grâce aux algorithmes, nos habitudes les plus intimes. Ils reconnaissent nos voix et nos visages, décryptent nos émotions et étudient leur diffusion grâce à l’’affecting computing’ afin de capter la « totalité de l’expérience humaine comme matière première gratuite ». Pour Evgeni Morozov, S. Zuboff insiste trop sur la surveillance et pas assez sur le capitalisme : « En considérant le capitalisme de surveillance comme notre nouveau Léviathan invisible, elle rate la manière dont le pouvoir fonctionne depuis plusieurs siècles : le Léviathan invisible est avec nous depuis longtemps. ». Mais la chercheuse ne perd pas espoir : si elle applaudit au RGPD et défend les moteurs de recherche cryptés comme Tor, la résistance viendra des usagers et travailleurs du numérique qui feront comme les classes pauvres du 19e siècle qui se sont organisés en syndicats et association pour combattre le capitalisme industriel pour imposer des lois sociales et exiger un système démocratique et représentatif. Verrons-nous un jour cette révolution 3.0 ?

Untersinger, Martin. – Marseille, Nice, Saint-Etienne : les semonces de la CNIL face à de nouveaux projets sécuritaires. – Le Monde, 29/10/19

Lycées Nice Marseille : première victoire contre la reconnaissance faciale.La Quadrature du Net, 28/10/19

Tréguier, Félix ; Drago, Martin. – La reconnaissance faciale s’avère inéfficace pour enrayer la violence. – Le Monde, 24/10/19

Bachère, Didier ; Séjourné, Stéphane. – Pour une reconnaissance faciale éthique.  – Le Monde, 24/10/19

Delmas-Marty, Mireille. – La ‘société de la vigilance’ risque de faire oublier la devise républicaine. – Le Monde, 24/10/19

Gallagher, Ryan. – Google accused of creating spy tool to squelch worker dissent. – Bloomberg News, 24/10/19

Blin, Simon. – La ‘vigilance sous surveillance. – Libération, 22/10/19

Untersinger, Martin. - La reconnaissance faciale progresse, sous la pression des industriels et des forces de l’ordre. – Le Monde, 14/10/19

O, Cédric ; Untersinger, Martin. – « Expérimenter la reconnaissance faciale est nécessaire pour que nos industriels progressent : entretien. – Le Monde, 14/10/19

Ministère de l’intérieur. – Alicem, la première solution d’identité numérique régalienne sécurisée. – L’actu du ministère – Interieur.gouv.fr, 30/07/19

Schoenner, Dominique. – Reconnaissance faciale et contrôles préventifs sur la voie publique : l’enjeu de l’acceptabilité. – Notes du CREOGN, septembre 2019

Joignot, Frédéric. – La surveillance, stade suprême du capitalisme. – Le Monde, 14/06/10

Ohrvik-Scott, Jacob ; Miller, Catherine. – Responsible facial recognition technologies. – Doteveryone perspective, June 2019

Cimino, Valentin. – Les actionnaires d’Amazon décident de ne pas limiter la reconnaissance faciale. – Siècle digital, 26/05/19

Guillaud, Hubert. – La généralisation de la reconnaissance faciale est-elle inévitable ? – InternetActu.net, 13/03/19

AINow report 2018 – AINow Institute – New York University, Dec. 2018

 

Surveillance : le tour de vis occidental

fingerprint with bar codeOn assiste, depuis quelques semaines, au renforcement de la surveillance de masse en Europe et dans les pays occidentaux. La vague d’attentats et le repli sécuritaire qui touche les démocraties pourraient expliquer ce phénomène.

En France, après le vote de la loi Renseignement en juillet 2015, nous avons eu début novembre l’annonce de la création du fichier TES qui devrait rassembler dans une seule base de données « les informations personnelles et biométriques de la quasi-totalité de la population » (Numérama).  Au Royaume Uni, le nouveau projet de loi sur le renseignement Investigatory Powers Act « qui marque un durcissement de la surveillance et légalise des pratiques déjà exercées en dehors de tout cadre juridique par les services de renseignement » (Le Monde). Avec cette loi, un certain nombre d’institutions et d’organismes britanniques – finances publiques, Agence de l’alimentation, Commission des paris, services de santé – en plus des services de police et de renseignement de tout le Royaume, pourra avoir accès à toutes les connections et enregistrements internet des citoyens et résidents en Grande-Bretagne (Independent).

