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Quelle pédagogie à l’heure du numérique ?

300x200xRTEmagicC_PEDAGOGIE_SAINTHILAIRE_01.jpg.pagespeed.ic.BzeethoVGeL’innovation pédagogique est au centre du débat qui agite la société française autour de la réforme du collège. Comme le rappelle Dominique Roux dans un article des Échos, les élèves sont à présent des « digital natives » et l’usage d’outils numériques leur paraît naturel. Et ce, de la maternelle à l’université. Quels changements le numérique pourrait-il apporter à l’enseignement et comment ?

Comme le dit Michel Guillou dans son dernier billet : « J’ai l’impression qu’on n’a pas compris, après l’avoir écrit, ce que signifiait vraiment « L’école change avec le numérique » et qu’on n’a pas pris mesure, avec cette réforme du collège, des mutations en cours. » Et le bloggeur d’exposer les 31 défis amenés par le numérique, dont un des premiers est que ce phénomène n’est « ni un outil ni une fin en soi » …

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, Educpros fait l’inventaire du Top 10 des pédagogies innovantes à l’Université. Classes inversées, fablabs, réalité virtuelle, etc. De nombreuses innovations accompagnent l’entrée du numérique dans l’enseignement, mais s’ils bouleversent les habitudes des enseignants et des étudiants, ces nouveaux outils ne suffisent pas à transformer la pédagogie. Comme le souligne Marcel Lebrun dans une interview « Le numérique peut avoir un impact sur la pédagogie, à condition que celle-ci change ».

Dans le monde anglo-saxon, on se rend compte que les enseignants ont une pratique très limitée des technologies de l’information et des compétences acquises en ligne. Katrina Schwartz explique dans son post, citant le rapport du ‘Project Tomorrow’ Learning in the 21st century, que les enseignants en formation, les ‘professeurs de demain’, apprennent des techniques d’hier, alors qu’ils maîtrisent déjà des compétences numériques plus évoluées comme l’usage des médias sociaux et des appareils mobiles … De même, Michelle Wise, souligne dans The real Revolution in Online Education isn’t MOOCs (Harvard Business Review), que ce qui va vraiment révolutionner le système éducatif ce ne sont pas les MOOCs qui offrent des cours en ligne gratuits et massifs, qui ne sont que la version technologique des cours magistraux traditionnels, mais la nouvelle architecture de transmission et d’échange de savoirs et de pratiques sur internet. Évidemment, l’auteur envisage plutôt l’aspect pragmatique de ces connaissances qui concernent plus les besoins réels des entreprises : « But there is a new wave of online competency-based learning providers […] but creating a whole new architecture of learning that has serious implications for businesses and organizations around the world. “ Là aussi l’utilisation et la pratique des médias sociaux permettent d’acquérir et de développer de nouvelles compétences, très utiles dans des secteurs comme le marketing ou la communication d’entreprise.

Classe-inversée-300x173C’est aussi l’avis d’Emmanuel Davidenkoff dans l’article de Regards d’étudiants en ce qui concerne les MOOCs : « Parfois on appelle MOOCS un cours filmé, ce qui n’est pas plus élaboré que ce que l’on fait quand on met une caméra devant quelqu’un qui parle, et ça, on sait le faire depuis que la télévision existe » mais aussi : « Je pense effectivement qu’au vu du redécoupage des séquences que cela impose, avec la nécessité et toutes les possibilités de collecter des données sur la façon dont les gens réagissent, on devrait pouvoir de plus en plus faire des propositions assez engageantes pour que des personnes qui, aujourd’hui, seraient réticentes ou décrocheraient assez vite rentrent dans les apprentissages, et réussissent à apprendre ». Grâce au recueil de données personnelles le numérique permettrait « d’industrialiser ce qui relève aujourd’hui de l’artisanat, le suivi individuel ». E. Davidenkoff rassure aussi sur le caractère hybride de l’enseignement : les Moocs n’ont pas vocation à remplacer tous les cours en présentiel …

