Léonie Hénaut & al. publient « Coordination et parcours. La dynamique du monde sanitaire, social et médico-social »

Coordination et parcours. La dynamique du monde sanitaire, social et médico-socialCoordination et parcours. La dynamique du monde sanitaire, social et médico-social
par Léonie Hénaut et Marie-Aline Bloch
Dunod, Février 2012

L’accroissement du nombre de personnes âgées, handicapées ou atteintes de maladies chroniques, rend nécessaire le développement et la diversification des soins et des services, mais demande aussi une meilleure coordination des interventions. Pour lutter contre les différents cloisonnements du système de santé et d’aide, les pouvoirs publics, les professionnels et les associations de familles et d’usagers sont engagés dans un processus permanent d’innovation et de coopération à l’origine de la dynamique de l’ensemble du monde sanitaire, social et médico-social. Cet ouvrage retrace l’histoire de la structuration de la coordination en France dans plusieurs domaines d’intervention (gérontologie, santé mentale, handicap, cancer, maladies rares, accident cérébral), ainsi que l’apparition récente de la notion de parcours dans l’espace public. Il propose une analyse critique des politiques conduites en matière de coordination, et tente d’expliquer la persistance des dysfonctionnements observés. À partir d’enquêtes réalisées sur plusieurs territoires, les facteurs de succès pour la mise en place de dispositifs de coordination pérennes sont ensuite mis en évidence. L’innovation se révèle être le produit des interactions entre initiatives locales et directives nationales. Enfin, l’ouvrage propose une typologie des nouveaux professionnels de la coordination (gestionnaires de cas, pilotes, référents, médecins coordonnateurs, chargés de mission…) et souligne notamment le rôle clé joué par les cadres intermédiaires des organisations sanitaires, sociales et médico-sociales.

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Léonie Hénaut est chargée de Recherche CNRS au Centre de ssociologie des organisations. Ses travaux relèvent principalement de la sociologie des professions et des organisations. Elle étudie les processus intervenant dans la construction des groupes professionnels et de leur division du travail. Voir l’ensemble de ses publications.

Des toxiques invisibles – Sociologie d’une affaire sanitaire oubliée

Des toxiques invisibles – Sociologie d’une affaire sanitaire oubliée
Jean-Noël Jouzel, éditions EHESS
Pourquoi connaissons-nous si mal les effets de l’environnement sur la santé ? À partir du cas d’une famille de solvants toxique Jean-Noël Jouzel met en lumière les dynamiques de construction sociale de l’ignorance, aux États-Unis et en France.

Consommateurs ou travailleurs, nous sommes quotidiennement exposés à de nombreuses molécules de synthèse, aux effets parfois dangereux. Pourtant, l’émergence de pathologies afférentes à ces substances, fausses couches ou cancers par exemple, reste controversée.
À partir du cas, aux États-Unis et en France, d’une famille de solvants toxiques, les éthers de glycol, Jean-Noël Jouzel décrit la mobilisation des avocats, syndicats, associations de consommateurs et autres collectifs engagés dans la reconnaissance de la nocivité de ces substances. En comparant les carrières contrastées de cette cause de part et d’autre de l’Atlantique, il met en évidence les contraintes politiques, économiques et légales qui pèsent sur les formes d’enquêtes étiologiques que déploient ces acteurs. Ainsi, ces mouvements sociaux contribuent à la fois à rendre visibles mais aussi à laisser dans l’ombre les effets pathogènes du monde qui nous entoure.
Par une approche comparée des enjeux en matière de santé environnementale, ce travail ethnographique construit une sociologie des problèmes publics  » à bas bruit  » et met en lumière les dynamiques de construction sociale de l’ignorance.

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Jean-Noël Jouzel est chargé de recherche CNRS au CSO. Il travaille sur les problèmes publics liés aux enjeux de santé environnementale. Ses travaux portent plus particulièrement sur les conflits sociaux relatifs à la reconnaissance des maladies professionnelles induites par les substances toxiques.