Outre-Atlantique, la situation est aussi inquiétante : aux Etats-Unis, le FBI a passé un accord avec la société Dataminr pour accéder en temps réel aux 500 millions de publications quotidiennes de Twitter. Comme on le lit dans Les Echos, « Ce spécialiste du croisement des données (data mining) permet à ses clients (médias, banques, fonds d’investissements) d’obtenir des informations liées aux menaces terroristes, aux troubles sociaux et politiques etc.. ».  Après la victoire de Trump, la messagerie sécurisée Signal, a con a connu une augmentation de 400% de téléchargement comme le souligne Buzz Feed News. Le site Intercept a aussi interrogé les multinationales de l’internet pour savoir si elles étaient prêtes à collaborer pour mettre en place le « fichier des musulmans » préconisé par Trump : seul Twitter a refusé cette collaboration …

Et le Monde vient de révéler, suite aux derniers documents publiés par Snowden, que les smartphones des passagers d’Air France étaient espionnés en plein vol au profit de la NSA ou du GCHQ (services secrets britanniques) …

Au Québec, les services de police de la Ville de Montréal mettent sur écoute des journalistes comme Patrick Lagacé de la Presse, informe le blog Veille pour un(e) bibliothécaire engagé(e)Security camera

Néanmoins, un certain nombre d’institutions et d’organismes réagissent à ce tour de vis.

En France, le Conseil national du Numérique et la Cnil se montrent réservés vis-à-vis du Fichier TES. Le CNNum a carrément demandé la suspension de ce fichage généralisé de la totalité des Français …

Au niveau de l’Union européenne, une eurodéputée néerlandaise a attaqué devant le Conseil d’Etat la loi sur la surveillance internationale des communications électroniques, qui complète la loi sur le renseignement. « Sophie In’t Veld du groupe libéral ADLE a décidé de déposer 2 recours devant le Conseil d’Etat pour contester l’une de ces lois » écrit Julien Lausson dans Numérama.

Comment en est-on arrivé là ?

Nous avions évoqué les systèmes de surveillance massive dans des posts précédents, notamment l’intrusion de la NSA dans les communications électroniques, mais depuis la vague d’attentats en France et la mise en place de l’état d’urgence, un certain nombre de mesures de sécurité ont été renforcées.

La Loi Renseignement, votée en 2015, avait été partiellement retoquée par le Conseil Constitutionnel, notamment en ce qui concerne le volet surveillance internationale des communications électroniques. Ce texte, destiné à encadrer le renseignement à l’étranger, écarte explicitement les personnes résidant en France. Or deux députés socialistes, Patricia Adam et Philippe Nauche, ont déposé, à la demande du gouvernement en septembre 2015, une proposition de loi visant à combler « le seul trou laissé par le Conseil constitutionnel » comme  l’exprime Guillaume Champeau de Numérama. En facilitant l’interception massive des communications sur internet et les conversations téléphoniques, ce texte vise à « tranquilliser les agents de la DGSE qui agissent actuellement dans la plus grande illégalité, faute de loi encadrant leur surveillance ».  Le texte « aménage un régime spécial pour les services de renseignement qui souhaitent collecter et analyser massivement des communications électroniques depuis l’étranger ». Mais il concerne aussi les écoutes de communications émises « depuis l’étranger » ou si les personnes sont déjà « identifiées comme  présentant une menace au regard des intérêts fondamentaux de la Nation ». Donc, si des personnes résidant en France communiquent avec des personnes situées hors du territoire français, c’est le régime de cette proposition de loi qui s’appliquerait, comme le souligne Guillaume Champeau . Pour Sophie In’t Veld, cette loi malmènerait les droits dont bénéficie n’importe quel citoyen européen. Ses propres communications vers et depuis l’étranger – elle se rend souvent au Parlement européen à Strasbourg en tant qu’eurodéputée – « sont susceptibles d’avoir été interceptées ». En questionnant la légalité de ces mesures de surveillances, ces recours visent à obtenir la suppression des données personnelles collectées entre 2008 et 2015 (avant la loi sur la surveillance internationale) et ensuite démontrer qu’il existe une sorte de discrimination entre les Français et les autres citoyens de l’UE, ce qui va à l’encontre de la Charte des droits fondamentaux. postcard-surveillance-webversion1