L’importance de la présence des enseignants est d’ailleurs rappelée par le philosophe Michel Serres dans son interview à Vousnousils : ‘On n’a jamais eu autant besoin d’enseignants’. Si les enseignants et les médecins n’ont plus le monopole du savoir, c’est une chance : « Si on s’intéresse au cancer par exemple, il est possible d’effectuer des recherches sur Internet, mais on ne va rien y comprendre. Il sera toujours indispensable de contacter un spécialiste qui pourra nous transmettre son savoir. » Il en est de même dans les amphis où les étudiants ont déjà consulté sur Wikipedia le sujet du cours, mais ont besoin des compétences de l’enseignant pour mieux assimiler ces connaissances. « Le travail des enseignants s’en trouve allégé car l’information est déjà passée, mais leur rôle de passeur de connaissances reste inchangé. »

Michael Godsey va encore plus loin dans son post The deconstruction of K12 teacher (The Atlantic). Le professeur va passer du statut d’’expert en contenu’ à celui de ‘facilitateur technologique’, les contenus étant dispensés soit par des ‘super-profs’ dans les Moocs, soit sur des sites comme TED.melting pot d'enfants du monde

C’est bien ce que souligne Marcel Lebrun dans son interview : « doter les établissements d’outils numériques ne suffit pas. Il faut des formations plus méthodologiques, qui laissent moins de place aux savoirs eux-mêmes mais sont davantage tournées vers la manière d’apprendre. » . En effet, « en allant chercher des informations autour de lui, dans la société, l’étudiant acquiert un savoir que l’enseignant n’a pas forcément, ce qui place celui-ci dans une position d’apprenant. »

On assiste ainsi à de nouvelles formes d’apprentissage comme la pollinisation comme l’explique Marc Dennery dans C-Campus. « Reprenant l’image du monde végétal, on peut dire que les grains de savoir circulent d’agents de savoir à agents de savoir, comme des grains de pollen vont de plante en plante. » Les agents du savoir pouvant être aussi bien les apprenants eux-mêmes, mais également des bases de ressources pédagogiques (wiki, réseau social d’entreprise).

Les Français sont bien conscients de l’impact de ces nouveaux types d’apprentissage, comme le souligne Dominique Roux dans l’entretien aux Echos : « 72 % des sondés considèrent que l’enseignement numérique accroît l’autonomie d’apprentissage des élèves ». C’est ce que Christine Vaufray indique dans son post  MOOC : cours du prof ou cours des gens ?  « Le MOOC des gens, c’est celui dans lequel les informations transmises et les activités proposées stimulent l’apparition d’une multitude de commentaires, productions, débats, actions… qui constituent en finale la véritable matière du cours, bien plus que l’information initiale. ».belleimage
Learning in the 21st century : Digital experiences and expectations of tomorrow teachers. – SpeakUp – Project Tomorrow Report, 2013.

Schwartz, Katrina. - Are teachers of tomorrow prepared to use innovative tech ?KQED News, 13/02/13

De la transmission à la pollinisation des savoirs. – C-Campus- Le blog, 30/12/13

Weise, Michelle. – The real revolution in online education isn’t MOOCs. – Harvard Business Review, 17/10/14

« Le numérique aura toute sa place dans l’enseignement ». E. Davidenkoff. – Regards d’étudiants, 16/11/14

Blitman, Sophie. – Marcel Lebrun : « L’écart entre collaboration et aliénation numérique est étroit ». – L’Etudiant, 26/11/14

Godsey, Michael. – The deconstruction of the K12 teacher. – The Atlantic, 25/03/15

Michel Serres : “On n’a jamais eu autant besoin des enseignants !”. – Vousnousils, 03/04/15

MOOC : cours du prof ou cours des gens ?Jamais sans mon laptop, 10/05/15

Les 31 défis pour le collège mais aussi pour l’Ecole et l’Université. – Culture numérique, 23/05/15

Roux, Dominique. – Le numérique pour enseigner autrement. – Les Echos, 27/05/15

 

Enseignement et numérique : quelles difficultés, quels enjeux ?

l2code-cssUne controverse s’est développée récemment en France sur la nécessité d’enseigner le numérique à l’école. Doit-on en faire une discipline comme les autres, comme les maths ou l’instruction civique ? Ou au contraire, aborder chaque aspect de ce nouveau champ de connaissance à partir des autres enseignements : philosophie, droit, économie, physique, etc. comme le propose Michel Guillou, dans son post sur la « littératie numérique » ?