« Service public et santé » par Didier Tabuteau

Service public et santé
Didier Tabuteau, Préface de Marisol Touraine
Presses de Sciences Po, novembre 2012

Le concept de service public qui a, pendant longtemps, constitué le socle du développement des interventions de la puissance publique, paraît aujourd’hui malmené par les transformations de l’action publique, les tensions macroéconomiques et les exigences du droit européen. Sur le champ de la santé, le service public n’a trouvé ses marques que tardivement. Au-delà des missions traditionnelles de police sanitaire, les services publics de prévention n’ont été développés qu’avec parcimonie et le service public hospitalier ne s’est constitué qu’à partir de 1958, avant d’être consacré parla loi Boulin de 1970. Quant à l’assurance maladie, elle s’est inscrite, dès son origine, dans le contexte singulier de la démocratie sociale. Les évolutions législatives et économiques de la dernière décennie ont remis en cause la conception et l’organisation des services publics de santé.

Les contributions réunies dans cet ouvrage, à l’occasion du colloque organisé par la chaire Santé de Sciences Po et l’Institut Droit et santé de l’Université Paris Descartes en juin 2012, permettent de s’interroger sur la pertinence et la portée, en 2012, des principes du service public en matière de santé et d’analyser les mutations de la gestion des services publics de soins. Elles invitent ensuite à examiner les conséquences de la tourmente dans laquelle se trouvent actuellement les services publics de santé et à approfondir la réflexion sur leur avenir.

Conseiller d’Etat, spécialiste des questions de santé et de sécurité sociale Didier Tabuteau est responsable de la Chaire Santé de Sciences Po.
Il a dirigé à deux reprises le cabinet de Bernard Kouchner au ministère de la Santé et exercé deux fois les fonctions de directeur adjoint du cabinet du ministre des Affaires Sociales. Il a été le premier directeur général de l’Agence du médicament et a été chargé en 2000 de la préparation de la loi sur les droits des malades. Il a dirigé la Fondation Caisses d’Épargne pour la solidarité de 2003 à 2010. Il est. Il est également professeur-associé et co-directeur de l’Institut Droit et Santé de l’Université Paris Descartes et rédacteur en chef de la revue « Sève, les tribunes de la santé ».

La diffusion d’instruments de gestion des risques dans différents domaines de politique publique

Afin de renforcer la coopération européenne en sciences sociales entre chercheurs, 4 agences*  de financement de la recherche (France, Allemagne, Royaume Uni et Pays Bas) lancent des appels à projets communs désignés sous le terme d’ORA (Open Research Area).

Pour l’édition 2011-2012, l’ORA a reçu 142 propositions. Seules 10 ont été retenues dont le projet «How States Account for Failure in Europe » (HowSAFE ) co-piloté par Olivier Borraz, directeur de recherche au CNRS et sociologue spécialisé dans l’étude des risques au CSO.
Il est associé à trois autres chercheurs : Henry Rothstein de Kings College, Michael Huber de l’université Bielefeld et Wiebe Bijker de l’université de Maastricht.

Ce projet analysera la diffusion d’instruments de gestion des risques dans différents domaines de politique publique. Ces instruments sont actuellement promus par l’OCDE et d’autres organisations internationales, qui y voient les outils d’une bonne gouvernance.
Cependant, il ressort d’une première enquête que leur diffusion est variable d’un pays à l’autre, pour des raisons qui ont à voir avec les différentes manières dont les pouvoirs publics rendent compte des limites de leur action. Aussi est-il apparu nécessaire de tester empiriquement cette hypothèse, non seulement dans quatre pays mais aussi dans six domaines de politique publique différents de manière à vérifier si d’autres facteurs entrent en ligne de compte dans les formes de diffusion des instruments de gestion des risques.

L’étude comparative portera donc sur quatre pays (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Pays-Bas) et six domaines que sont :

  • La santé au travail
  • Les inondations
  • La sécurité alimentaire
  • L’offre de santé et de soins
  • La justice criminelle
  • L’éducation

Quatre autres chercheurs du CSO seront également associés à ce projet: Christine Musselin (enseignement supérieur et recherche), Henri Bergeron (politiques de santé), Patrick Castel (politiques de santé) et Jean-Noël Jouzel (risques en santé au travail).

