Présentation

Contrairement à ce que certains théoriciens avançaient, la fin du XX° siècle n’a pas été marqué par un recul, voire une disparition de l’Etat, mais par sa recomposition. C’est-à-dire par la redéfinition de son périmètre, son inscription dans des niveaux de régulation transnationaux, des interactions nouvelles avec les groupes économiques et sociaux, une diversification considérable de ses moyens d’action et des problèmes nouveaux de légitimité. Pour reprendre une perspective foucaldienne, nous dirons que le but de ce programme n’est pas de clarifier une « nouvelle nature » ou « essence » de l’Etat, mais de saisir celui-ci à partir des pratiques qu’il suscite dans contextes nationaux différenciés.

L’Etat ne disparaît pas dans la gouvernance multi-niveaux et différents segments de l’Etat s’efforcent de s’adapter à la nouvelle donne. Il en résulte une série de questionnements secondaires qui doivent être approfondis. « Gouverner et administrer » est devenu une activité à multi-acteurs et multi-niveaux, dans lesquels la puissance publique n’est plus qu’un intervenant parmi d’autres, mais qui dispose de ressources politiques spécifiques. Si elle reste dotée de pouvoirs propres, elle agit aussi sous de multiples contraintes et doit tenir compte des actions et réactions de multiples partenaires (privés, publics, hybrides). La question centrale est alors de savoir comment se transforme sa capacité d’intervention et de régulation, de contrôle, de changement, d’orientation, de pilotage de la société. Pour répondre à ce questionnement massif quatre axes de problématique sont privilégiés au sein du programme rEr mais ils ne sont pas exclusifs :

A – La restructuration de l’Etat et ses effets : réformes des structures de l’Etat, logiques de territorialisation, nouvelles agences de régulation, évolution des agents (recrutement, statut)

B – Les nouveaux modes de pilotage, d’orientation et de contrôle de l’action publique : techniques de gouvernement qui se démarquent du « command & control » (outils budgétaires, incitatifs, économiques, conventionnels, participatifs, outils de marchés etc.)

C – La recomposition des secteurs de l’action publique : évolution de la sectorisation classique de l’action publique et émergence de nouveaux domaines d’intervention.

D – Les nouveaux problèmes d’évaluation et de légitimité de l’action publique : moyens et effets de la conduite à distance, développement des techniques de mesure de performance et de reporting.

lombardi bonne image

Les questionnements du programme rEr font écho aux travaux de Donald Hofstadter sur les « boucles étranges et les hiérarchies enchevêtrées ». Ils trouvent également une représentation esthétique dans l’oeuvre de Mark Lombardi dont les tableaux/cartes tentent de formaliser les réseaux complexes :