Il faudrait d’abord définir ce que l’on entend aujourd’hui par numérique, notion qui recouvre un grand nombre de connaissances et d’activités et bien distincte de l’informatique, aussi bien la théorie que la technologie spécifique. Or, un projet de loi vient d’être déposé à l’Assemblée nationale pour instituer l’ apprentissage du code informatique à l’école primaire (NextINpact, 13/06/14). Cet apprentissage, appuyé d’ailleurs par le Conseil national du numérique, est préconisé dans le ‘nouveau socle de connaissance’ du Ministère de l’éducation nationale.

Mais si une certaine base de connaissances et de pratique des algorithmes est indispensable à une bonne éducation, il paraît excessif de faire de nos « chères têtes blondes » des ‘codeurs’ émérites ! En effet, l’informatique est fondée sur la logique, et cette matière n’est abordée qu’en terminale, avec la philosophie … ! Il vaut mieux apprendre aux élèves à « mettre à plat » un problème ou une situation à l’aide d’algorithmes comme une recette de cuisine, comme l’explique Tasneem Raja dans « Is coding the new literacy? ». Une fois que les enfants auront compris ce qu’est une itération comme on comprend la composition d’une sauce en cuisine, les « petit(e)s malin(e)s pourront s’inscrire en atelier de ‘code’ pour programmer, par exemple, le jeu vidéo de leurs rêves, comme ils/elles peuvent s’inscrire à un atelier de pâtisserie, pour réaliser de magnifiques cupcakes ;-) Il existe d’ailleurs des tutoriels très attractifs pour les très jeunes amateurs, comme le montre ce programme de Mitch Resnick du Medialab du MIT. tarif-e-learning

Mais l’informatique ne représente qu’un aspect, essentiel certes, des si vieilles « Nouvelles technologies de l’information et de la communication » NTIC ou TIC, rebaptisées « numérique » depuis quelques années …. Les usages de ces technologies ont pénétré tous les champs de notre vie quotidienne. Les jeunes « digital natives » n’envisagent même plus la vie sans ces services … Comme certains pratiquent apparemment mieux que leurs enseignants, on pourrait penser qu’il est inutile de leur enseigner quoi que ce soit à ce sujet !

Or la pratique n’est pas la connaissance et encore moins la conscience des mécanismes ou des enjeux qui sous-tendent ces usages technologiques. En raison des inégalités très lourdes qui existent dans la société actuelle, seule l’école peut répondre à cette nécessité. Il est indispensable que les enseignants apportent un éclairage sur ce que recouvrent un profil Facebook, une messagerie instantanée, un téléchargement ou une recherche Google. Les enseignants peuvent bien sûr être assistés par des documentalistes et bibliothécaires, pour la recherche documentaires et les ressources numériques.

Si le numérique est effectivement « ignoré de la maternelle à l’ENA », comme l’affirment les participants d’ EDUCNUM 2014 , cité par Renaissance Numérique, que représente-t-il au juste ? « De la culture et de l’humain. On dépasse la technique et l’informatique » comme le twitte Clotilde Chevet, ou « Une culture générale numérique englobe à la fois le code, les images ou les questions des libertés » pour Sophie Pène.

Plutôt que d’apprendre à coder, les élèves ont d’avantage besoin d’ « apprendre à penser par eux-mêmes, à ‘décoder’, à ‘déchiffrer’  » analyse Olivier Le Deuff dans le Guide des égarés. Ils doivent être formés à une « culture nouvelle », en produisant un « nouveau régime de savoirs … C’est la question de la formation du citoyen dans des environnements complexes où se produisent différentes lectures et écritures ».

Mais qu’en est-il de l’utilisation des techniques numériques dans l’enseignement ? Les TICE, le e-learning, et à présent les MOOC, arrivent-ils à transformer l’éducation ? Assistons-nous à un nouveau paradigme pédagogique grâce au numérique ?
Si les moyens techniques et humains, et surtout la formation des enseignants, sont loin d’être opérationnels, certains indicateurs portent à l’optimisme.

Le e-learning permet d’abord aux apprenants à être plus autonomes, moins passifs face à l’enseignement du maître. Le ‘blended learning’ combine la transmission des connaissances et les compétences de l’enseignant avec des modules de e-learning, une recherche de contenus, des exercices et des ‘jeux sérieux’, et surtout des échanges avec d’autres étudiants et enseignants grâce aux forums de discussion.