Le projet « How safe state account » débutera au printemps 2013 pour une durée de trois ans.

* Coopération européenne ORA : Agence nationale de la recherche, Deutsche Forschungsgemeinschaft, Economic and Social Research Council et Netherlands Organisation for Scientific Research.

Le Conseil européen de la recherche a attribué un « ERC Advanced Grant» à Paul-André Rosental

Le Conseil européen de la recherche a attribué un « ERC Advanced Grant» à Paul-André Rosental pour son projet de recherche «SILICOSIS – De la silicose aux maladies respiratoires chroniques : une approche par l’histoire de l’épidémiologie en France, en Europe et en Afrique australe, de 1900 à nos jours. ».

La silicose , pathologie causée par l’inhalation de poussières de silice cristalline, s’avère être à ce jour la maladie professionnelle la plus mortelle de l’histoire. Contrairement à ce que certains peuvent penser, elle n’appartient pas à un passé lointain : elle a sévi massivement durant le  XXème siècle, est encore présente dans les sociétés industrielles, et est actuellement en plein développement dans les pays « émergents ». Le projet SILICOSIS vise à réévaluer l’importance épidémiologique de la silicose en combinant histoire, sciences sociales et santé publique.

En effet, sa définition médicale a été établie – et peu discutée – sur une base minimaliste, dans les années 1930, par les employeurs, les syndicats et les États sous l’égide de l’Organisation Internationale du Travail. Cette base tronquée a produit des effets de long terme, conduisant notamment à la sous-déclaration massive des cas de silicose, dont un grand nombre ont été déclarés comme relevant de la tuberculose.
Dans cette perspective, SILICOSIS visera, dans un premier temps, à réaliser une relecture de l’épidémiologie de la silicose et de la tuberculose au XXème siècle et ce dans une perspective transnationale, à savoir en comparant les mines européennes et sud-africaines, particulièrement touchées.
Elle visera également à estimer l’ampleur réelle de la silicose aujourd’hui, principalement dans le secteur non minier, tout en questionnant les classifications médicales actuelles. De plus, en combinant l’histoire et les sciences sociales avec les connaissances scientifiques issues de la pneumologie, SILICOSIS pourra montrer si d’autres maladies inflammatoires chroniques (telles que la sarcoïdose, la polyarthrite rhumatoïde, etc.…) sont susceptibles d’être causées, au moins en partie, par l’inhalation de poussière de silice.
« Last but not least », SILICOSIS espère contribuer à une meilleure prévention et à la sensibilisation aux dangers de l’inhalation de poussières de silice en dehors du secteur minier, comme par exemple dans l’industrie du bâtiment ou dans les fonderies. Afin de remplir ces objectifs, SILICOSIS propose une approche innovante à travers la combinaison des méthodes de l’histoire, de la médecine et des sciences sociales quantitatives sur la base des techniques les plus avancées d’analyse des tissus respiratoires, une approche qui sera reproductible pour étudier d’autres maladies professionnelles ou environnementales.

Paul-André Rosental est historien, professeur à Sciences Po, chercheur rattaché au Centre d’études européennes et au Centre d’histoire de Sciences Po et chercheur associé à l’INED. Il dirige l’équipe de recherche Esopp, qui organise  notamment un séminaire de recherche commun Sciences Po-HESS.

L’équipe de SILICOSIS est composée d’un sociologue, d’un pneumologue, d’un chercheur post-doc et d’un assistant scientifique.

* Les ERC Advanced Grant  permettent à des chercheurs, reconnus pour être des scientifiques de premier plan, de mener des projets d’avant-garde, à haut risque, mais promis à ouvrir de nouvelles perspectives de recherche, que ce soit dans leur domaine de recherche initiale ou non.

