« Selon Bruno Latour »

https://www.youtube.com/watch?v=d_Hz5tmkJUA

Du 6 mai au 1er juillet 2010
Centre Pompidou, Paris

Un écrivain, un créateur, un philosophe est invité à partager ses réseaux et ses affinités, à donner le « ton » à une série de soirées à la façon d’un catalyseur ou d’un dénominateur furtif. Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences, s’est prêté au jeu en 2010.

Extrait de l’introduction de Bruno Latour, Centre Pompidou, 6 mai 2010 :
« L’éloquence et la démonstration se sont éloignées, rapprochées, opposées, contredites, méprisées l’une l’autre, puis retrouvées, puis à nouveau perdues, chaque siècle rejouant cette querelle d’amants impossibles. Où en est-on aujourd’hui de leur aventure ? Usés par la propagande et le divertissement, nous nous sommes habitués à opposer d’un côté la plaisante éloquence, dont nous n’attendons nulle vérité, et de l’autre l’austère démonstration, dont nous n’attendons aucun plaisir. Qui est encore capable de parler de la rhétorique, à la façon d’Aristote, comme l’éclat donné à la vérité ? Et pourtant, que nous venions des arts ou des sciences, de la politique ou de l’université, nous sentons bien que, au-delà de leur opposition centenaire, éloquence et démonstration partagent des compétences communes : l’articulation et la composition. Les arts oratoires permettent d’articuler, au sens d’articuler nettement bien sûr, mais aussi au sens où ils multiplient les éléments – les articles – distincts dont l’assemblage donne à chacun de nos mouvements de plus grands degrés de liberté. Sans les arts, au sens large, nous ne pourrions pas articuler. Nous serions obtus. Mais ces capacités d’articulation ne sont pas une mauvaise façon de définir aussi les savoirs et les sciences : chaque discipline savante apprend à articuler à sa façon le monde, à en multiplier les éléments, à en différencier les attaches, à en faciliter l’expression et la représentation. Sans les sciences, nous serions muets sur le monde. Une fois cette « double articulation » en place, il n’est pas impossible de passer à la grande question de la composition. Dans quel ordre et selon quels agencements convient-il de grouper les éléments qu’on est parvenu à rassembler ? Question commune à l’éloquence comme à la démonstration et dont dépend, à plus d’un titre, l’exercice de la vie publique. Tels sont quelques-uns des sujets que nous allons aborder au cours de ces rencontres, en nous attachant aux interférences des arts ou des sciences (de l’éloquence) et des sciences ou des arts (de la démonstration). J’ai choisi de mettre en lumière quelques-unes des expériences qui permettent de reprendre de manière originale ces questions d’articulation et de composition. Si je suis content de l’occasion offerte par ce Selon/Salon, c’est qu’il me sera possible de m’approcher d’auteurs et de créateurs que j’admire mais que souvent la dispersion de la vie parisienne m’a interdit de fréquenter et qui ont, de mille façons différentes, abordé ces questions. Je pourrai m’imprégner mieux de leurs travaux et avancer dans la recherche des « arts politiques » que je souhaiterais développer. »
Bruno Latour
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