Contenu et métadonnées : que surveille-t-on au juste ?

On a beaucoup évoqué le chiffrement des données pour échapper au piratage ou à la surveillance des communications électroniques. Mais le chiffrement porte généralement sur le contenu des communications et plus rarement sur les métadonnées, ces données techniques qui permettent le bon acheminement des communications (origine, destinataire, date, position géographique, etc.). Le Conseil national du numérique s’est penché sur le problème du chiffrement dans un article d’approfondissement, et plus précisément sur le chiffrement des métadonnées. S’il existe de manière de masquer certaines métadonnées, avec des réseaux de type Tor, la plupart des applications grand public, « assurent la confidentialité des contenus, mais ne peuvent pas garantir l’anonymat des utilisateurs ou des terminaux utilisés ».

Alors que traditionnellement les services de renseignement s’intéressaient au contenu des communications, on privilégie aujourd’hui de plus en plus le traitement automatisé des métadonnées. Ce passage du contenu au contenant, s’explique par plusieurs raisons. D’abord, l’analyse des métadonnées se prête mieux à une surveillance généralisée et automatisée : les métadonnées sont plus difficilement sécurisables et l’analyse des contenus implique un traitement individuel, donc plus coûteux. En plus, les contenus surveillés ne sont généralement pas explicites : les terroristes ne vont jamais dire « Rendez-vous à tel endroit pour placer la bombe » comme l’explique Rémi Récio délégué général à la Commission générale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), cité par le CNNum. « en revanche, il est plus important de reconstituer un réseau, donc des données techniques sont plus importantes que ce que vont dire les gens ».

Mais que faire avec ces quantités énormes de données ? Va-t-on analyser tous les renseignements collectés ? En fait, en prenant exemple sur la veille stratégique et l’intelligence économique, le système vise  « à débusquer les signaux faibles d’une activité criminelle ou terroriste par une surveillance généralisée des réseaux. Surveiller pour prévenir, mais aussi pour prédire ».

Une fois traitées par de puissants algorithmes, les données collectées en masse vont servir à l’établissement de ‘graphes sociaux’ (cartographie de réseaux de connexions et de relations entre individus en lien avec leur activité sur internet). Combinés à des outils statistiques, ces graphes sociaux vont aider à la constitution de patterns ou modèles de comportements, afin d’anticiper les risques d’une attaque terroriste. C’est ce que prévoit la Loi Renseignement de Juillet 2015, avec l’utilisation des fameuses ‘boites noires’ pour détecter les comportements ‘signants’.

arton15480-47b03Cette attitude est très dangereuse, car tout algorithme a une marge d’erreur et va donc identifier des personnes sans intention terroriste (des ‘faux positifs’). Si la marge d’erreur est de 1% (considérée comme faible), cela pourrait faire 600 000 personnes sur une population de 60 millions ! Alors que si le nombre de vrais terroristes est de 60, ils ne représentent que 0,01% …