The European Research Council has awarded an ERC Advanced Grant to Paul-André Rosental

The European Research Council has awarded an ERC Advanced Grant to Paul-André Rosental for his research project « SILICOSIS – From Silicosis to Chronic Respiratory diseases: An approach via Epidemiological History (in France, Europe, Southern Africa, from the 1900s until today) ».

ERC Advanced Grants allow exceptional established research leaders of any nationality and any age to pursue ground-breaking, high-risk projects that open new directions in their respective research fields or other domains.
This project deals with silicosis, a pathology caused by the inhalation of crystalline silica dust and the deadly occupational disease in history. Contrary to what some may think, it does not belong to a remote past as it struck massively in the 20th century and is still present in industrial societies, and is growing in emerging countries.
The SILICOSIS project seeks to re-evaluate the epidemiological importance of silicosis by combining history, social science and public health. Indeed, its medical definition was literally, and minimally, bargained in the 1930s by employers and unions and States under the aegis of International Labour Organization. This truncated basis has continued to have its effects and led to a massive underreporting of the cases of silicosis, many of which were declared as tuberculosis. In this view, SILICOSIS will aim, first, at a rereading of the 20th century epidemiology of silicosis and tuberculosis from a transnational perspective by comparing European and Southern African mining fields, two regions particularly hit. It will also aim at analysing the real magnitude of silicosis today, mainly in the non mining sector, by questioning contemporary medical classifications.
By combining history and social science with scientific knowledge drawn from pneumology, SILICOSIS will show to what extent a series of other chronic inflammatory diseases (sarcoidosis, rheumatoid arthritis and some others) is likely to be caused, at least in part, by the inhalation of silica dust. Last but not least, SILICOSIS hopes to contribute to a better prevention and awareness of dangers of inhalation of silica dust outside the mining sector, as for instance in the building industry or founderies.
In order to fulfil these objectives, SILICOSIS will propose an innovative approach through the combined methods of history, medicine and quantitative social science on the basis of the most advanced techniques of lung tissues analysis, an approach that will be repeatable on other occupational and environmental diseases.

Paul-André Rosental is an historian, Professor at Sciences Po, researcher at the Centre d’études européennes and Centre d’histoire and associate researcher at INED. He runs the Esopp team which has a joint Sciences Po & EHESS research seminar.
Together with Paul-André Rosental, the SILICOSIS research team is composed of a sociologist, a pneumologist, a post-doctoral researcher and a scientific assistant.

La sous-déclaration des maladies professionnelles à l’épreuve de la silicose, par Paul-André Rosental

L’histoire de la silicose en tant que maladie professionnelle – la plus mortelle à ce jour dans l’histoire humaine – illustre de façon exemplaire les enjeux des pathologies liées au travail. L’indemnisation des victimes étant à la charge des employeurs, la reconnaissance des maladies professionnelles et leur réparation financière font l’objet, de la part des entreprises, de stratégies de minimisation qui se traduisent notamment par leur sous-enregistrement statistique massif.

La mécanisation de l’extraction du charbon et l’utilisation d’explosifs dans les mines ont fait de la silicose la « reine des maladies professionnelles » au cours du siècle dernier. Si la dangerosité du travail dans les exploitations minières est connue de longue date, les premières mesures préventives n’y apparaissent qu’à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.

Le pays pionnier est ici l’Afrique du Sud, dont les mines d’or sont particulièrement périlleuses. Dès 1911, avec deux ou trois décennies d’avance sur la plupart des pays industrialisés, la législation y reconnaît officiellement la silicose comme maladie professionnelle. Cette antécédence, qui vaut aussi sur le plan de la prévention médicale, s’explique pour partie par des considérations raciales : il s’agit en priorité de protéger les mineurs blancs, qui forment aussi le cœur de la main d’œuvre qualifiée.

L’histoire de la silicose – une maladie en plein développement aujourd’hui dans les pays émergents – permet de mettre en lumière les obstacles plus généraux rencontrés par la reconnaissance et l’indemnisation des maladies professionnelles. Lire la suite

Paul-André Rosental est Professeur des Universités à Sciences Po et chercheur associé à Institut National d’Études Démographiques (INED). Voir ses publications.