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Le Kazakhstan : un Etat global accueille le sommet de l’OSCE

8 décembre 2010 par dcolas

Le sommet de l’OSCE s’est tenu du 1er décembre au 2 décembre 2010 à Astana la capitale du Kazakhstan. Comme l’indiquait le programme officiel une « photo de famille » fut prise. On recommandait aux photographes d’être munis d’un appareil à grand angle : la famille est en effet nombreuse d’autant qu’elle a invité tous ses membres (Monaco et le Saint-Siège aussi bien que la Russie ou l’Italie) mais aussi des amis (l’Afghanistan). L’agenda trop chargé du Président de la République française ne lui ayant pas permis de venir à ce sommet (il est sans doute plus occupé qu’Angela Merkel ou Hillary Clinton), la France est représentée pas le premier ministre : il est nouvellement nommé et il n’est pas premier (sinon parmi les ministres) pour le protocole français si bien qu’il se trouve à l’extrême droite de la photo, détaché mais comme à la marge.

Photo de famille du sommet de l'OSCE à Astana (cliché sans crédit sur internet)

Sur la photo de famille on voit au dessus des délégués le sigle de l’OSCE et les armes du Kazakhstan : un aigle aux ailes déployés comme s’il était en vol, le bec tourné vers la gauche, en dessous d’un cercle d’or d’où partent des rayons. On peut l’interpréter comme une variation par rapport à l’aigle impérial russe qui tient une sphère crucifère dans sa serre droite.

La photo est  sur un fond où Astana, le nom de la capitale du Kazakhstan depuis 1997, est répété. Le transfert de la capitale du Kazakhstan d’Almaty à Astana n’a été possible que par une décision politique, celle du président Nousoultan Nazarbayev, et les richesses énergétiques du pays (notamment dans la Caspienne).

Le cerce irradiant des armes du Kazakhstan doit être lié à un symbole mis en avant par le pouvoir politique du pays : le Kazakhstan dans l’hémisphère nord d’où émane comme des rayons des traditions religieuses ou spirituelles. Comme l’Ouzbekistan celui ci veut affirmer sa spécificité mais il met aussi l’accent sur son rôle mondial. On comparera donc l’image suivante à celle qui si trouve dans la page de ce blog où l’on voit un globe terrestre ouzbek (passer par les tags pour retrouver cette page d’avril 2009). Cette photo a été prise pas Adrien Fauve qui travaille sur une thèse de science politique à Sciences Po (Programme Russie CEI) dont le titre est : « Villes, Etat et Nation : les capitales du Kazakhstan ». Le pluriel à « capitales » dans cet titre est essentiel : sur la photo on voit qu’Astana (en caractères cyrilliques) est indiqué (alors que Tachkent n’est pas sur celle de l’Ouzbékistan). Cette capitale est une création politique délibérée et complexe en tension avec d’autres centres urbains, économiques et politique du pays, essentiel pour le pouvoir actuel, processus que  la thèse d’Adrien Fauve va éclairer.

Astana,  capitale du Kazakstan, sur le globe du (Cliché Adrien Fauve)

Astana, capitale du Kazakhstan, sur la représentation de l'hémisphère nord, tour Baïterek (Cliché Adrien Fauve)

Adoptons un angle plus large et laissons la parole à celui qui a pris les photos et travailles sur les « capitales » de cet Etat.

Commentaire d’Adrien Fauve sur ses photos :

« Cette représentation de l’hémisphère nord est exposée au sommet de la tour Baïterek, considérée comme le monument central d’Astana, récente capitale du Kazakhstan (depuis 1997) qui vient d’accueillir le sommet de l’OSCE. Erigée au milieu d’un vaste boulevard qui va du palais présidentiel jusqu’à la toute nouvelle composition du célèbre architecte Norman Foster, le Khan Shatyr (tente du souverain), cette tour, haute de 97 mètres – comme pour mieux rappeler le moment où la ville fut élevée au rang de centre politique – ressemble à un tronc d’arbre surmonté d’une sphère dorée qui la rend visible de loin. Elle fut conçue pour être le « symbole d’Astana », tout comme la Tour Eiffel serait celui de Paris.

L’intérieur du monument offre une vue imprenable sur les nouveaux quartiers du pouvoir, sur la rive gauche de l’Ichim, lieu d’une utopie urbaine refondatrice. On y trouve également un moulage en or de la main du président Nazarbaev. Lorsque le visiteur y appose la sienne, l’hymne national se met à retentir.

A côté de cette empreinte du chef de l’Etat, un autre piédestal présente le demi-globe que voici.

Astana le Karakhsan (cliché Adrien Fauve)

Astana le Kazakhtsan, tour de Baïterek (cliché Adrien Fauve)

On y voit les frontières de la république du Kazakhstan en une sorte de marqueterie de bois et la ville d’Astana y apparaît comme la seule localité indiquée. Le tout est surmonté d’une inscription en langue kazakhe, traduite en anglais : « Béni soit le Kazakhstan, terre de paix et de concorde ! ».  Cette représentation d’une moitié du monde est entourée des plaquettes métalliques signées de la main des représentants de diverses confessions venus au premier Congrès des Religions du Monde organisé en 2003 (boudhistes, musulmans, chrétiens etc.). Signe d’une certaine prétention à l’universel affichée par les autorités, voulant faire du pays un carrefour entre l’orient et l’occident. »

La Tour Baïterek à Astana, capitale du Kazakhstan (photo sur internet, sans crédit)

 
 
 

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