Cela peut amener à des dérives, comme le fait de condamner à deux ans de prison ferme une personne ayant consulté de façon répétée des sites faisant l’apologie du terrorisme [quelle que soit la radicalisation effective du suspect, qui s’est révélée être assez importante]. Comme le souligne Olivier Ertzschied dans son post « De la confidentialité de l’acte de lecture », l’année où Mein Kampf entre dans le domaine public, « serait-il possible de condamner à deux ans de prison ferme un homme pour lecture régulière et répétée de Mein Kampf ? » Qu’y a-il de différent entre « la lecture répétée de brochure papier faisant l’apologie du terrorisme distribuées (et lues) en divers endroits de la planète et la lecture répétée de sites faisant l’apologie du terrorisme ? ». Pour le chercheur, « la confidentialité de l’acte de lecture est l’un des fondements essentiels de toute démocratie ». Encore une fois, c’est privilégier une idée de la sécurité au détriment des libertés fondamentales. « Pénaliser la lecture […] c’est condamner une intentionnalité supposée, c’est un ‘effet cigogne'[corrélation plutôt que causalité]». surveillance-electronique

Malheureusement, cette condamnation d’une intentionnalité de la lecture est en train de se concrétiser aux États-Unis, comme on le découvre dans le post de Thomas Fourmeux dans Biblio Numéricus « Bibliothécaires, agissez maintenant pour protéger vos utilisateurs (avant qu’il ne soit trop tard) ». Cette transcription d’un article de l’EFF (Electronic Frontier Foundation) appelle les bibliothécaires à protéger leurs usagers les plus fragiles (adolescents, sans-abris, chômeurs, migrants) contre les agents du gouvernement qui viendraient enquêter sur les livres empruntés ou consultés et les mots-clés recherchés en ligne. Comme après la mise en place du « Patriot Act », les bibliothécaires américains s’inquiètent de la future administration Trump. « Les bibliothèques pourraient recevoir de la part du gouvernement des demandes de renseignements sans précédent sur les usagers »…

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Loi 2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement. – Légifrance, 27/07/15

Repenser l’impact de la surveillance après l’affaire Snowden : sécurité nationale, droits de l’homme, démocratie, subjectivité et obéissance/Zigmunt Bauman, Didier Bigo, Paulo Esteves, Elspeth Guild et al. – Cultures et conflits, 2015/2 via Cairn.info

Rees, Marc. - Renseignement : l’exécutif annonce une proposition de loi sur la surveillance internationale. – NextInpact, 02/09/16

Champeau, Guillaume. – Surveillance internationale : ce que prévoit la proposition de loi. – Numérama, 10/09/15

Chantrel, Flavien. – Tristan Nitot « Une société sous surveillance n’est plus une société libre ». – Blog du modérateur, 05/07/16

De la confidentialité de l’acte de lecture : les algorithmes en prison. – Affordance.info, 14/08/16

Nitot, Tristan. – Surveillance : // Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir. – Paris : C&F éditions, Blogcollection, 2016

Rees, Marc. – Loi Renseignement : un an après, où en est la centralisation des données . – NextInpact, 10/10/16

Conseil National du Numérique. – Communiqué de presse : Fichier TES : le CNNum appelle le gouvernement à suspendre sa mise en oeuvre et s’autorise à examiner des alternatives techniques plus modernes et respctueuse des lois et des libertés. – Paris, 07/11/16

Rees, Marc. – Le CNNum demande la suspension du fichage 60 millions de Français. – NextInpact, 07/11/16

Lausson, Julien. - Le CNNum demande la suspension du fichage biométrique des Français. – Numérama, 07/11/16

Il faut renoncer à l’extension de la collecte des données biométriques /Un collectif. – Libération, 20/11/16

Grondin, Anaelle. - Plus aucun tweet n’échappera au FBI. – Les Echos, 17/11/16

Surveillance : ce que contient la nouvelle loi sur le renseignement britannique. – Le Monde, 21/11/16

Griffin, Andrew. – Everyone can now see your entire internet history. – The Independent,  24/11/16

Investigatory Powers Act - Parliament UK, 29/11/16 :

Untersinger, Martin ; Follerou, Jacques. – Espionnage des avions, d’Israël et de l’Autorité palestinienne : nouvelles révélations de Snowden. – Le Monde, 07/12/16

Fourmeux, Thomas. - Bibliothécaires, agissez maintenant pour protéger vos utilisateurs (avant qu’il ne soit trop tard). – Biblio Numericus, 08/12/16

 

 

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