Comme le souligne Mathieu Cisel dans son post « ce ne sont pas seulement les équipes pédagogiques qui s’adaptent ; pour les apprenants aussi c’est une évolution très importante de la posture face à l’apprentissage. Beaucoup plus d’autonomie, d’autonomisation et de responsabilisation » (La Révolution MOOC, 26/05/14).

Et surtout, comme l’affirme Emmanuel Davidenkoff, Directeur de l’Étudiant, « n’attendons pas de savoir si le numérique améliore les apprentissages. Intégrons-le tout simplement, car il est notre nouveau monde ».

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Resnick, Mitch. – Let’s teach kids to code. – TED, nov. 2012

Berne, Xavier. – Faut-il sensibiliser les enfants au code dès l’école primaire ?Next INpact, 21/05/14

Tasneem, Raja. – Is coding the new literacy ? - Mother Jones, 06/14

Guillou, Michel. – Socle : tous les élèves doivent savoir publier. – Culture numérique, 13/05/14

Guillou, Michel. – Pour une littératie numérique qui traverse et éclaire les disciplines scolaires. – Culture numérique, 01/06/14

Une culture générale du numérique pour tous ! - Renaissance numérique, 02/06/14

Enseignement de l’informatique à l’école : l’Académie des technologies prend position. – vousnousils, 03/06/14

François Fourcade. – Le numérique ne peut s’affranchir des lois de la pédagogie. – Parlons pédagogie ! Blog Educpros, 03/06/14

Cisel, Mathieu. – MOOC : la question de l’autonomie des apprenants. – La Révolution MOOC – Blog Educpros, 26/05/14

Gauchet, Marcel ; Soulé, Véronique. – Internet oblige le prof à remettre de l’ordre dans du désordre : interview. – Libération, 06/06/14

Kumar, Lokesh. – Blended learning – Is it the right move for you?Upside Learning, 10/06/14

Davidenkoff, Emmanuel. – Intégrons le numérique à l’école, car il est notre nouveau monde. – L’Express, 13/06/14

Le Deuff, Olivier. – Il faut apprendre à décoder, l’enjeu d’un nouveau programme commun. – Guide des égarés, 15/06/14

Compagnon, Antoine ; Duquesne, Margaux. – L’école du futur vue par Antoine compagnon. - Journaleuse, 16/06/14

Apprenants en ligne : à la conquête de leur liberté. – Thot Cursus, 17/06/14

 

Ecrans, tableaux interactifs : les nouveaux outils de l’école ?

Le Deuxième Colloque « Ecriture et technologies : écrans et lectures » qui s’est tenu les 6-7 avril 2011 à Sophia-Antipolis s’est penché sur la nouvelle donne des outils scolaires représentée par l’envahissement des écrans et des TICS dans l’enseignement. Comme l’expliquent Catherine Bechetti-Bizot (Groupe IGEN Lettre) et Paul Mathias (IGEN Philosophie et Pilote de la cellule TICE), dans la présentation de la problématique des Actes 2011, « La lecture, entendue à la fois comme acquisition et activité scolaire, pratique culturelle et moyen d’apprentissage, est au cœur des compétences fondamentales transmises par l’Ecole. (…) Les supports d’enseignement traditionnels que sont le manuel, le livre, le cahier ou le tableau noir sont ébranlés par l’arrivée des supports de lecture numérique. Ecrans d’ordinateurs, écrans mobiles, tactiles, tableaux blancs interactifs… pénètrent de plus en plus rapidement l’espace et les pratiques scolaires ». Ces nouvelles pratiques (corpus de textes et d’images numérisés, réalité « augmentée) engendrent des mutations aux niveaux cognitif, pédagogique, culturel et socioéconomique. Enseignants et pédagogues doivent se saisir de ce nouveau défi pour stimuler la réflexion collective, poser les enjeux et anticiper les mutations en cours dans l’enseignement. Et dans cette action, ils pourront s’appuyer sur les bibliothécaires et les documentalistes des Centres de documentation et d’information scolaire (CDI), Comme le fait remarquer Hans Dillaerts (InfoDoc Microveille) dans son post du 22 avril en évoquant la thèse d’Helen Boelens à l’Université de Middlesex : « The evolving role of the school library and information centre in education in digital Europe », ces centres vont prendre une importance croissante dans l’enseignement et la pédagogie du 21e siècle en Europe.

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